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DANSES DE CONJURATION

n'ont, comme nous l'avons déjà fait voir plus haut, de prêtres, de dieu, d'autels, de superstitions quelconques, de prières ou de formules. Le tonnerre les rend malades de peur; mais ils n'ont aucune idée de quelque chose d'immatériel et ne croient point à une vie future ; ils ont seulement des danses de conjuration.

Ces danses sont surtout en usage chez les tribus des plaines de la pointe méridionale de l'Inde et particulièrement chez les Çânârs du Tinnévéli. Les Çânârs constituent proprement, dans les pays de langue dravidienne, la caste qui extrait le suc du palmier pour en faire des liqueurs spiritueuses (brut, callou, kallu; distillé, arrack) et un sucre grossier appelé jagre (en lamoul vellarn) ; mais il y en a qui sont devenus propriétaires, agriculteurs ou même commerçants. Généralement rudes et illettrés, ils adorent, prétend-on, les démons, simplement parce que les démons sont méchants. Quand on veut se les rendre favorables, on s'assemble, on fait choix d'un officiant de bonne volonté (il n'y a point de prêtres spéciaux) ou même d'une officiante. La personne ainsi désignée se revêt d'habits de couleurs voyantes auxquels sont attachés en grand nombre des grelots sonores. Elle se place au milieu du cercle, immole un coq ou un bouc dont la tête est tranchée et dont le sang, signe de fécondité, est répandu sur le sol. Une musique sauvage, produite par des tambours et des sortes de fifres aigus, commence en sourdine et va rapidement crescendo. Le patient s'agite, se frappe, saute, danse d'une allure de plus en plus frénétique : au paroxysme de la fureur sacrée qui le transporte, il donne des consultations et prédit l'avenir, puis il tombe épuisé et la foule se retire.

On retrouve partout ces danses de conjuration où le € sorcier >, avant de rendre son oracle, cherche l'inspiration dans les contorsions les plus extravagantes, dans les mouve-

PINSON. — Religions actuelles. 3

raents les plus désordonnés, et dans l'ivresse qui en résulte. En Sibérie, chez les Ostiaks, les Samoyèdes, les Turcomans septentrionaux, il y a des habitudes semblables qui caractérisent ce qu*on a appelé le chamanisme^ du mot local Tsâmâ, M. de la Brunière, missionnaire chrétien, a assisté en 1848, dans la Mandchourie, aune danse du même genre faite chez les Jupitaize c peaux de poisson », peuplade sauvage des bords de l'Amour. Au fond de l'Afrique, chez les populations anciennes ou modernes de l'Amérique, dans les lies du Pacifique, ce sont les mêmes coutumes.

Cette tendance à vénérer surtout les mauvais esprits, les dieux méchants, se retrouve partout. Nous avons vu plus haut que, suivant certains voyageurs, les Baris reconnaissent un créateur dont ils se soucient peu parce qu'il ne leur fait aucun mal. Dalton affirme que chez les Michmis il n'y a pas d'autres dieux que des dieux malfaisants; d'autres rapportent (Magazin von merkwûrdigen Reiseschreiben^ t. KXIX, p. 143) que les Indiens de Caracas croient «^ un dieu primitif méchant, et P. Lesson dit la même chose des indigènes de Rotouma.

Partout aussi on retrouve le fétichisme; les Néo-Calédoniens ont des grigris. Dans TOcéanie, on trouve le culte du serpent; en Amérique, on révérait des pierres; aux Philippines et à Malacca, il y a des arbres fétiches ; nous pourrions citer de nombreux exemples, si nous ne craignions d'allonger démesurément ce chapitre. Nous nous bornerons à donner l'appréciation suivante d'un savant anglais : t Le principe du fétichisme est celui de la centralisation et aussi de l'attribution d'une valeur fictive à des objets dont l'importance n'est pas admissible. Il comprend ainsi une série d'actes religieux, de spéculations commerciales, et de systèmes politiques. Dans toute religion, chaque temple, chaque autel, chaque prêtre, est un témoignage du fétichisme, une

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