‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 82 sur 261 · PÉRIODE ORIGINALE · texte numérisé non relu

PÉRIODE ORIGINALE

part de ses termes mythologiques. Nous avons déjà dit que le Bouddhisme s'établit au Thibet au vii* siècle ; mais dès le yVj des voyageurs y avaient introduit la nouvelle doctrine. L'an 371 de notre ère, cinq étrangers, venus de riûde, apprirent aux Thibétains qu'il existait dans leur pays un culte réformé bien supérieur à la religion naturaliste transhimâlayenne. Le véritable fondateur du Bouddhisme thibétain fut le roi Srong-tsan-gam-po (617 à 698de J.-C.) qui fit traduire les livres sacrés bouddhistes dans la langue de son pays ; pour fixer et conserver ces traductions, son ministre Thon-mi-sam-bhot inventa un alphabet calqué sur la vieille écriture du nord de l'Inde. Les sages Indiens qui collaborèrent à cette œuvre sont célèbres; ils s'appelaient Padma-Sambhava et Çânta-Rakchitâ. Les deux femmes du roi, Grol-Kar et Grol-Djang, montrèrent pour la nouvelle foi un zèle extrême; elles ont été déifiées depuis et sont représentées, la première blanche et la seconde Verte : celle-ci est particulièrement invoquée par les femmes qui désirent obtenir la fécondité.

Les théories admises étaient celles de l'école contemplative d'Aryasanga; mais, sous le roi Kri-srong-dé-Tsan (740-786), des sages, appartenant à l'école moyenne, vinrent au Thibet. Le roi organisa, entre les adeptes des deux écoles, des controverses publiques : les nouveaux venus furent vainqueurs et leur doctrine devint la seule officielle. Plus tard, le roi Lang-darma, revenant aux vieilles coutumes de ses ancêtres, voulut détruire le Bouddhisme et l'extirper à jamais de ses États; il fit massacrer les sectateurs du Bouddha, détruisit et pilla les monastères; mais les tentatives de ce Julien l'Apostat oriental soulevèrent une telle indignation qu'il périt assassiné l'an 900 de notre ère. Une centaine d'années après, une nouvelle immigration d'Indiens apporta les enseignements de l'école Kâlatchakra.

1^ MCMllMi niBÈTÂiy.

Fmt m fiair tfec ce rapide exposé historique, nous a^at^H jfèÊÊ ftt'i citer la réforme du xiv* siècle, doBt riasiigateor fat le sage Tsong-kha-pa, d'Âm-do, dirigée swtoat cootre les religieui qui menaient une vie trop mondune el trop facile : les moines se mariaient et pratiquaient mille coutumes superstitieuses . Tsong-kha-pa rétablit Tobligition du célibat, restaura la discipline et imposa aux réformés, pour leurs vêtements, la couleur jaune. Ceux qui résistèrent à la réforme gardèrent Thabit rouge ; les bouddhistes rouges subsistent surtout au Bhoutan et au Népal. Une de leurs sectes qui s'appelle Vr-gyen^ et qui prétend se rattacher à Padma-sambhava, pratique largement la sorcellerie.

La religion thibélaine admet le nirvana qu'elle appelle myang-das (contraction de mya-ngan-lat-das-pa c la délivrance de toute peine >), regardé comme le bonheur suprême; c'est le repos idéal et la délivrance absolue ; on y arrive par la répression des désirs, la pratique des vertus, la récitation des prières, la confession, l'observation des rites magiques. En attendant, on peut renaître sous l'une des six formes suivantes, selon son degré de mérite ou de démérite : Iha (sansk. dêva) c dieu, bon génie > mi c homme i, Iha-mn* y in (sk. asura) « démon, mauvais génie », dud-gro c animal », yi'dvag (sk. prêta) « revenant » et myaUba (sk. mataka € enfer ») c damné ». Au-dessous du wîn'dnflr, est un séjour particulier où l'on éprouve un bonheur moins par- ' fait. C'est la demeure des saints où conduit la vertu; on n'y est plus sujet à la renaissance, mais on y existe encore à l'état individuel. C'est là qu'habite Amitâbba (en thibétain Od-pag-med c éclat sans mesure »), que l'on invoque lorsqu'on aspire à y aller revivre. Il y a là, affîrme-t-on, un grand lac couvert de fleurs parfumées de lotus; c'est dans ces fleurs que viennent se reposer les sages ; ils peuvent

DEVOIES DES FIDËLES. 171

quitter momentanément ce séjour de paix, pour venir au secours des hommes, et reprendre, pendant quelque temps, la forme humaine.

