SAUVAGES DE L*INDE
Faire observer à ce propos que les renseignements qui nous sont fournis sur le compte des peuplades dont nous parlons nous viennent de missionnaires ou de fonctionnaires anglais piétistes et déistes, suspects par conséquent d'exagération ou d'optimisme. Les Djuangs cependant, nous dit-on, n'ont aucun dieu, n'en nomment et n'en reconnaissent aucun ; ils n'ont aucune idée d'une vie future et ne croient ni au ciel ni à Tenfer. La seule apparence de pratiques religieuses chez eux consiste en offrandes de volailles faites par des vieillards au soleil et à la terre, pour obtenir des fruits ou de la chaleur. — Les Kharrias ne croient pas à la vie future; ils n'ont point de prêtres. Chaque père de famille, dans cette tribu, doit faire cinq sacriGces au soleil pendant sa vie : ces sacrifices se font sur des fourmilières; on offre la première fois de la volaille, la seconde fois un cochon, la troisième fois une chèvre blanche, la quatrième fois un bélier et la cinquième fois un buffle. Aussi prétend-on qu'ils adorent le soleil sous le nom de Bero. — Les Korwars sacrifient seulement aux mânes. — Les Malers ou Paharias adorent le soleil et les divinités des accidents et des maladies ; le tigre est un de leurs dieux les plus importants. — Les Oraons, outre le culte général du soleil (sous le nom de Darmêch)^ auraient des divinités locales servies par des prêtres de villages. — Les Khonds adorent aussi le soleil, qu'ils disent mâle et femelle, mais ils craignent surtout une déesse sanglante, Târiy à laquelle ils offrent des sacrifices humains.
Les Santals et les Mundas sont plus avancés. Quelquesuns adorent bien encore les tigres ; presque tous croient â l'influence des mauvais esprits et ont une foi aveugle dans les conjurations et la sorcellerie ; presque tous reconnaissent des dieux locaux qui président aux montagnes ou aux étangs ; presque tous ont le culte des mânes ou ombres des ancêtres: les Mundas exposent des aliments pour apaiser
90 5iTURlLISllE
ces mânes errants ; mais, quoiqu'il n'y ait chez eux ni temples, ni images, ni symboles, ni prêtres même dans le sens exact du mot, ils racontent certaines légendes ou Ton peut voir le germe d'une mythologie véritable. La puissance suprême, le maître, le dieu Singbonga (le soleil), qui a créé la lune, procéda un jour, ainsi qu'il suit, à la création des races humaines : il fit, de toutes pièces, un garçon et une fille; mais, les trouvant trop naïfs et trop innocents, il imagina de les enivrer. L'ivresse produisit sur eux le même eftet que sur le neveu d'Abraham lorsque ses filles le débauchèrent, et ils engendrèrent vingt-quatre enfants, douze garçons et douze filles qui furent la souche de tous les peuples.
Les Santals s'appellent eux-mêmes Kheruar; ils tiennent beaucoup à leurs coutumes séculaires et se sont révoltés plusieurs fois contre les agents dû gouvernement anglais : en 1855 sous le commandement des chefs Sidho et Kanhou, de 1871 à 1874 sous Bhagrit Manghi, enfm en 1880 et 1881. En 1881, ils ont refusé de se laisser recenser; six cents hommes munis de bAtons sont allés mettre le feu au tangalow (hôtellerie gratuite où les voyageurs n'ont que la jouissance du mobilier et du local) où campaient les recenseurs, à Djamtara, mais ils ne firent aucun mal aux ibnctionnaires eux-mêmes ; ils avaient été surtout choqués de ce que la visite des Européens avait coïncidé avec leur fête nationale du Bandhna qui a lieu dans lapremière quinzaine de janvier. En 1855 et 1871, l'insurrection avait été motivée parla perception de l'impôt foncier qu'ils se refusaient & payer. Le mouvement politique fut la cause d'une réforme re- Ugieuse : on décida d'adorer désormais la déesse Singbhani ((éminin de Singbonga?) vénérée par les autres races agricoles de la r^ion, de lui sacrifier tous les animaux impurs (poules el cochons), d'abolir les danses et les boissons, de
SANTALS, TODAS 81
renoncer aux dieux amis de Torgie et de ne garder comme divinité secondaire que le soleil sous le nom de tchando.
