‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 31 sur 261 · LANGAGES IMPARFAITS · texte numérisé non relu

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et morales. Aux îles Sandwich, suivant le Dr. Seeman, il y avait jadis des missions très florissantes; mais, quand après l'assassinat du capitaine Cook, les missionnaires eurent quitté les îles, les indigènes redevinrent tout à fait irréligieux et, en moins de vingt ans, toute trace de christianisme avait disparu parmi eux. A Malacca, le Dr. Yvon, notre compatriote, rencontra un métis hollandais qui professait, dans rintérêt de son commerce, un singulier éclectisme : sa femme, son Bis aîné et lui, étaient catholiques; son second fils était protestant et sa fille était musulmane. Dans l'Amérique du Nord, les Mormons eux-mêmes n'ont rien pu faire avec les indigènes. On sait que dans l'Inde les convertis, qui appartiennent généralement aux plus basses castes, tirent surtout de leur titre de chrétiens le droit de boire de l'caude-vie, de manger de la viande de bœuf et de voler leurs maîtres, tout comme les Africains de M. Harris : ce commerçant anglais reçut successivement de ses compatriotes missionnaires trois « excellents sujets > qui le volèrent, s'enirrèrent, et firent c les cent coups >, l'un après l'autre.

Les exemples et les témoignages abondent. Baker rapporte que le chef de la mission autrichienne du Ilaul-Nil, M. Morlang, lui déclarait, avec beaucoup de chagrin, qu'une mission était tout à fait inutile parmi de tels sauvages; qu'il avait travaillé avec beaucoup de zèle pendant nombre d'années, mais que les natifs étaient absolument inaccessibles à ses arguments; on dut se résoudre à vendre le terrain, la maison et le matériel de la mission et à abandonner le pays. De son côté, Livingstone écrit : c l'expérience m'a prouvé que les > idolâtres sont moins moraux que les peuples qui n'ont aucune idole >. Or, les Africains convertis ont en réalité passé de l'athéisme, du fétichisme, à l'idolâtrie. Burlon rapporte le cas de ce premier et unique chrétien de la mission de Rabbai Mpia, près Mombas, qui, disait le propre chef de

la mission, « avait été préparé au christianisme par un accès de folie, occasionnée par la mort de tous les membres de sa famille et qui avait duré cinq ans ». Ce converti était d'ailleurs c cher » à ses apôtres, car ils avaient dépensé jusqu'au jour bienheureux de sa conversion 12,000 livres sterling (300,000 francs).

Le chrétien nègre n'est point inintelligent; il sait même très bien arranger les choses à sa manière, témoin ce sermon d'un prédicant noir rapporté par M. Reade : c Mes frères, vous voir homme blanc mauvais beaucoup, laid beaucoup, pas bon. Vous n'a pas conné ça blanc comment vini viv' dans monde; moi y va dire à vous. Adam et Eve, eux noirs, beaux beaucoup; eux viv' dans beau zardin. Là, eux avoir tout ça qui bon : bananes, patates, coco, grand, grand, beaucoup, beaucoup. Alors eux avoir deux enfants, Caïn et Abel. Ça Caïn-là pas aimé palabre Abel; éne zour, l'a tué li. Bon dié colère; y dit comou ça : « Caïn! » Caïn li va cassé li, U pensé : « moi pas bête ». Va, va! Bon dié y dit encor comou ça : « Caïnl eh Caïn! toi pensé moi pas voir toi, ehl vilain nég'I » Caïn li vini, li dit comou ça : « oui, massa, ça mèm' mon case; quoi voulé, massa?» Bon dié crié grand tonnerre : « où ça tonpitit frère Abel? » Caïn li tremblé, li pèr, li vini tout blanc — ça même premier blanc, mes frères ». C'est un indigène de la même tournure d'esprit qui s'était si bien incorporé les allures et les habitudes des Anglais, ses maîtres, à Sierra-Leone, qu'ilrépondit un jour à l'agent consulaire français cette phrase mémorable : « oublie pas, toi, nous gagné Waterloo ! »

Et que dire du raisonnement suivant? Un des premiers convertis de leur tribu étant mort, les Wanyika déclarèrent qu'il n'y avait décidément pas de Sauveur, puisqu'il n*avait pas empêché la mort de son ami ». L'évêque Colenso a entendu un Zoulou faire le raisonnement qu'un prédicateur

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