‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 27 sur 261 · GRIGRI6, CONJURATIONS M · texte numérisé non relu

GRIGRI6, CONJURATIONS M

» suniaturelle ; ils n*ont pas fait alliance comme les sorciers » du moyen âge avec le diable; ils ne sont pas des intermé- » diaires entre Thomme et un pouvoir supérieur à lui; 1 c'est en eux-mêmes que réside la faculté de guérir, depro-

> léger et même de faire surgir tels événements qu'ils vou- 1 dront. Voici une anecdote qui confirmera ce que j'avance,

» La colonne expéditionnaire qui protégeait nos travaux » était campée au village de Bactoumbé. Notre puissance » militaire ne s'était pas affirmée par une victoire et on » ne nous respectait qu'à moitié. La veille de notre départ

• un sorcier du pays nous fit l'honneur de nous exorciser. » 11 déposa quelques grains de poudre sur un fragment de

• calebasse, l'enQamma et au moment où la fumée se per- » dait dans les airs il s'écria à la grande joie de son audi-

• toire : c Que l'armée des blancs se dissipe, comme le vent

> dissipe cette fumée > . Dans l'idée des assistants aucun de i nous ne devait plus revoir son pays. Tiéma, un de nos

> interprètes, apprend la chpse; il se fait livrer le sorcier et 1 l'amène au colonel Desbordes, le chef de la colonne. Pour 1 Tiéma il n'y avait qu'un moyen de détourner l'effet de la » conjuration, moyen à la fois simple et logique : couper le f cou au sorcier. Si la puissance au lieu de résider dans

> l'homme avait résidé dans la conjuration, il n'aurait évi-

> demment pas fallu se contenter de supprimer le sorcier. » Le témoignage du commandant Sever confirme celui de

miss Tucker qui raconte que lorsqu'une vieille femme est soupçonnée de sorcellerie, chez les gens de Badagry, « elle est saisie, traînée par les pieds à travers la ville, au milieu des cris et des invectives d'une populace enragée, jusqu'à ce que la mort ait terminé ses souffrances; et alors, on jette son corps dans le bocage des fétiches ».

C'est à ces croyances qu'il faut attribuer le respect de certains objets inconnus; c'est à ces craintes de fantômes, de

mauvais génies, d'influences pernicieuses, qu'on doit rapporter certains usages comme celui dont parle Livingstone (Exploration du Zambèze, p. 37 de la trad. fr.) : c Les rameurs déposent de la farine sur les rochers aQn d'apaiser par cette offrande les dieux turbulents qui président à ces écueils, où bon nombre de canots ont péri. On nous dit tout bas que les Portugais, nés dans cette région, ôtent leur chapeau à ces divinités du fleuve et gardent un silence solennel quand ils passent dans ces lieux ; parvenus de l'autre côté des promontoires, ils déchargent leurs mousquets >. Dans le journal le Temps du 1" août 1886, un correspondant, après avoir dit que les bateliers tonquinois ont coutume de jeter à l'eau de petits bateaux en papier pour se rendre favorables les esprits du fleuve, ajoute qu'ils portent sur eux et qu'ils mettent sur leurs vaisseaux d'autres amulettes; l'ascension à Lao-Kaï, faite par le correspondant du Temps ^ fut très pénible : le passage des rapides fut particulièrement mauvais, aussi les bateliers furieux jetèrent-ils dans le fleuve leurs amulettes inutiles. On ne faisait pas autrement en France, il y a moins d'un siècle, si l'on en croit ce que rapportent J. La Vallée et L. Brion (Description des Départements de la France^ an VI) : ils prétendent qu'à Oloron, lorsqu'on avait besoin de pluie, on portait en grande cérémonie la statue de S, Pierre au bord du Gave et on l'adjurait de faire pleuvoir au plus tôt; quand le saint tardait à accorder celte faveur, le peuple se fâchait et jetait à l'eau la statue en l'accablant d'injures.

