‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 73 sur 261 · RELIQUES · texte numérisé non relu

RELIQUES

ombres plus effacées des Bôdhisatvas et des Çramanas qui lui font escorte.

C'est à Ceylan que sont les reliques îes plus précieuses, d'abord la dent sacrée dont nous reparlerons; puis le rejeton authentique de Tarbre sous lequel Siddhârtba arriva à la certitude. Il est issu, dit-on, d'une bouture apportée, en Tan 288 avant notre ère, d'Uruvilvâ à Anurftdhapura. Cet arbre se compose de trois troncs dont le plus grand a deux mètres vingt centimètres de circonférence ; ils sortent de la dernière des cinq terrasses superposées où l'on suppose que le tronc décrépit de l'arbre et ses ramifications épuisées ont été successivement enterrés. Les Ceylanais font aussi voir aux touristes, sur le pic dit d'Adam, une excavation de près d'un mètre et demi de long qui offre la forme grossière d'un pied et où ils voient l'empreinte du pied de Siddhârtba; on l'appelle Çti-pâda « pied sacré »; les çivaïstes rapportent cette empreinte à Çiva, les chrétiens à S. Thomas et les musulmans à Ali. Nous reviendrons sur ces reliques qui ne sont pas plus ridicules que toutes celles des catholiques : la sainte face, la sainte larme, le saint prépuce, le saint nombril de Jésus-Christ, ou, comme on peut le voir à Roncevaux, un doigt de sainte Anne et une sainte goutte du saint lait de la sainte Vierge!

Au reste, le Bouddha légendaire s'est introduit dans l'hagiographie catholique; sous le nom de S. Josaphat, on célèbre sa fête le 27 novembre dans quelques églises. La vie de ce saint oriental, ainsi que celle d'un nommé Barlaam, tout aussi authentique sans doute, a été écrite par un moine du VIII* siècle, S. Jean Damascène, sous le khalifat d'Al* manzor. Les Indiens brahmanisles, de leur côté, se sont bornés à faire du Bouddha une incarnation de Vichnu, ce qui est encore très honorable pour lui.

Siddhârtba a-l-il réellement existé? Il est à peu prèsimpos-

sible d'en clouter; mais ce qui est difficile à établir, c'est l'époque exacte de sa vie. D'après les divers chronologisles orientaux, l'année de sa mort varie de 2420 à 543 avant notre ère; la dernière date est généralement adoptée. Cependant, des travaux récents tendent à placer cette mort à une date plus rapprochée de nous. M. Rhys Davids a proposé approximativement la date de 412 avant Jésus-Christ.

Deux mois après la mort du Bouddha, il y eut, sous la présidence de Kâçyapa, l'un de ses premiers disciples, une réunion générale des adhérents près de Râdjagrha dans la province actuelle de Bihar. Cinq cents personnes y assistaient. Le but principal du « Concile » était de fixer les points essentiels de la doctrine contenue tout entière dans un certain nombre de < catéchismes 9 que tous les fidèles savaient par cœur. Le Concile dura huit mois.

Cent ans plus tard il s'en tint un second, très nombreux, à Vâiçâli (l'Allahabab actuelle), qui condamna sévèrement ce qu'on appelait les dix indulgences. Certains novateurs en effet prétendaient que les moines pouvaient recevoir de l'or ou de l'argent, s'asseoir sur des sièges rembourrés pourvu qu'ils n'aient pas de franges, boire des liqueurs fermentées lorsqu'elles avaient l'apparence de l'eau, etc. Mécontents de cette décision, beaucoup de bouddhistes, — douze mille, à ce qu'on prétend — formèrent un contre-concile encore plus nombreux et que l'histoire appelle par suite la grande assemblée. Ce fut le premier schisme; on compta bientôt dans l'Église jusqu'à dix-huit sectes, dont les différences ne sont pas exactement connues. Une troisième réunion eut lieu, à Pâialiputra, aujourd'hui Patnâ, deux cent trente-cinq ans après la mort du Bouddha; mille « anciens », on serait tenté de dire mille « pères », y prirent part.

