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LA DENT DU BOUDDHA

lorsqu'en 1560 les Portugais s'en emparèrent à Jaffna, le roi de Pégoo fit offrir au vice-roi Constantin de Bragance trois à qaatre cent mille cruzades (un million ou un million et demi de francs) pour le rachat de la précieuse relique. Mais l'occasion était trop belle pour des catholiques; l'offre du roi de Pégou fut dédaigneusement refusée à l'instigation de l'archevêqae de Goa, Gaspard de Léon Pereira. Le prélat crut même devoir opérer de sa personne contre cette idole païenne : il la pila de sa propre main dans un mortier, jeta la poudre qu'il obtint dans le feu et les cendres dans la rivière en présence d'une foule considérable.

La mesure fut aussi inefficace que maladroite. Les bouddhistes affirmèrent que la relique détruite par les Européens n'était qu'une copie, un fac-similé de la dent authentique du Bouddha. Soigneusement sauvegardée, celle-ci avait été transportée au Pégou, d'où elle est revenue à Ceylan à une époque plus tranquille. Ceux qui l'ont vue disent que c'est un fragment d'ivoire qui a environ cinq centimètres de long sur deux de large ; décoloré et jauni par le temps, il a grossièrement la forme d'une canine. Les Portugais du xvi* siècle disaient que c'était une dent de singe. A ceux qui s'étonnent des dimensions de la dent de Çâkyamuni, les croyants répondent qu'alors les hommes étaient beaucoup plus grands qu'aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, la relique est conservée à Kandy, dans le temple de Maligâva. Une salle magnifique que la lumière extérieure ne peut pas éclairer et qui est toute décorée d'or, de diamants et de pierres précieuses, est garnie de nombreuses châsses à reliques. La plus grande châsse renferme la dent sacrée ; c'est une boîte haute d'un demi-mètre environ qui contient, l'une dans l'autre, plusieurs boites de plus en plus précieuses. La dernière, en or incrusté de rubis, de diamants et d'émeraudes, est juste de la forme de la dent qui

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y repose entourée d'une feuille d'or. On la promène parfois solennellement sur un éléphant, au milieu d'une foule énorme ; le cortège formé de nombreux éléphants, de porteurs d'étendards et de parasols, est vraiment imposant et magnifique.

Il n'y a plus de Bouddhistes dans l'Inde proprement dite; les persécutions violentes des brahmes aidés par le bras séculier ont réussi à les en chasser depuis longtemps. Hais ils y ont laissé de nombreux monuments de leur culte. Les principaux sont les vihâra^ les stupa et les tchâiiya. Les vihâra sont d'anciens monastères à cellules carrées (une cellule se nomme grha c habitation »). Les slûpa sont des monuments funéraires, des cénotaphes, élevés en l'honneur du Bouddha ou des saints bouddhistes; ils sont hémisphériques et ont, théoriquement du moins, la forme d'une bulle d'eau car le Bouddha comparait la vie à une de ces bulles; il y en a de différentes dimensions : le plus grand qui est à Sântchi a environ 35 mètres de diamètre, le plus petit qui est à Bhodjpur en a deux. Les édifices où étaient conservées des reliques, et les ichâityay lieux destinés à la prière, sont ordinairement réunis; ce sont des édifices de forme conique, ronds à la base, parfois très élevés, construits sur une élévation naturelle ou artificielle ; la surface extérieure est le plus souvent polie ou stuquée; à l'intérieur sont des boites ou des vases d'or et d'argent, richement sculptés et décorés, qui contiennent les reliques sacrées. Chaque dâgoba a ses légendes et ses miracles.

Tous ces monuments se retrouvent au Thibel où le bouddhisme a pris une forme particulière et s'est altéré de la façon la plus intéressante. Il a remplacé une vieille religion naturaliste, celle de Bon^ qui consistait principalement en culte des bons et des mauvais génies et en pratique de sorcellerie ; le lamaïsme lui a probablement emprunté la plu-

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