‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 54 sur 261 · ÉDUCATION DES BRAHME · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DES BRAHME

reiception d*ime touffe de cheveux au sommet du crâne; on lui enduit la tète d'huile, on lui frotte le corps de safran, on le met au bain; on rhabille d'un vêtement de soie, et on le fait asseoir au milieu de l'assemblée. Des hymnes de prières aux dieux, des chants de louange en l'honneur du néophyte précèdent le banquet qui termine la première journée.

Le lendemain matin, les mêmes personnes invitées de nouveau reviennent à la maison du récipiendaire. Celui-ci est frotté, baigné, décoré comme la veille. Assis entre son père et sa mère, sur trois tabourets, dans la galerie couverte qui est devant la façade de la maison, il assiste aux dix sacrifices offerts au feu qu'on a allumé dans un vase de terre. Un repas réunit encore les assistants.

La cérémonie ou si l'on veut la fête dure plusieurs jours; dés lors le nouveau brahmatchâri ne doit plus quitter son cordon. Ce cordon est appelé djanivâra € signe de naissance 1 ; il coûte fort cher, mais les pauvres trouvent toujours le moyen de l'acheter, car, pour les aider à se le procurer, la contribution des fidèles est obligatoire : c'est un acte de piété méritoire. Il doit être fait avec beaucoup de soin, et suivant des prescriptions rituelles minutieuses. Le coton dont il est formé doit avoir été cueilli par un brahme; il doit égament n'avoir été préparé, filé et tressé que par un brahme et il faut qu'il n'ait été exposé à aucune souillure.

Le brahmatchâri doit étudier le Yêda dans la maison de son maître qu'il doit servir et respecter. Il doit se lever quand celui-ci se lève, marcher quand il marche et s'asseoir, plus bas que lui, quand il s'assied. Il doit, après en avoir reçu la permission de son maître, se nourrir des aliments qu'il a obtenus de la charité publique. Il doit se baigner dans l'eau même où s'est baigné son précepteur. Il doit saluer le soleil le matin et le feu le soir. 11 faut que chaque matin il apporte

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Ci prépare Teau^ le bois et tout ce dont on peut avoir besoin dans la maison pendant la journée.

Il y a peu d'exemples d'une oligarchie cléricale mieux organisée et mieux entendue. Le sannyâsiy n'attendant plus que la mort, indifférent à tout, sans affections, être inutile et vénéré, reçoit sa nourriture de la pitié, ou mieux, de la piété publique. L'anachorète, tout en préparant son salut, tout en travaillant à détruire en lui-même l'activité, instruit les aspirants, médite, compose, dicte à ses disciples de hautes fantaisies philosophiques à la portée des rares privilégiés. Le grhasthay qui se fera anachorète quand ses flis seront établis ou que sa femme sera morte, reste dans la vie séculière, conseille les rois et préside au culte populaire, à la religion officielle. Ainsi procèdent les philosophes des six sectes orthodoxes, pratiquant dans le monde une religion fort inférieure à leurs doctrines. Ceux qui ont osé rêver la simplification du culte, la vulgarisation de la science, l'accord de la théorie et de la pratique, sont de méprisables hérétiques : tel est le cas des Bouddhistes.

Qu'était-ce donc que la religion officielle, le culte public brahmanique? Si l'on cherchait à s'en rendre compte par l'étude des faits contemporains, on se trouverait grandement embarrassé. La religion indienne moderne se présente, en effet, avec un tel caractère de particularisme, qu'il paraît impossible d'y reconnaître une doctrine générale et commune. Chaque caste a sa divinité spéciale, j'allais dire son patron, dont la fête est célébrée à une époque précise, en grande pompe. Chaque village a de même sa fête, sa pagode consacrée à un dieu particulier qu'il n'est point aisé au premier abord de faire entrer dans le cadre général de la mythologie indoue. Toutes ces divinités locales ont leurs légendes, leurs miracles, leurs attributs spéciaux : nous pourrions citer de nombreuses guérisons à rendre jalouses les vierges

