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COSMOGONIE ORTHODOXE

Le monde était dans un état de dissolution complète (pra-layaj mot qu'on a rendu par € déluge »), lorsque Tètre incréé, unique, Tâme universelle, le Seigneur existant par lai-mème, s'avisa de le rendre perceptible. La prakrli ne poo¥aii être découverte, devinée, ni révélée, lorsque le Seigneur déploya sa splendeur et fit apparaître le monde. Il produisit d'abord les eaux dans lesquelles il déposa un germe qm devint un œuf brillant comme Tor. Dans cet œuf Tétre incréé, Brahma(a bref, neutre) € l'émanation, le produit >, prit naissance, et apparut, sous la forme de Brahmâ (â long, masculin), père et créateur de tous les êtres: aussi l'a-t-on surnommé Hiranyagarbha c issu de la matrice d'or » . Au bout d'une année divine (c'est-à-dire de 3.110.400.000.000 afinées humaines), par sa pensée seule il divisa l'œuf en deux parties dont il forma le ciel et la terre; au milieu il mit les airs, les huit points cardinaux (nord, nord-est, esl, sud-est, etc.) et les eaux. Il produisit les sentiments, les qualités, les éléments, causes étemelles des manifestations d'âmes individuelles. Puis, il se divisa en deux parties, l'une mâle et l'autre femelle, dont l'accouplement engendra Virâdj, le grand Manu. Manu après avoir pratiqué les austérités les plus pénibles créa dix sages éminents, Maharchis : Maritchi, Atri,Angiras, Pulastya, Puhala, Krlu, Dakcha ou Pratchêlas, Vaçichta, Bhrgu etNârada.Ges dix saints créèrent à leur tour successivement sept Manus secondaires (Svftyambhuva, Svar&tchicha,Auttami, Tâmasa, Râivata,TchâkchuchaetVâivasvata), les dieux, les hommes, les animaux et tout le reste du monde matériel. La durée de la création est immense : entre la manifestation du monde et sa dissolution, il s'écoule un kalpay un jour de Brabmâ ; entre sa dissolution et sa création nouvelle (car les créations et les dissolutions sont infinies et innombrables), il s'écoule une nuit de Brahmâ, égale en durée au jour divin. Chaque kalpa se divise en

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quatorze manvantaraSj périodes pendant chacune desiiuettos le monde est dirigé par un manu et chaque manvantara est divisé en quatre âges précédés et suivis d'une aurore et d'un crépuscule : le premier est le krlayuga c âge parfait >, il compte 4000 années célestes de 360 années terrestres chacune, ou 1 .440.000 années vulgaires, précédées d'une aurore de 400 ans (14.400) et suivies d'un crépuscule de 400 autres années (encore 14.400)y soit en tout 1 .728.000 années humaiaes de 360 jours; le second, trêtayuga c âge du sacrifice i, comprend en tout 1.296.000 années ; le troisième, dvâparayuga c âge du doute >, en a 864.000, et le quatrième, kaliffugu c âge de la discorde >, 432.000. L'année 1887 est, suif ant les Indiens, la4988* du kaliyuga du premier kalpa (c'est-à-dire du premier jour) du premier mois de la cinquante et uniime année de Brahmâ. Le Manu qui nous gouverne est donc Yâivasvata,dont les quatorze successeurs n'ont pas encore été créés. Le jour et la nuit terrestres se partagent ensemble en trente muhûrllas; chaque muhûrlta en trente /colas; chaque kala en trente kâcluâs; et chaque kâchiâ en dix-huit clins d'œil, nimichasK Chaque mois lunaire des hommes vaut un jour et une nuit des pitr < pères, ancêtres, mânes » : la quinzaine éclairée est leur jour où ils se meuvent et agissent ; la quinzaine obscure est leur nuit où ils se reposent.

Chacun des êtres a son rôle, son séjour, ses attributs; chaque chose créée a son emploi défini. Les castes sont d'origine divine, car Brahmâ a fait sortir le brahme de sa tête, le kchatrya de sa poitrine, le vâiçya de son ventre et le sûdra de ses pieds.

Les principaux dieux du panthéon brahmanique sont des personnalités déjà mentionnées dans les Vêdas ; toutefois,

1. D'autres divisions sont plus minutieuses: on divise le jour entier enSOmohûrttas, le muhûrtta en Hkchanas, le kchnna en 30 kâlas, le kàlaen 30 kàchtàf et Itkàehtà en 15 nimichas.

