THÉORIES ORTHODOXES
sages. Le suprême bonheur est l'absorption dans Têtre unique éternel, l'âme universelle, toujours inerte et incapable de sentiments, qui est la vie pure puisqu'elle ne vil pas, la pensée pure puisqu'elle ne pense à rien de particulier, et la joie pure puisque rien ne la réjouit, ne l'émeut ou ne la trouble. Il faut arriver à la destruction de l'individualité constituée par la connaissance ; et comme la naissance est commandée par l'action, il faut éviter avec un soin jaloux et le bien et le mal, et s'anéantir dans la contemplation de l'idéal absolu.
Voilà du moins la théorie. Mais, en fait, les Indiens ont vécu et vivent dans les mêmes conditions que les autres hommes. Quelle société d'ailleurs pourrait, je ne dis pas s'accommoder de telles doctrines, mais seulement les admettre? Ce ne peut être que des spéculations agréablement caressées par un petit nombre d'esprits d'élite, très orgueilleux de leur indiscutable supériorité etfort dédaigneux du vulgaire. Sans les castes, il n'y aurait eu dans l'Inde ni savants, ni philosophes. La vraie doctrine, écrite du reste en sanscrit, langue purement littéraire et souvent incompréhensible à la masse de la nation, ne peut être acquise que par les brahmes; ceuxci seuls sont les précepteurs des autres castes. Le vâiçya el le sûdra recevront quelques bribes de la science; le kchatrya pourra lire le Veda mais sous la direction éclairée du prêtre. Les lois de Manu condamnent sévèrement « celui qui, sans en avoir reçu la permission, acquiert par l'étude la sainte écriture ». L'Eglise catholique interdit de même la lecture de la Bible.
Pourtant le Code de Manu, livre d'une portée pratique journalière, commence et finit par l'exposé des doctrines philosophiques orthodoxes, si Ton peut s'exprimer ainsi. Les Ames des hommes qui ont commis de mauvaises actions prennent un corps destiné à être soumis aux tortures de