Le nirvana ne peut être atteint que par les religieux ; les laïques ne peuvent aspirer tout au plus qu'au bonheur secondaire dont nous venons de parler. On distingue en eflet, au point de vue intellectuel, trois sortes d'hommes : ceux dont rinteiligence est vulgaire, ceux chez qui elle est moyenne et ceni chez qui elle est supérieure. Il suffit aux premiers de crmre à Dieu et à la vie future, fruit naturel de la vie actuelle, et de pratiquer les dix vertus. Les esprits moyens ajoutent aux dix vertus la sagesse, la moralité, la médita- I tion; Us croient à la non-existence des choses dont l'ap- : parente réalité résulte de l'enchainement des causes. Les i bommes supérieurs vont plus loin : pour eux, tout est périssable et il n'y a rien de réel dans les choses ; tout est imperfection et, par suite, douleur, aussi la fin principale estrelle la cessation de l'existence pour supprimer la douleur; aux pratiques déjà indiquées, ils joignent celles des six vertus transcendantes.

Tous les fidèles ont le devoir strict d'éviter les cinq grands péchés (meurtre, vol, adultère, mensonge, ivresse), et de remplir les huit devoirs capitaux suivants : chercher son refuge dans le Bouddha seul, prendre la résolution d'atteindre la plus grande somme possible de perfection, adorer le Bouddha et vénérer son image,lui offrir des choses agréables aux six sens (par exemple de la lumière, des fleurs, de l'encens, des aliments et des boissons, des étoffes), l'honorer par de la musique ou des chants qui célèbrent sa personne et ses doctrines, confesser ses fautes avec un repentir sincère et avec la ferme résolution de ne pas y retomber, se réjouir des bonnes actions de tous les êtres et désirer pour eux la délivrance finale, prier les Bouddhas qui sont dans

172 BOUDDHISME THIBÊTAIN.

le monde de demeurer longtemps parmi nous et de continuer à € tourner la roue de la religion > pour le salut des hommes. On voit que les bouddhistes du Thibet sont devenus tout à fait déistes. La plupart croient à refficacité, pour le bonheur ou le malheur terrestre, de l'intervention des Bouddhas, des dieux, des génies et des mauvais esprits.

Parmi les Bouddhas les plus vénérés, au premier rang viennent les c Bouddhas de confession >, au nombre de trente-cinq, quarante et un ou cinquante et un, suivant les sectes (il y a une dizaine de sectes au Thibet). Ces Bouddhas accordent à ceux qui les implorent la rémission de leurs péchés; ce sont d'anciens personnages célèbres déjà parvenus au nirvana, Çâkyamuni (dont le nom thibétain est Çâ-kya'Thub'pa\ six lamas, un sage chinois, etc. 11 faut citer aussi les seize Nas-tan (sk. sthavira c vénérables >), c'est-à-dire les premiers missionnaires qui, suivant la légende, vinrent au Thibet un siècle après la mort du Bouddha.

Le Panthéon thibétain est très riche; il comprend un très grand nombre de dieux et de déesses qui sont regardés comme des personnifications particulières de l'unique sagesse suprême. Il y a d'abord toutes les personnalités du grand véhicule : Avalùkiléçvara (ihih. tcheH're'Si)j Mandjuçri (thb. Djam-pal)j etc., puis de nombreux dieux particuliei^. Il suffira de nommer ici Thse-pag-med (sk. Amilâyu), dieu de la longévité ; Iha-mo (sk. Kâlâ ou Kâli), déesse de l'infortune; Thsang-pa (sk. Brahmâ, dieu de la création); Phyag-dor (sk. Vadjrapâai ou Indra y chef des dieux); Dodnas'bang-po, dieu de la richesse, etc. Le dieu de la mort Chin-dj e {sk. Yama) ne saurait être oublié ici; quand le terme d'une existence est arrivé, il envoie ses serviteurs chercher Tâme du défunt dont il a vu toutes les actions dans son grand miroir; il pèse ces actions dans sa balance sacrée

Page 1