DIEUX SECOiNDAIRES. 87

plusieurs ont disparu comme Mitra, conservé seulement chez les Éraniens, et Pardjanya; d'autres, au contraire, sont d'origine postérieure aux Vêdas. Je citerai seulement Agnij le dieu du feu, qui a deux visages, trois jambes et sept bras, doBt le teint est rouge et qui a pour monture un bélier ou un bouc; — Indra^ le chef des dieux, le roi du ciel, qui a quatre bras et quatre mains dont deux tiennent des lances, doflt la troisième porte la foudre (vadjrayadha c arme de ..fondre ou de diamant >) ; il est blanc et a pour monture un éléphant; il habite un paradis spécial qu'on appelle svarga; -!— KârUikêya ou Skanda^ plus connu dans le Sud sous le nom de Subrahmanyay le dieu de la guerre, qui a six têtes | "^^ et douze bras formidablement armés, et qui est monté sur un paon gigantesque; — Kâma ou Manmatha, le dieu de Famour, qui est un beau jeune homme monté sur une per- , ^^ mch^, armé d'un arc de canne à sucre dont la corde est formée par des abeilles (les flèches sont faites de fleurs) ; — Kuvéra^ le dieu des richesses, blanc, mal conformé, couvert de lèpre, ayant à l'œil une tache jaune, ayant huit dcnls seu- • lement et trois jambes, armé d'un marteau ou d'une massue > et monté sur un grand cheval blanc; — Ganéça ou Vinâyaka ou Yighnêçvaray appelé dans le pays tamoul PiUeiyâr « l'enfant », dieu des sciences ou de la sagesse; il est représenté assis, avec un gros ventre, une tète d'éléphant portant une couronne, quatre bras (deux levés qui tiennent une corde et un crochet pour conduire les éléphants, deux abaissés qui tiennent un morceau de défense et un gâteau plat); — Varuna^ le dieu de l'Océan et de la pluie, au teint clair, habillé de blanc, tenant d'une main un nœud coulant de corde et de Tautre des plantes marines, chevauchant sur un crocodile à queue recourbée ; — Vâtchy la déesse de la parole, plus tard confondue avec la femme de Brahmâ ; — VâyUf le dieu du vent, qui va sur une antilope ou sur un

char ardent traîné par deux chevaux pourpres au galop ; — YarnUy le dieu delà mort, le roi des pilr t mânes, ancêtres >, qui est noir, qui a les yeux enflammés, qui est armé d'une massue, qui a pour monture un bœuf noir et qui est toujours accompagné de deux chiens terribles qui ont quatre yeux el les narines largement ouvertes; — les deux AçvinSf fils du soleil, décorés de guirlandes de lotus, dieux de la santé et de la bonne fortune. J'arrête là cette nomenclature ; il faut pourtant citer encore les êtres malfaisants, bhûtas^ nâgas piçâtchaSf prêtas, vêlâXa (dragons, serpents, géants, vampires, etc.), les musiciens célestes (GandharvaSy Vidyâdkaras et Kinnaras), les musiciens à corps d'homme et à têtes de cheval (Kimpuruchas), les ennemis des dieux {Asuras), les quatre danseuses, célestes (âpsarâs : Urvaçi, Minakây Rambhâ et TilôUamâ)y etc. Chacun de ces êtres a pris dans la mythologie commune les formes les plus fantastiques et les plus bizarres. On y retrouve la plupart des allégories védiques que toutes les races aryennes ont plus ou moins conservées : les Centaures grecs viennent par exemple du même prototype que les Gandharvas indiens. Un singulier exemple de perversion du sens des mythes est fourni par le mot asura qui, dans le système brahmanique, désigne un adversaire implacable des dévas, des dieux, et qui, sous la forme ahura, est au contraire le nom des bonnes divinités dans la religion de Zoroastre où les daêvas sont des êtres malfaisants.

