BOUDDHISME MODERNE
le corps et l'esprit ; le corps et Tesprit qui utilisent les six organes des sens ; les six organes des sens qui poussent au toucher; le toucher qui cause le désir; le désir qui est suivi de la sensation; la sensation qui produit Taffeçtion ; Taffection qui appelle un renouvellement de Texisteqce ; le renouvellement de Texistence qui a lieu par la renaissance; la naissance, c'est-à-dire la vie, qui aboutit à la décrépitude; enfin la décrépitude, dont le terme est la mort; c'est pourquoi la cessation de Tignorance est le commencement du salul. La certitude peut être acquise par quatre voies différentes : la première consiste à rejeter Terreur de croire à sa propre existence et de dire c je suis >, à croire dans le Bouddha, à observer les pratiques et à faire les exercices prescrits ; celui qui y est arrivé ne renaîtra plus que sept fois. La seconde voie est réservée à ceux qui sont délivrés de tout attachement et ne renaîtront plus qu'une fois dans le monde des dieux ou dans celui des hommes. La troisième a pour caractéristique l'abolition complète de l'ignorance et de la haine ; ceux qui ont atteint cet état demeureront quarante mille kalpas dans le monde des dieux. La quatrième voie, la plus parfaite, est celle des Arhat < saints > dont l'état, très enviable, n'est inférieur qu'au Nirvana. Le Nirvana est réservé aux religieux réguliers et jamais les laïques ne sauraient y parvenir.
Plus tard, on ajouta à cette théorie une autre conception métaphysique. A côté des vingt-six Bouddhas primordiaux, on inventa les Pratyêka-buddha c bouddhas individuels > , êtres qui peuvent devenir Bouddhas, mais qui sont incapables de rendre aucun service, qui ne peuvent être utiles aux hommes ni pour la propagande ni pour l'enseignement, et dont le pouvoir est limité. On inventa également les prébouddhas, si l'on peut s'exprimer ainsi, les Bôdhisatva « possesseurs de l'essence de la sagesse », êtres dont les
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renaissances successives aboutiront forcément à Tétat enviable de Bouddhas parfaits, possesseurs d'un pouvoir illimité. Mais comme les Bouddhas passés ont accompli leur mission et sont entrés dans le nirvana , l'attention des croyants s'est reportée sur les Bôdhisatvas qui ont pu vivre parmi nous et dont deux sont particulièrement vénérés , Mandjuçri c le glorieux charme > personniOcation de la sagesse, et Avalôkitêçvara c le seigneur qui regarde d'en haut » personnification de la force; mais comme la force s'affirme par l'attaque et par la défense, on a fini par dédoubler le second Bôdhisatva et on lui a adjoint un Yadjra" pàni c guerrier armé de la foudre >, et voilà l'idée de la trinité. Dans le Bouddhisme septentrional, ces personnifications mystiques ne tardèrent pas à devenir de véritables dieux. On porta ensuite à cinq, au lieu de quatre, les phasesl successives de la contemplation {{/iyâna, voie principale du salut, et l'on supposa qu'il existe, au delà de notre sphère, seize brahmâlôka < mondes de Brahmâ > ; dans ces divers mondes, pris d'abord trois par trois et superposés, renais* sent ceux qui ont atteint seulement le troisième degré de méditation. Ceux qui sont arrivés au quatrième vont au dixième ou au onzième monde. Ceux qui ont su accomplir la méditation absolue, ceux qui ne doivent plus renaître qu'une fois avant de toucher au nirvana, revivent dans l'un quelconque des cinq derniers mondes, à chacun desquels préside un Bouddha contemplatif {dht/ânùbtiddha) coiTespondant à un Bouddha humain {mânuchibuddha) et à un Bôdhisatva spécial ; voilà, dans la hiérarchie divine, une nouvelle et quintuple trinité. Les cinq dhyâni'buddhas qui résident dans les cinq mondes supérieurs sont nommés Yàirôtchana, Akchôbya, Ratnasambhava, Amitâbha et Amôgasiddha; leurs Bôdhisatvas sont respectivement Samantabhadra , Yadjrapâni, Ratnapànî,
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Padmapâni ou Ayalôkitèçvara et Yiçvapâni; les Bouddhas humains correspondants sont Krakutchanda, Kanakamuni, Kâçyapa, Gâutama et Mâitrèya.
A cette hiérarchie, un coui*onnement élait nécessaire. Ce fut, paraît-il, au x* siècle de notre ère que les Bouddhistes septentrionaux mirent à leur panthéon la pierre suprême. Il se fonda une secte dont les membres croient à un Adibuddha c Bouddha primordial >, infini, spontané et omniscient, qui aurait fait émaner de lui-même, par sa propre méditation, les cinq Bouddhas métaphysiques dont chacun a produit ou produira (car le cinquième est encore à venir) un Bôdhisatva; de chaque Bôdhisatva est sorti chaque fois un monde nouveau. Notre monde est l'œuvre du quatrième Bôdhisatva, Avalokilêçvara, qui devint plus tard le Gâutama de l'histoire. Cette théorie, même au Thibet, n'est pourtant pas encore officielle et orthodoxe.
Je dis, même au Thibet, parce que c'est là surtout que le système Màhâyana^ auquel appartient cette théorie des Bouddhas et des Bôdhisatvas hiérarchisés et préposés à différentes sphères de l'univers, a reçu tout son développement. Ce système a pour auteur Nâgârdjuna, un sage du premier siècle de notre ère; on prétend qu'il reçut le livre sacré Paramârlha c essence suprême > des Nâgas auxquels le Bouddha en avait fait la révélation spéciale. La conception fondamentale de l'école de Nâgârdjuna, c'est le néant des choses dont l'existence n'est due qu'à Tillusion causée par l'ignorance. Il faut donc abandonner ce monde, puisqu'il n'est pas réel et tâcher d'obtenir l'intelligence de la bonne voie du nirvana; pour éviter la renaissance, il est bon de pratiquer six vertus principales : la charité, la moralité, la patience, l'application, la méditation, la sincérité. Il faut prier les Bôdhisatvas qui interviennent au profit des hommes pour leur montrer le chemin du salut, et qui, pour cela, préfèrent