Les Khéruar se divisent en trois sectes : les pursy les fakirs et les timides. Les purs ou sapha hor^ qui enterrent leurs morts» sont les promoteurs et les fidèles observateurs de la réforme de 1880. Les fakirs ou mendiants passent leur vie sur les grands chemins à demander Taumône ; ils enterrent aussi leurs morts. Les timides ou bheluaragM n'ont pas osé adopter la réforme , ils remplacent les sacrifices de poules et de cochons par des offrandes de sucreries appelées mithaîs; ils restent fidèles à la rivière sacrée des vieux Santals, le Damuday où ils jettent un des os de leurs morts après la crémation des cadavres, tandis que les autres vont jeter dans le Gange une poignée de la terre où ils ont déposé les leurs. Quelques Kheruar adorent aussi Kâli et Çiva (sous le nom de Mahâdêb). Les réformateurs, pris d'un beau zèle de prosélytisme, vont prêchant partout que c le royaume des Kheruar est proche » et qu'il faut « tuer immédiatement les cochons et les poules >. Le mouvement s'est étendu au nord et à l'ouest du Tchutîâ- Nâgpoùr, mais il parait actuellement enrayé ou ralenti. Les vrais initiés prétendent avoir la pure et vraie connaissance d^At/obaba (père et mère), du dieu Tlmkur et de sa femme Thakran qui soutiennent et inspirent. Quand il y aura douze sectes parmi les Santals, le millénium commencera. Alors les intrus et les fonctionnaires étrangers disparaîtront du pays, où régneront la paix et la liberté.
Les principales tribus primitives des Nîlagiris sont les Irulas, les KurumbaSj les Kôtas et les Todas. Les Irulas sont vichnouvistes, quant aux KurumbaSj les uns adorent Çiva, les autres ont un certain t dieu du bétail >. — Les Kolas ont un culte vague caractérisé par des danses et des offrandes de volailles et de chèvres. Mais ils ont une divinité
Si NATURALISME
toute récente, nommée Mâgâli. Il paraît qu'un jour, les habitants d'un certain village l'avaient déserté, à cause d'une redoutable épidémie de petite vérole. Or, on raconte qu'un des plus jeunes fuyards, passant un jour par hasard près de son ancienne habitation, vit, dans un arbre, une apparition en forme de tigre qui lui adressa la parole dans une langue inconnue et lui ordonna de faire construire, à l'endroit même, un sanctuaire. Ne dirait-on pas là une légende chrétienne? Lourdes et la Salette n'ont point une autre origine.
Les Todas qui sont les plus intéressants et peut-être les plus anciens habitants des Nilagiris, ont une religion véritable, mais elle parait singulièrement matérialiste. C'est un culte purement pastoral et Tobjet adoré parait être, au fond, le lait viviliant. Ils ont de véritables temples, huttes respectées où le prèti^ seul pénètre, où est suspendue la cloche sacrée devant laquelle on fait chaque jour des libations de lait. Les hommes et les femmes murmurent, matin et soir, des formules pieuses dans le genre de celles-ci : € Que tout soit bien ! que le temps soit bien !» Il y a chez eux trois sortes de prêtres : le pâlikârpâl, sovie de frère-lai, de frère servant, qui n'est point tenu à une chasteté absolue; le varjâl^ sorte de diacre, qui est au contraire obligé, pendant la durée de ses fonctions, de n'avoir de rapports avec aucune femme ; le pâlâl enfm, qui, soumis à la même règle, est de plus condamné à Tisolement complet. Le pâlâl dont le nom veut dire, en dravidien, « homme du lait », est, en même temps, le chef de la tribu, le préparateur du beurre, le distributeur du lait el le directeur des échanges c'est-à-dire du commerce de la tribu.
Les Yeddâs de l'ile de Ceylan sont de deux sortes, ceux des forêts, véritables sauvages, sans habitations et sans familles, et ceux qui sont réunis en villages. Ni les uns ni les autres