Parmi les fonctions assignées à ces dieux, qui sont au nombre de c trois cent trente millions >, il ne faut pas oublier la surveillance des huit points cardinaux confiée à huit d'entre eux désignés en raison de cet office sous le nom de lôka-pâlas c gardiens du monde > : Test, surveillé par le milan et supporté par l'éléphant Airâvata ou Himapandûra, est gardé par Indra armé de sa foudre ; le sud-est, où ron

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voit le chat et l'éléphant Pundarika, par Agni ; le sud (lion et éléphant Mahâpadma ou Yâmana) par Yama; le sud-ouest (chien et éléphant Kumuda) par le dieu de la lune ou par le roi Nirrti; l'ouest (serpent et éléphant Sâumanas ou Andjana) par Varuna; le nord-ouest (rat et éléphant Puchpadanta) par Yâyu ; le nord (éléphant ordinaire et éléphant Virupâkcha ou Sârvabhûma) par Kuvèra; et le nord-est (lièvre et éléphant Supradlba) par le dieu du soleil ou par Içflna, une des formes de Çiva. Cette terre est entre les sept mondes supérieurs ou paradis (des pitry d'Indra, des Hanus ou des dieux , des Gandharvas, des personnages illustres et sanctifiés par leur piété, des pénitents et de Brahmây le ciel supérieur) et les sept mondes inférieurs ou enfers (dont le dernier s'appelle Pâtâ\a). On y compte sep* mers : l'Océan ou mer d'eau salée et les mers d'eau douce, de laity. de lait caillé, de beurre fondu, de jus de canne à sucre et de miel végétal.

Aux dieux ci-dessus énumérés, il faut ajouter les dieux particuliers, les Kuladêvatas, divinités tulélaires des familles, les Grhadévaias qui protègent les maisons, et les Grâmadêvatas qui gardent les champs, les villes et les villages. Les Grhadévaias sont ordinairement soit la pierre du seuil d^entrée, soit un pied de iulasîy soit un panier de riz, soit une jarre d'eau, soit une statuette de Lakchm! ou de Tchandt (une des formes redoutables de la femme de Çiva). Les Grâmadévaias chassent les mauvais esprits, préservent de la famine, de l'inondation, de l'incendie; ils préviennent les épidémies; ils empêchent la guerre. Leur action est plutôt défensive que bienfaisante. Ganèça, dont la figure hideuse se voit partout au bord des routes, a sans doute pris la place de beaucoup de ces c protecteurs > ; on lui offre des fleurs et on lui adresse des prières. Les principaux Grâmadêvatas du sud de rinde, dans le pays de langue tamoule, sont Aiyanâr

90 RBUGION POPULAIRE.

{on Hariharaputra, fils de Yichnu et de Çiva féminisé), et ses deux femmes Pûrnikâ et Puchkalâf qui sont surtout renommées pour chasser les mauvais esprits (leurs temples et leurs statues sont toujours isolés) : les passants leur sacrifient un coq ou un chevreau ou leur offrent des figurines en terre glaise représentant des chevaux; — Ifannârçvâmi, divinité protectrice des cultivateurs de caste paUi ; — les déesses Ellammâl qui guérit la morsure des serpents venimeux et protège les pêcheurs ; Agadammâlj Tune des protectrices de Madras; An^a^ammal, Egaltâly etc. Accordons une mention particulière à Mâriyammâl ou Mâriyamman^ c la mèredelamort» qui donne la petite vérole et les maladies contagieuseset qui peut parconséquentenguérir;elleaune affection spéciale pour la feuille du margosier, aussi a-t-onsoin de mettre des feuilles de cet arbre aux portes des maisons où il y a des varioleux;^ elle a sept sœurs qui vivent dans la mer. Hftriyammâ^ a aussi un fils nommé KâUavarâya, àien de l'ivresse ou si Ton veut du vin. Citons encore JBîrappa, Pàta^ et autres dieux vénérés par les bergers dans le Maïssour, le Décan oriental, etc.; Ptdârt, Bhadrakàliy Tchâmundâ et autres formes ou incarnations de Kâli, dont je parlerai tout à l'heure. Tous ces noms sont sans doute antérieurs au brahmanisme, ainsi que ceux des prétendues incarnations de Çiva Svakchanâthd à Maduré, Ekâmbara à Kântchipura, Tyâgarâdjâ à TirunaMâr, etc.

Pendant que tout cet immense personnel se développait, se classait, s'organisait, d'autres conceptions prenaient naissance. Le mélange de la religion importée et des superstitions indigènes enrichissait de jour en jour la mythologie brahmanique; mais, en même temps, l'évolution phiioso* phique se continuait et réagissait sur la religion vulgaire. On admettait dans l'être suprême une triple qualité : vie, pensée, joie, ou plutôt action, pureté, inertie. Il parut bientôt que

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