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de Lourdes et de la Salette, et Ton pourrait raconter mainte histoire de statues oubliées miraculeusement reparues et ne voulant point quitter la place. Les dévots vénèrent d'ail- Jeurs en commun certains dieux; tout le monde salue l'image de Ganêça au premier carrefour venu, de même qu'à Rome on saluait le Terme ou le Priape du champ voisin. Enfin on respectait, on priait parfois le dieu d'un village autre que le sien, en raison de ses facultés spéciales et on organisait dans ce but des pèlerinages de famille. La vierge du Pilier, à Saragosse, ne nuit point à celle du Lait, à Valence; et de même que S. Benoit est c l'avocat » de la rétention d'urine ou Ste Polonie € l'avocate » des maux de dents, la déesse Hâriyamman des Dravidiens méridionaux est la dispensatrice redoutée de la petite vérole. La religion est d'ailleurs d'une pratique facile ; quelques aumônes, de nombreux dons aux prêtres ou aux pagodes, la récitation de certaines formules, la célébration de la fête locale où l'image du dieu couverte de guirlandes parfumées est traînée sur un char gigantesque par les fidèles de bonne volonté au milieu des bayadères qui chantent et dansent, l'observation de certaines coutumes aux naissances, aux mariages et aux décès, l'abstention de nourriture animale, et quelques autres observances supertitieusestraditionnelles,voilà toute la religion du peuple. Comme les Romains, les Indiens ne comprennent pas le repos obligatoire du dimanche si cher aux Anglais : ils se reposent le plus souvent qu'ils peuvent, dès qu'ils ont leur nourriture d'un jour assurée. Ne les interrogez point sur latrinité ou sur Brahmâ; c'est à peine s'ils en savent les noms. Des musulmans ne m'ont-ils pas ditqu'ilsadoraient Ali! etcombien de nos paysans ont plus de foi à S. Pierre ou à S. Joseph qu'à Dieu le père ou à Dieu le S. Esprit!

L'humanité a procédé partout de la même façon, et partout la religion, en dépit des théoriciens de mauvaise hu-

vinsoR. — Religions actuelles. 6

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meur, s'est vulgarisée par voie d'adaptation et de tolérance. Le brahmanisme s'est incorporé toutes les superstitions locales, toutes les légendes régionales ; il s'est inspiré, suivant le temps et les lieux, de tous les systèmes philosophiques et de tous les intérêts matériels. En se répandant sur toute l'Inde, il s'est contenté de débaptiser ou plutôt de rebaptiser telle personnalité qu'on adorait ou qu'on redoutait dans tel endroit, et qui n'a rien perdu de sa puissance en devenant bne simple incarnation de Yichnu ou de Çiva, ou une manifestation de quelque divinité secondaire.

La part faite aux coutumes locales consiste soit dans le rôle attribué aux gens du lieu, comme à Madras par exemple, lorsque dans la fête de la déesse locale Egaltâl c Tunique mère? » c'est un paria (un proscrit, un impur, un oui-east) qui a l'honneur d'attacher au cou de l'idole le lâliy collier nuptial ; soit dans l'emprunt de croyances et de coutumes indigènes : le culte des démons ou mauvais esprits, les sacrifices humains, le culte des serpents, celui du linga, etc., primitivement étrangers à la religion vèdico- brahmanique. •

Nous reviendrons sur le linga, en parlant des sectes çivaïstes; quant aux serpents, leur culte est général dans rindc et surtout dans la partie méridionale de la péninsule. On y rencontre très souvent, au bord d'un étang ou d'un

Y cours d'eau, au pied d'un multipliant, des serpents capelles sculptés, la tête dressée, sur une pierre ; quelquefois on y

( voit l'image de deux serpents enlacés l'un avec l'autre;

i d'autres fois encore, les serpents ont plusieurs têtes; on offre à ces pierres du lait et du beurre fondu, on les oint d'huile» on les frotte de safran et on les décore de fleurs. Le serpent vivant est encore plus vénéré ; les femmes stériles surtout •— et il convient de remarquer les relations étroites qui existent entre le culte du serpent et les superstitions phalliques —

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les recherchent pour leur présenler respectueusement des œufs, du beurre et du lait.