Cependant l'influence de la nouvelle religion grandissait de plus en plus. Elle profitait des changements advenus dans

HISTOIRE, AQOKÂ. 1M

le régime politique du pays. Les querelles des principicules locaux avaient amené la prépondérance du roi de Hagadha dont le trône fut envahi, vers l'époque d'Alexandre, par un certain Tchandragupta, homme de basse caste ; les Grecs ont fait de son nom Sandrocottus. Ce fut pour ainsi dire le premier empereur de toute Tlnde. L'unité administrative ne pouvait que favoriser la propagation de la foi nouvelle. Pourtant ni Tchandragupta, ni son fils Bindusâra, n'étaient bouddhistes. Hais le troisième monarque de la race^ Piyadaçi, plus connu sous le surnom d'Açôka, qu'on pourrait appeler le Constantin du Bouddhisme, converti par un miracle^ devint un partisan fanatique des doctrines de (jâutama. On lui attribue d'innombrables fondations pieuses, couvents, hôpitaux, jardins pour les animaux, etc. II couvrit tout l'empire d'inscriptions gravées sur des rochers ou sur des colonnes : ce sont les premiers documents indiens écrits que Ton connaisse. Ils remontent au troisième siècle avant Jésus-Christ.

L'un de ces édits est relatif au concile qui fut tenu à Patnâ la dix-huitième année du règne de Piyadaçi. 11 s'était produit de nouvelles doctrines hérétiques. C'est à la suite de ce concile que des missionnaires furent envoyés pour la première fois à Ceylan et dans toutes les contrées adjacentes à l'empire.

La mission de Ceylan, la plus importante de toutes, fut dirigée par le propre fils d'Açôka, Mahêndra, qui convertit le roi de la grande île. Quelques années après, la sœur de Mahêndra, Sanghamitrâ, vintle rejoindreàlatèted'une troupe de religieuses qui établirent à Ceylan le premier couvent de femmes; elles apportaient une branche de l'arbre sacré sous lequel, aux bords de la Nâirandjanâ, Gâutama avait conçu sa doctrine. Ce précieux rameau, planté à Anurâdhapura a donné naissance à un multipliant qui existe encore, comme nous l'avons dit plus haut, et qui aurait ainsi, en 1886, l'âge respectable de 2131 ans. C'est le plus vieil arbre que l'on

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connaisse sur toute la surface du globe. Malgré les deux invasions tamoules (224-164 et 100-88 av. J.-C), le Bouddhisme continua à prospérer à Ceyian où il est encore en pleine vigueur. Vers la cinquantième année avant notre ère, on commença à écrire les livres sacrés conservés jusqu'alors par la simple tradition orale; ce fut le point de départ de l'abondante littérature bouddhiste en langue pâlie et en cingalais.

Le succès des autres missions ne fut pas moindre et de proche en proche la réforme s'étendit. Des Ceylanais convertirent les Birmans vers l'an 450 de notre ère, et les Siamois vers Tan 638. Java paraît avoir été gagné par des moines venus du Kalinga vers le xii* siècle; le bouddhisme passa ensuite à Bali et à Sumatra. Dès le commencement de notre ère, le nord de l'Inde, Kachmîr, Kabul, étaient convertis. Le Népal et le Thibet le furent à leur tour aux vi* et vir siècles. La Chine avait reçu les livres sacrés dès le dernier siècle avant Jésus-Christ; l'an 62 de notre ère un nouvel effort fut entrepris, mais ce fut seulement au iv* siècle que le Bouddhisme devint la religion officielle de Tempire du milieu. La Corée vers 372,1e Japon vers 552, la Cochinchine, Ava, les lies Formoses, la Mongolie vers la même époque, vinrent étendre le domaine du Bouddhisme qui, d'autre part, avait pénétré dans les provinces occidentales de la Chine par Kabul, Yachkand, Balk, Bokhâra, Jungâra et Kobdo. Mais de ce côté, le mouvement musulman du xiir siècle arrêta les progrès de la religion nirvaniste.

Les Musulmans ne se heurtèrent presque pas aux Bouddhistes dans l'Inde. Le Brahmanisme, sorti de sa quiétude, avait, depuis de longues années, impitoyablement poursuivi, pourchassé, massacré les redoutables réformateurs. Dans la péninsule proprement dite, il ne reste plus guère aujourd'hui, comme représentants des Bouddhistes, qu'un petit

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