C'est par des motifs analogues qu'agissent les Africains orientaux dont Burton loue la conduite : ils n'oseraient, dîtil, s'approprier un objet qu'ils trouveraient sur leur chemin, surtout s'ils supposaient que l'objet pût appartenir à une personne de leur tribu. Ils croient que s'ils s'emparaient de cet objet, il leur arriverait infailliblement un kigâmbo^

PROPITIATIOKS, SORCIERS 15

c'est-à-dire un malheur inattendu (mort ou esclavage). À Zungomoro, la montre d'un des membres de Texpédition fut perdue dans la jungle : elle fut très exactement rapportée, bien empaquelée d'herbes et de feuilles; mais, ajoute le capitaine, c des aventures subséquentes nous firent regretter que cette superstition ne fut pas plus absolue et plus catholique » c'est-à-dire plus universelle.

Le credo de la grande masse des Africains orientaux chez lesquels on croit retrouver des pratiques religieuses, se résume, suivant l'un des grands voyageui^s anglais contemporains, en deux articles principaux : l"" démonologie ou plutôt € croyance aux komay fantômes, spectres, ombres des morts, mânes >, S"" utchawi < sorcellerie ou magie >. Le personnage qu'on appelle féiicheur^ qu'on a considéré comme un prêtre indigène, porte là différents noms: c'est le mfuaro € prophète >, le michawi < magicien >, le mgonezitàeyin >, le mganga (pi. waganga) c faiseur de pluie > ; ce dernier, homme ou femme, est très puissant : on croit qu'il peut faire pleuvoir par certains secrets, par certaines paroles, par la fumée de certaines plantes. Son autorité est reconnue par tous et l'on paye très exactement ses services, en nature bien entendu : à Zanzibar même, des gens des classes élevées s'adressent à lui et ont recours à ses bons offices; il est en général de bonne foi et est parfaitement convaincu de son pouvoir. Les féticheurs prononcent les malédictions en cas de guerre, envoient des abeilles ou des fourmis dans l'armée ennemie; en temps de paix, ils guérissent les maladies. Pour eux en effet toutes les maladies ont pour cause les phepos (pluriel de upepo c petit vent, zéphyr »), \hhubab (traduction arabe du mot local) « vent poussiéreux >; on les charme par la musique ; on les chasse aux sons du tambour; le remède le plus efficace consiste à jouer du tambour, à danser, à boire avec excès : cela effraie les phepos qui se

réfugient dans un kali dont on a entouré le bras ou la jambe du malade; un kati est une sorte d*emplâtre ou bracelet où Ton a mis une perle, deux ou trois brindilles de bois, un morceau de peau de serpent, des poils de la queue d'un lion, etc. : cette demeure préparée aux phepos rappelle les cochons de Gérasène (Év. Mathieu, viii, 31-32; Marc, v,11-13;Luc,Yiii, 32-33).

Ce n'est là en somme qu'un emploi spécial des fétiches. Le fétichisme et ce qu'on a appelé la démonolâtrie, la sorcellerie, vont toujours ensemble. Ainsi les Balondas, qui ont des fétiches, des amulettes, des idoles grossières représentant des têtes d'homme, de caïman, de singe, etc., ont recours à une foule de pratiques pour échapper aux maléûces des âmes des morts qui errent dans les forêts, flottent dans l'air, courent sur les eaux. Les voyageurs rapportent que les Baris ont deux sortes de sorciers, ceux qui guérissent les maladies, font venir la pluie, etc., et qu'on appelle bounit^ et ceux qui font du mal qu'on nomme demounit; ils prétendent il est vrai que ces peuples croient en Dieu, ou du moins qu' t ils reconnaissent l'existence d'un créateur de toutes choses dont ils se soucient peu du reste, puisqu'il ne leur fait aucun mal, mais dont le nom signifie le suprême (Ngun); ils reconnaissent aussi de bons et de mauvais génies, ajaok eijaoky dont les premiers résident au ciel avec Dieu ».

D'après le Dr. Bérenger-Féraud, les Landoumans sont c fétichistes et par conséquent idolâtres; leur religion n'est même, autant qu'on peut s'en rendre compte, qu'une collection de pratiques superstitieuses, souvent ridicules, mais quelquefois barbares et atroces >. Le môme auteur attribue à ces habitants de la Sénégambie un certain dieu Simo ou Limo qui aurait sa résidence dans les grands bois où il apparaîtrait à quelques privilégiés, et qui dicterait, par l'intermédiaire des prêtres^ des ordres qui sont toujours aveuglé-