Les sacrifices humains s'accomplissent encore, paraît-il, de temps en temps, malgré la surveillance active et sévère des agents du gouvernement anglais. Les tribus sauvages. Gonds ou autres, pratiquent encore le Méria^ Dakki ou Kiddiy c'està-dire l'immolation d'une victime humaine achetée ou ravie par la force, et dont le sang répandu doit, dit-on, donner Ih Fertilité à la terre. On a rattaché ces cérémonies au culte de Kâliy femme de Çiva, dont nous parlerons plus loin. L'assosociation des Thags € voleurs », ces étrangleurs de l'Inde, dont nos romanciers ont abusé sous la détestable orthographe anglaise ihug, n'était au fond qu'une secte religieuse. C'est aux mêmes superstitions que se rapportent les salis (orthographe anglaise trop vulgarisée suitee) aujourd'hui impitoyablement proscrits et pourtant encore accomplis parfois; on sait qu'on appelle ainsi la cérémonie par laquelle une veuve se brûle avec le cadavre de son mari. Le sens propre du mot sali est c la femme sage, vraie, vertueuse ». Mais on a fait remarquer que rien, dans les lois de Manu, ne prescrit ce sacrifice que les Hindous orthodoxes justifient par des textes sacrés relativement modernes et d'ailleurs controversés.

J'ai donné, dans le chapitre précédent, quelques détails sur la c démonolâtrie > de certaines tribus de Tlnde. Mais pour en revenir au brahmanisme classique, les indianistes reconnaissent entre le védisme,le vieux brahmanisme philosophique, et la religion moderne, une période de transition, une longue période caractérisée par les œuvres littéraires connues sous le nom de purânas. Le cycle des purânas commence en réalité avec les deux grands poèmes connus sous le nom de Mahâbhârala et de Râmâyâna, attribués le premier au Yyflca compilateur des Yèdas, le second à un sage

^ KKUGIONS DES PURANÂS.

;i^-^*it iMOMûè Vâlmîki, qui vivait vers le v* siècle avant »i\trt f'rf. * Tchitrakûta, dans le Bandelkhand, au sud ^ jn ri>w^ Djumna. Le Râraâyana qui contient S-iOOO dis- HMn^N. raconte la vie de Râma, prince de la race solaire et r« d Aoude, une des incarnations de Vichnu dont nous re- |girierons plus loin. Le Mahâbhârata, compose deâ^O 000 vers f« dont la Bhagavadgîtâ n'est qu'un chapitre, est le récit des hitles entre les divers princes de la race lunaire, rois de Haslinâpura, l'ancienne Delhy. Ces épopées sont pleines de légendes et d'allusions mythologiques que les /jwrdnast antiquités, vieilles histoires > ont ensuite reprises, commentées, développées, modifiées. Il y a dix-huit purâwas classiques. Certains écrivains admettent en outre dix-huit sous-purâitas, mais beaucoup de ceux-ci ne sont pas connus; en revanche un grand nombre d'ouvrages mythologiques, dans toutes les langues de l'Inde, portent le titre de purânas et ne figurent point dans les listes. Il y en a de tous les âges et on en fait encore de nos jours. Ce qui caractérise un pxcrânaj c'est qu'il doit traiter principalenaent de cinq choses : la cosmogonie primitive, les créations secondaires, la généalogie des dieux etdes patriarches, le règne des rois divins appelé J/anus, enfin l'histoire d'un ou de plusieurs princes des races lunaire et solaire. Les purânas ont invariablement la forme d'un dialogue où un disciple interroge brièvement son maître qui lui répond en lui exposant toute une théorie ou en lui racontant toute une série de légendes. Les purânas contiennent le développement de la vieille doctrine panthéiste, mais en considérant surtout les manifestations accidentelles de l'absolu sous la forme de dieux suprêmes, et en étudiant spécialement quelqu'une des personnalités divines ou semidivines qui en sont issues. Les lois de Manu appartiennent, littérairement et religieusement, au cycle des purânas. Onpeutrésumer ainsi qu'il suit la cosmogonie orthodoxe.

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