II. VAIÇÊGHIKA
mais qu'elle manifeste son existence seulement dans le corps qui lui est assigné. Le but à atteindre est la cessation de cette manifestation de Tâme ; il faut la libérer de la matière qui Tobscurcit, car Tidéal, le bien suprême, rinfmi, c'est la pure lumière. Au point de vue cosmogonique et religieux, Kanâda ajoute que cette pure lumière est Dieu, toujours et parfaitement heureux, essentiellement sage, tout-puissant et irrésistible. Sa forme visible est la lumière accessible à nos sens, qui procède delà pure lumière; quand le désir de la création se produisit dans la pensée divine, la lumière donna naissance aux eaux d*où procédèrent les innombrables mondes qui flottaient à leur surface sous la forme d'oeufs. Dans ces œufs primordiaux, il y avait un liquide sur lequel était étendu Vtcftnu, du nombril duquel sortit un lotus d'où naquit Brahmâ. C'est Brahmâ, qui, suivant les ordres des dieux, a organisé les mondes avec son esprit d'une part, avec les atomes élémentaires de l'autre.
Gâutama enseignait déjà que le monde sensible est formé d'atomes indivisibles, éternels et inanimés qui ont été coordonnés par l'être suprême, l'âme universelle, ou, comme on l'a dit en Europe, par le Grand Tout. L'âme humaine a deux formes, deux états, celui de paramâtmâ « âme suprême, infinie » et celui de djîvâtmâ a âme vivante, limitée ».
Kanâda n'a garde d'oublier cette distinction de l'âme considérée dans sa nature absolue et dans ses relations avec la nature vivante. Il enseigne également qu'il faut distinguer l'âme et l'esprit, l'esprit et le corps, théorie commune à la plupart des philosophes de l'Inde : l'esprit, manas, est un organe matériel spécial, mais invisible et séparé, qui accompagne l'âme et préside à ses communications avec la matière. En résumé le système Nyâya et le système Vâiçêchika tendent au dualisme, puisque, outre le paramâtmâ^ l'âme universelle suprême et indivisible, ils admettent l'existence