NON ÊDUCABILITÉ DES NÈGRES
déclaration que certains endroits et certaines personnes sont plus sacrés que d'autres endroits et d'autres personnes. Le chrétien qui ôte son chapeau en entrant à Téglise et s'incline aux mois sacrés du Symbole; le soldat qui présente les armes à Véiendard royal ; le marin qui touche son bonnet en passant devant le gaillard d'arrière ; le ministre qui salue le trône sont aussi fétichistes que le nègre; mais ils diffèrent du nègre en ce que leur croyance n'est pas seulement du fétichisme mais du fétichisme augmenté de beaucoup d'autres ismes » (S. Baring Gould, Origine et développement de la croyance religieuse, p. 175).
C'est certainement par une extension des habitudes fétichistes qu'a commencé le culte des idoles, d'abord vénérées pour elles-mêmes, puis comme figures d'une puissance extérieure, métaphysique. Tel paraît avoir été le cas de ces monstrueuses idoles américaines devant lesquelles on accomplissait de si effroyables sacrifices humains ; le but de ces sacrifices était ordinairement d'envoyer aux dieux ou aux morts des amis, des esclaves, des femmes, des animaux, des domestiques pour leur aider à vivre dans la région éloignée où la mort les avait transportés.
Les races inférieures — et surtout le nègre — n'ont pas d'histoire, et qui pis est ne sont pas éducables. Pris dans leur ensemble, bien entendu, et en dépit des théories sentimentales des philanthropes, la civilisation européenne est incompatible avec leur nature. Le Dr. llunt faisait remarquer à la Société d'anthropologie de Londres combien cette affirmation : € le nègre n'attend que l'occasion de se civiliser » est contredite par les faits. Dans la même société, du 14 mars au 6 juin 1865, on a longuement discuté la question de la possibilité de convertir les nègres au christianisme, et des témoins autorisés sont venus soutenir la négative. M. W. Reave, qui avait passé cinq mois dans l'Afrique équa-
toriale, qui avait habité au Gabon chez M. Walker et à Corisco chez M. Mackey déclarait que ces deux Américains étaient vraiment l'idéal du missionnaire par leur science, leur moralité, leurs connaissances pratiques; cependant, ajoute-t-il t je n'ai pu parvenir à trouver plus d'honnêteté, plus de fidélité, plus de sobriété ou plus de vertu chez leurs ouailles que chez les païens non convertis; je découvris même que mes domestiques chrétiens, qui croyaient à Jésus, refusaient de travailler le dimanche et chantaient des hymnes d'une voix de fausset suraigu, faisaient de nombreuses restrictions mentales sur le septième commandement, tandis que leurs femmes étaient toujours prêles à enfreindre le sixième. Pour me résumer, je constatai que toute négresse chrétienne était une prostituée et que tout nègre chrétien était un voleur ». M. Walker lui-même, qui avait résidé quatorze ans au Gabon, est venu appuyer ce témoignage par le sien; il avouait n'avoir pas connu un seul nègre véritablement et de bonne foi converti ni par les missionnaires protestants ni par les missionnaires catholiques : un converti de la mission française lui demanda la permission de le voler comme avaient fait ses serviteurs précédents. M. George Denys racontait l'histoire de ce chef africain qui, sur le point de recevoir le baptême, demanda l'autorisation de garder deux de ses femmes; sur le refus du prêtre européen, le catéchumène se débarrassa de la moins aimée en la mangeant. Le capitaine Burton affirme aussi que les nègres convertis valent moins que les païens; les usages qui servaient de base à leur morale ayant disparu, rien ne les gêne : ils tuent, pillent, violent, s'enivrent et surtout volent à qui mieux mieux.
Ce n'est pas en Afrique seulement que les christianisations ne réussissent pas; chez toutes les populations océaniennes, africaines, américaines et même asiatiques, le premier effet
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de la conversion des indigènes est d'ajouter les vices de la civilisation à ceux qu'ils avaient déjà. M. Colenso, le célèbre évêque de Natal que, par un phénomène tout à fait comparable à ce qu'on appelle en physiologie une action réflexe, un long séjour en Afrique a déchristianisé, disait en 1865 que rinsuccès des conversions était dû en partie aux mauvais exemples des Européens. Mais cette cause n'est ni la seule ni la plus importante : le nègre ne comprend rien à la métaphysique et les arguments abstraits n'ont aucune prise sur son esprit.
Un Makololo disait un jour à Livingslone : c d'où cela peut-il venir? nous conservons toujours ce que vous nous dites à propos des autres choses, et quand vous nous parlez de sujets bien plus merveilleux que tout ce que nous avons jamais entendu, vos paroles s'enfuient de nos cœurs sans que nous puissions les retenir if. Le nègre est un être essentiellement imitatif, il ne prend d'une religion étrangère que les côtés purement extérieurs; bien des voyageurs anglais témoignent de la répugnance que leur inspirent les contorsions, les simagrées, les grimaces des chrétiens delà Guinée.
Une cause d'insuccès est aussi Tinsuffisance du langage. Les idiomes des populations inférieures ne sont faits ni pour exprimer les hautes spéculations religieuses ni pour traduire la Bible. L'évêque Colenso cite des exemples très instructifs: € les missionnaires du Natal », dil-il, c avaient l'habitude de rendre notre mot évangile par ivangeli, formé à l'imitation du grec ou du latin. Je demandai un jour à un natif chrétien ce qu'il pensait de la signification de ce mot; il.me répondit que cela voulait dire < mélange > (du mot zoulou vanga c mêler ») de sorte que, pour lui, le mot ivangeli signifiait simplement une olla podrida d'histoires ou de contes réunis au hasard et sans ordre. Mais voici une bien plus sérieuse méprise. Il y a un mol ubomi qui est employé
pour € viande >, plutôt même c viande faite, faisandée, qui commence à pourrir >, ce que les Zoulous regardent comme une friandise; aussi l'expression c manger ubomi > est-elle employée par eux pour indiquer un grand plaisir, une suprême félicité. Les premiers missionnaires en quête d'une phrase pour rendre le bonheur céleste s'emparèrent de celle-là et usèrent de t manger ubomi » sans une impropriété trop radicale pour indiquer la vie éternelle, la vie bienheureuse. Mais on peut aisément concevoir quel non-sens c'était pour l'oreille d'un natif quand ubomi lui-même était pris pour « vie » et figurait dans un passage comme celuici : € elle est étroite la voie qui mène à ubomiy la viande pourrie ». Quelque chose de pire encore était la traduction de celte phrase capitale de S. Jean : c En lui était la vie, ubomiy et la vie, ubomi, était la lumière des hommes » !
Les conversions au christianisme rencontrent une difficulté de plus dans l'abandon delà polygamie, nécessairement imposé par les missionnaires. J'ai cité plus haut la solution fantaisiste de la difficulté qu'avait trouvée un potentat africain. Burton cite l'aventure d'un autre chef qui, plus docile, s'était résigné tout de suite à réduire son ménage à une seule épouse; celle-ci devint enceinte et suivant l'usage du pays alla demeurer hors de chez son mari. Incapable de continence, le nouveau chrétien eut des relations avec des prostituées qui le gratifièrent d'une syphilis épouvantable. D'ailleurs, Burton et M. Reade affirment que les adversaires les plus tenaces de la monogamie sont précisément les femmes africaines.
Il en est de même partout. M. Wallace dit par exemple qu'il est parfaitement inutile de parler religion aux Australiens qui ne savent pas compter au delà de trois ou de cinq; de même qu'ils ne comprennent pas que deux et trois font cinq, ils ne peuvent rien entendre aux idées métaphysiques