DISCIPLINE MONASTIQUE
s'introduisit par les nécessités de radministration temporelle, par l'autorité de la science et sans doute par les tendances plus ou moins dominatrices de certains moines.
C'est probablement alors que furent établies les règles observées encore aujourd'hui à Ceylan, pour l'admission dans Tordre religieux, dans le couvent. Jusqu'à vingt ans, l'adepte n'est pas engagé définitivement, n'est pas c profès i» ; il n'est encore que < novice ». La cérémonie ne consiste que dans un examen physique, un interrogatoire moral, des discours, des présents offerts, des formules récitées, un serment prêté d'observer les préceptes de la Loi, et de suivre les instructions du supérieur qu'on se choisit : chaque jeune moine a son directeur, son guide particulier qui l'instruit et le surveille. Le catéchumène doit connaître à fond la doctrine, les formules pieuses, les préceptes pratiques; il doit observer rigoureusement les dix prohibitions principales : 1® ne détruire aucun être ayant vie ; 2® ne pas voler; 3* ne pas manquer à la chasteté; 4° ne pas mentir; 5* ne pas boire de liqueurs enivrantes ; 6** ne pas manger depuis midi jusqu'après le lever du soleil ; 7® ne pas danser, chanter, jouer et ne pas assister à des danses, à des chants et à des jeux; 8® ne pas se parfumer et ne se parer d'aucun ornement; 9^ ne jamais accepter d'or ni d'argent; lO'* ne pas avoir un lit élevé de plus d'une coudée ni trop large. Les cinq premières prohibitions constituent les cinq grands péchés, < les péchés capitaux » ; on y substitue, dans d'autres listes, les suivantes : 1° ne pas empêcher un autre religieux de recevoir sa part légitime d'aumônes ; 2® ne pas mettre en péril un autre religieux; 3® ne pas faire en sorte qu'un autre religieux soit expulsé de la communauté ; 4<* ne pas dire du mal des autres religieux; 5^ ne pas parler de façon à amener des discussions dans le couvent. Les cinq péchés ainsi défendus ne peuvent être effacés que par l'ex-
l BOUDDHISME.
^'Ittijon lemporaîre du coupable. Les cinq autres (n*»» 6 i 10) 5oni pardonnes après une cérémonie purificatoire que le supérieur accomplit en jetant du sable au milieu de la cour du rihâra € couvent cellulaire ».
Ces dix défenses essentielles sont développées en une abondante série de prescriptions minutieuses : le moine, çramana < pur, pénitent, ascète > ou bhikchu c mendiant », doit se présenter sans rien dire, un vase à la main, aux portes des maisons et recevoir ce qu'on lui donne ; il passe de porte en porte jusqu'à ce qu'il ait la quantité d'aliments néces- «eaires pour son repas quotidien. Il ne possède en propre que trois vêtements jaunes, une ceinture, un vase pour recevoir les aumônes en nature, un rasoir, une aiguille, un filtre; ce dernier objet est indispensable : avant de boire, le fidèle doit soigneusement filtrer son eau de peur qu'elle ne contienne quelque animalcule vivant, ce qui le rendrait coupable de désobéissance au premier des commandements négatifs. On raconte à ce sujet qu'un prêtre bouddhiste se laissa mourir de soif, parce qu'on lui avait montré, à Taide d'un microscope, que l'eau la mieux filtrée est toute pleine d'infusoires ; aussi un autre prêtre brisa-t-il l'innocent instrument pour qu'il ne pût faire d'autres malheureux. La pauvreté individuelle des moines bouddhistes est compensée de nos jours par la richesse collective. Ce n'est pas en Europe seulement que l'Église a montré de rares capacités pour la propriété temporelle.
