CASTES, ÉDUCATION
l'enfer; et quand ces peines ont été subies, ce corps se dissout et Tâine reprend sa course à travers les corps terrestres. Les âmes des gens de bien vont de la même façon pour un temps dans le paradis céleste. En sortant de l'enfer, le meurtrier d'unbrahme devient chien, âne, oiseau ou même paria; l'ivrogne renaît sous la forme d'un insecte; l'incestueux sous la figure d'un végétal ou d'une bête féroce, etc. Dans l'enfer, ils auront déjà subi les supplices suivants : ils auront été dévorés par des corbeaux, ils auront avalé des mets brûlants, ils auront été mis dans le feu « comme les vases dupotien, ils auront eu froid; ils auront souffert de l'extrême chaleur, etc. Pour atteindre le but suprême, il faut faire de bonnes œuvres désintéressées, il faut honorer son maître spirituel, dompter les organes des sens, connaître et étudier les Vidas, comprendre Dieu, et arriver par là à la connaissance de l'âme suprême. Cette connaissance, ainsi qu'il a été déjà dit, est réservée seulement aux brahmes et encore pas à tous, mais seulement à ceux dont le temps est arrivé, à ceux que leurs bonnes actions passées ont fait renaître dans la condition heureuse du brahme parfaitement pur, sage, éclairé.
Pour être du nombre des privilégiés, il fallait passer par une assez longue série d'épreuves. C'était comme une francmaçonnerie absolument mystérieuse, avec des degrés successifs d'initiation. Les hommes des trois castes supérieures, leur éducation terminée, recevaient, dans une cérémonie appelée itpanâ^ana a initiation », le cordon sacré, le triple fil de coton pour les brahmes, le simple fil de chanvre pour les guerriers et de laine pour les marchands. Ils prenaient le nom de dvidja t deux fois né ». C'était comm^ un certificat de capacité. Mais, tandis que le kchatrya et le vâiçya, libres désormais de faire la guerre ou de cultiver les champs, ne pouvaient plus travailler à s'instruire; le jeune brahme com-
mençait au contraire son éducation. Il devenait brahnia- Ichâri « futur brahme > et se mettait sous la discipline d'un maître (âtchdrya), d'un directeur spirituel (guru). Chaque brahme devait en outre passer par trois autres états, trois autres grades, si l'on veut, ceux de grhastha « maître de maison, pater familias », de vanaprasiha t anachorète, habitant du bois », et de bhikchu « mendiant » ou sannyâsi « celui qui pratique le renoncement ». Depuis la conception jusqu'au mariage, il avait dû s'accomplir autour du futur brahmaichâri douze cérémonies purificatoires. Vupanâyana, qui en était une, se faisait d'ordinaire à huit ans pour les brahmes, à dix pour les kchatryas, à douze pour les vâiçyas. Voici comment se fait encore de nos jours Vupanâyafw. Le jeune brahme de sept, huit ou neuf ans, est instruit et préparé longtemps à l'avance. Son père a choisi le mois, la semaine, le jour, l'heure et la minute que la consultation des astres a indiqués comme les plus convenables ; il a fait de grandes provisions de riz, de légumes, de lait caillé, de beurre, de cocos, de feuilles de bétel et de vêtements neufs; il s'est procuré un vase de cuivre et des vases de terre qui n'ont encore jamais servi; il a invité pour le jour fixé tous ses parents et ses amis sans exception; enfin il a réuni un graad nombre de petites pièces de monnaie d'argent. Il a également purifié sa maison dont il a décoré les murs intérieurs de larges lignes verticales de peinture rouge. Le brahme purôhitay prêtre domestique, officiant de détail (anciennement le purôhita était le sacrificateur; le sens propre du mot est c préposé », placé devant, hita puras) entre le premier dans la maison, apportant l'herbe sacrée kusa ou darbhâ « poa cynosuroides ou saccharum spontaneum » et tout ce qui est nécessaire à la cérémonie; il invoque le dieu de la maison et récite un mantra t prière, formule pieuse ». Le jeune brahme a eu la tête rasée, à