BRAHMANISME
vulgaire) avant de pouvoir rejoindre l'âme universelle.
Cette conception philosophique, étudiée dans tous se« détails, se rattache à la religion populaire par sa croyance aux dieux et aux êtres inférieurs, par sa foi dans la cosmogonie vulgaire. L'univers comprend trois étages, trois mondes, inférieur, moyen, supérieur. Le monde moyen, c'est la terre, séjour des hommes et des animaux; le monde supérieur ou si l'on veut paradis, paralôkdy est le séjour des dieux; le monde inférieur ou enfer, ;)a/âla/(3/:a, est le séjour des démons. Mais ces démons ou ces dieux sont eux-mêmes des êtres corporels, soumis à la loi générale de l'évolution de la transmigration, conséquence fatale de l'activité, du bien et du mal. L'enfer et le paradis sont des lieux de joie ou de peine, de récompense ou d'expiation, essentiellement temporaires, c'est-à-dire où les âmes individuelles ne font que passer pendant le cours de leurs innombrables métempsychoses. Après chacun de ces séjours temporaires, elles renaissent sous une forme corporelle supérieure, moyenne ou inférieure, suivant leurs degrés de mérite ou de démérite. Le but, la fin dernière, est la cessation de l'existence séparée; on arrive à ce but espéré par quatre périodes, par quatre états : sâlôkyuy vie dans le même séjour que l'âme suprême; sâmipya, vie à côté de l'âme unique; sârùpyay vie dans l'assimilation à l'ûme universelle; et sayûdjya^ absorption dans le grand toul, dans Tâme générale, en Dieu. En dernière analyse, cette métaphysique compliquée se réduit au panthéisme absolu.
Elle est caractérisée par ces deux ada«»es sanscrits : nâva^tunô 'vastusiddhih « rien ne se produit de rien ù et avaçyam êva bhôklavyam krtam karma çubhâçubham « l'action 9 commise bonne ou mauvaise, son fruit doit être nécessai- » rement mangé » .
Sur ce thème ont travaillé jusqu'à l'invasion persane tous
ÉCOLES. — I. NYAYA 65
les philosophes de la péninsule. On a classé leurs théories en six écoles distinctes dont il importe de résumer les enseignements divers. Ce rapide coup d'œil est indispensable pour faciliter Tintelligence de toute l'histoire rehgieuse de l'Inde. Les six écoles philosophiques sont celles : du Nyâya qui reconnaît pour fondateur un nommé Gâutama, du Vdiçêchika qui se rattache au sage Kanâda, du Sânkhya de Kapila, du Yoga de Patandjali, de la Mimânsâ de Djâimini et du Vêdânla de Vyâça. Ces différents systèmes ont chacun une riche et abondante littérature; ils sont d'ordinaire expliqués sommairement par des sentences ou aphorismes en vers connus sous le nom de sûtra « résumé, condensation, tissu » le plus souvent inintelligibles à ceux qui ne sont point initiés.
I. Gâutama, à qui on attribue l'enseignement du Nyâya, était né, dit la légende, dans la région de l'Himalaya; il vécut d'abord d'une manière fort austère à Prayâga (actuellement Allahahad), puis il se retira dans les montagnes. Son système, celui du Nyâya « analyse » part de cette affirmation que la renaissance est la suite déplorable de l'activité ; que le bien et le mal, résultais de l'activité, origines de la, renaissance, peuvent être évités par la pure sagesse, mais que, pour acquérir la pure sagesse, il faut connaître la vraie méthode de raisonner, seul moyen d'arriver à la certitude. La certitude chasse la fausse connaissance; la fausse connaissance chassée, le sage ne commet plus la faute de se préoccuper des objets extérieurs; alors il cesse d'agir et, ne commettant ni bien ni mal, n'ayant à recevoir ni peine ni récompense, il n'est plus exposé à la renaissance qui est le mal suprême et absolu. Mais avant d'acquérir la certitude, que faisons-nous? partis de l'ignorance, nous sentons, nous réfléchissons, nous doutons, nous discutons et ainsi de suite. Mais qu'avons-nous à étudier? l'Ame, le corps,
▼iifSOR. — Religions actuelles. S