Le religieux bouddhiste doit se lever avant le jour, faire sa toilette, balayer le vihâra qxx'il habite,* balayer les environs de l'arbre sacré, image de celui sous lequel Gâutama est devenu le Bouddha. Ensuite il va chercher Teau nécessaire pour sa boisson quotidienne, la filtre et la couvre soigneusement. Il médite sur les règles de l'ordre. Il offre des fleurs au monument qui renferme les reliques du Bond-
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dha, en songeant aux vertus du Maître et à ses propres imperfections. Puis il va quêter sa nourriture, se lave les pieds, mange, lave son bol, salue encore le Bouddha, et médite sur la charité. 11 étudie alors, copie, commente, apprend par cœur les livres sacrés. Au coucher du soleil, il balaye de nouveau l'enceinte sacrée, allume une lampe, écoute les instructions de son directeur, auquel il confesse les fautes qu'il a commises pendant la journée. Il s'endort ensuite dans la plus grande tranquillité d^esprit.
Tai parlé plus haut des cinq péchés capitaux. Les dévots les plus austères en comptent dix, daçaklêçuj savoir trois corporels : meurtre, vol, adultère; quatre oraux : mensonge, calomnie, injures, conversation oiseuse; et trois spirituels : envie, méchanceté, scepticisme.
Les supérieurs, dispensés du travail manuel, se livrent arec plus d'ardeur et sans relâche à la réflexion, bhâvana. H y a cinq ordres successifs et réglementaires de réflexions : sur Yamour pour les êtres en vie, sur la pitié pour l'état malheureux de la société, sur \ajoie qu'il y aurait à une conversion générale du monde, sur les causes nombreuses d'impureiéy enfin sur la sérénitéy l'indifférence avec laquelle le sage doit considérer les actions humaines, bonnes ou mauvaises, le pouvoir ou la servitude, l'amour ou la haine, la richesse ou la pauvreté, etc.
Le salut ne saurait être obtenu qu'en suivant la noble voie aux huit principes, et en outre en faisant les quatre intenses méditations sur l'impureté, le mal qui dérive de la sensation, la non-permanence des idées, les conditions de Texistence ; — par les quatre grands efforts pour prévenir le mal, pour le chasser, pour produire le bien, pour l'augmenter; — par les quatre bases de la sainteté : la volonté, l'effort, la préparation du cœur, la recherche ; — par les cinq puissances morales ou les cinq organes mo-
laux : la foi, l'énergie, le recueillemenl, la contemplation, rintuition; — enfin par les sept sagesses : la foi, le recueillement, la contemplation, l'étude de l'écriture, la joie, le repos et la sérénité.
En attendant le nirvana, un résultat pratique immédiat peut être obtenu. On peut espérer une bonne fortune extraordinaire, pendant son existence au moins, si l'on a acquis les dix pouvoirs surnaturels des dix sagesses surnaturelles. Les dix pouvoirs, daçabala, sont obtenus : 1* par la sagesse qui sait ce qu'est la connaissance; :2'' par celle qui connaît les conséquences du karma; S"" par celle qui comprend la voie du nirvana ; i"" par celle qui connaît l'existence et la nature des divers mondes; 5"" par celle qui devine la pensée des autres êtres ; 6° par celle qui a reconnu que les organes des sens ne sont pas la personnalité; 7*" par celle qui connaît la pureté, résultat de la méditation; S'^par celle qui sait où chacun a vécu pendant ses naissances antérieures; 9** par celle qui sait où chacun vivra dans ses renaissances futures; 10° par celle qui sait le moyen d'annihiler les effets de l'activité et d'éviter ainsi le mal absolu de la renaissance. On peut les acquérir par un état mental particulier nommé dhyânay une sorte d'absorption spirituelle toute spéciale qui, pour être parfaite, n'exige pas moins de quatre degrés successifs de méditation.
Le premier degré de dhyânay de contemplation, est l'état du pur et saint religieux qui applique sa pensée sur un point important de doctrine, qui l'analyse et l'approfondit; c'est un état de joie et de contentement, de liberté complète de pensée à laquelle prépare l'absence de la sensualité et le renoncement au péché. Le second état, dans lequel prédomine l'intuition, est plein de la satisfaction du but atteint ; le sage qui y est parvenu a trouvé la solution du problème qu'il s'était posé dans le premier état. Au troi-