AMULETTES, CULTE SIDÉRAL t7

ment exécutés. Le Dr. Corre^ qui a fourni à son collègue une très intéressante note et pour qui le simonisme n'est qu'une vaste secte d'exploiteurs, dit de son côté qu'en réalité les NalouSy les Bagas, les Landoumans, c ne croient à rien^ si ce n'est aux fétiches ». Dans la moindre case, on aperçoit partout € des objets bizarres, des morceaux de papier couverts de caractères variés, des morceaux de bois taillés d'une certaine façon, des fragments d'assiettes, de verroteries, des cornes de bœuf ou de mouton, etc. Ce sont des fétiches, des grigris, qui ont chacun leur vertu spéciale , l'un qui pro« tégera contre les mauvais esprits, un autre contre les voleurs, tel autre contre le feu ou la maladie, etc. ». De pareilles amulettes se rencontrent dans les habitations des soi-disant musulmans qui en portent d'ailleurs sur leurs personnes tout autant que leurs compatriotes c idolâtres ». Leur foi dans les fétiches est absolue : un roi landouman vint un jour demander au commandant du poste français e un grigri blanc pour le préserver des balles ».

Faut-il considérer comme un progrès mental ces usages des peuples qui, comme les Australiens, les Néo-Calédoniens et lesCafres, font des fêtes à la nouvelle lune ; ils saluent de leurs chants et de leurs danses l'astre bienfaisant, ainsi que le faisaient, si nous en croyons Strabon,les anciens habitants des Pyrénées (Géographie, III, iv, 16 : mot 8s tovç KaX- Xoâfxoù; aOéovç qpa<7«, zovç oâ ReXTeêvî/oaç xai zovç npodèdpovç t5v 6iiop(ùv av-cGÏç ôvovy/xw xm Ssôi [ôu«v] zaîç navtjî'krivoiç vuxto)^ npo tôv m^Xdiv, izavomovg u foptuivj xac ;ravvu/eÇ6ev) . Ici, c'était la pleine lune ; l'Africain, lui, salue la lune nouvelle. D'autres habitants de la grande péninsule ont un vrai culte pour le soleil, comme les Péruviens antiques; d'autres vénèrent à la fois le soleil et la lune, mais ils tiennent la lune en plus grande vénération (f pour une raison évidente » dit un voyageur) :

ig FÉTICHISME

quand elle se lève, le nègre se dresse, se tourne vers elle et joint les mains. N'est-il pas curieux de rapprocher de cette habitude le fait cité par Labat {Nouvelle relation de F Afrique occidentaley Paris, 1728, t. Il, p. 292) : cil y a des matelots chrétiens, et surtout les Dieppois, qui ont une autre coutume, c'est de saluer le soleil quand il se lève en lui ôtant leur bonnet, et se tournant respectueusement de son côté. C'est assurément un reste de quelque superstition de l'idolâtrie, dont ils ne sauraient rendre aucune autre raison que de dire que c'est la coutume de tous les pêcheurs de leur nation » .

Ce n'est pas seulement en Afrique que le fétichisme peut être observé. Les tribus sauvages de l'Inde sont à ce sujet très remarquables. Toutes croient plus ou moins aux esprits, aux mftnes, aux sorts, aux maléfices. Ces tribus forment quatre groupes géographiques : les deux premiers au nordest dans le Bengale, le troisième au sud-ouest dans les Nllagiris, et le quatrième dans l'île de Ceyian.

Les TibétO'Birmans de la frontière nord-orientale (Singhpos, Abors, Mikirs, Bhuiyas, Savaras, etc.) vénèrent des rochers, des arbres, des poteaux; les plus avancés paraissent avoir des huttes où ils rendent un culte à des images sacrées. Mais la plupart n'en sont point là. Les Singhpos, les Abors, les Mikirs, redoutent le dieu de la mort, Djam-râdjâ (yamay emprunté au panthéon hindou classique) ; les Garos et les Bhuiyas adorent le soleil ; les Abors et les Mikirs croient aux esprits dans les arbres; les Bhuiyas et les Savaras faisaient jadis des sacrifices humains à la terrible déesse Thakmâni; les Singhpos reconnaissent trois esprits, nhats, auxquels ils offrent en sacrifice des coqs, des chiens et môme des bufQes.

Les Kolariens et les Dravidiens du Bengale (Djuangs, Kharrias, Mandas, Santals, Korwars; — Oraons, Paharias ou Malers) ont des coutumes religieuses fort analogues ; il faut

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