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DIEUX ET GÉNIES

et envoie l'âme à la destinée que lui ont méritée ses actes. Avant de renaître, l'âme est dans l'état de Bar-do; elle erre sans corps dans l'espace et peut apparaître aux hommes sous l'apparence informe d'un morceau de chair crue. On repousse de pareilles visions par des offrandes et par des forfflules pieuses. Le Bar-do commence à la mort et cesse à la renaissance.

Les génies, êtres intermédiaires, sont également très nombreux. Ils sont empruntés â la mythologie hindoue. Gtons les génies femelles Hêruka^ Samvara (thibétain Be4chog c excellent >), d'autres qui se promènent dans l'air, etc.

Les mauvais esprits {gra t ennemi >, geg c diable >), sont les Lka-ma-yin et les Dvd-po. Ces derniers, serviteurs de Chin-dje, juge des morts, tentent journellement les hommes, troublent les réunions de sainteté, empêchent les dévotions, etc. Les Iha-ma-yin correspondent aux yakchas, aux nigas, aux râkchasas des Indiens ; outre leurs méfaits habituels, ils ont créé et peuvent prolonger l'état de Bar-do : ils ont pour ennemis spéciaux quatre rois qui habitent le quatrième gradin du mont Hèru dans l'Himalaya. 11 y a (Tailleurs des dieux spécialement chargés de combattre les mauvais esprits; ils portent le nom de drag-ched c bourreau cruel >; on cite parmi eux Lha-mOy Thsang-pa, Phyag-dor^ Yab-yumkhyud-pa « celui qui embrasse son père et sa mère i, et les cinq grands rois protecteurs Ku-nga-gyaUpo : Bi-hary protecteur des monastères, dont la monture est un ligre rouge; tchhos-kyong, dieu spécial des devins et des istrologues, qui chevauche sur un lion jaune; gra-lha, latron des guerriers, qui va sur un cheval jaune ; lurbangj lieu des nâgas, dont la monture est un crocodile bleu; et ha^O'j'tchhos à qui un daim jaune sert de cheval. Tous ces personnages ont leurs légendes. Celle de Tksang-

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pa (adaptation de Brahmâ) raconte par exemple que Thsang-pa était jadis un disciple du Bouddha; que, tenté par un démon sous la forme d'une femme, il se laissa séduire. Il perdit ainsi tous ses mérites et ne put obtenir, après sa mort, un autre rang que celui de suivant du Bouddha; aussi fit-il le serment, qu'il a fidèlement tenu, de se livrer sans relâche à Textermination des mauvais esprits.

La légende de Phyag-dor est un spécimen encore plus intéressant des récits de la mythologie thibétaine empruntés i rinde et arrangés. Les Bouddhas, raconte-t-on, étaient réunis sur le mont Mèru et délibéraient sur ce qu'ils pouvalent faire pour le bonheur des hommes. Les démons avaient inventé contre l'humanité un poison terrible; les dieux résolurent d'y opposer l'eau c de vie > qu'ils pouvaient extraire de l'Océan. Ils se mirent tout de suite à baratter la mer ; quand la bonne eau eût été produite, le vase qui la renfermait fut remisa Phyag-dor pour le garder jusqu'à li prochaine réunion où Ton s'occuperait de la distribuer. Le démon Gra-tchan (sk. Râhu) découvrit l'affaire et se mit ea devoir de dérober le précieux liquide. Il épia les faits et les gestes de Phyag-dor, et, profitant d'un moment d'inattention et d'oubli du dieu, il pénétra dans sa demeure, s'empara du vase, but toute l'eau c de vie > qu'il remplaça par son urine. Puis, il prit la fuite, poursuivi par le dieu qui n'avait pas tardé à s'apercevoir de son imprudence et à découvrir le larcin. En passant, dans sa fuite, devant le Soleil et la Lune, Gra-tchan les menaça de sa vengeance, s'ils révélaient à personne la route qu'il avait prise. Aussi le Soleil répondit-il jésuitiquement aux questions de Vadjrapàni: c J'ai bien vu quelqu'un, mais je ne sais qui c'était; je ne me souviens plus de la direction qu'il a prise ni de l'époque de son passage ». Plus franche et plus courageuse, la Lune indiqua au dieu la retraite de son voleur. Bientôt atteint.

LEGENDES, LIVRES SACRES. i7(

Râhu, coupé en deux, fut changé en un monstre horrible; irrité contre le Soleil et la Lune, il cherche toujours à les déîorer, ce qui cause les éclipses. Pour punir Phyag-dor de sa négligence, les dieux le condamnèrent à boire l'urine empoisonnée du mauvais génie. Le corps du dieu en devint tout noir; sa haine contre les démons ne fit que s'accroître. Quand le corps de Gra-tchan avait été coupé en deux, il tomba m la terre de Teau c de vie i qu'il avait avalée et ce fut l'origine de la fécondité de la terre. — On aura reconnu la légende indienne de l'ambroisie.

Ces légendes sont racontées dans les livres sacrés. La littérature religieuse thibétaine est très abondante. Elle comprend deux sortes d'ouvrages, les uns traduits du sanskrit, les autres originaux. Les premiers forment deux recueils, le kan-gyur et le lan-gyur. Le kan-gyur renferme les c paroles (b Bouddha > , en 108 volumes, dit-on; il remonte au ix* siècle; le ta$irgyury dont les différentes parties ont été composées du IX* au XI* siècle, comprend 325 volumes et contient la doctrine et les commentaires. Les ouvrages originaux sont : nue histoire légendaire de la propagation du Bouddhisme au Thibet, des recueils de légendes et de prières, parmi lesquels on cite le rab-sal c principale clarté > et le run-dui i collection de charmes i.

Les prières n'existaient pas dans les temps primitifs; mais on dut chanter des hymnes à la louange du Bouddha, ou pour le remercier d'avoir révélé la vraie voie. Le développement du formalisme, dans l'école mfthftyana, amena rasage de véritables prières, de demandes d'aide et d'assistance aux Bôdhisâtvas qui errent dans le monde pour protéger les humains. De toutes les prières, la plus efûcace est la célèbre formule : ôm! mani padmê hum! dont la signification littérale, à part les deux exclamations qui la commencent et la terminent, parait être : c la pierre précieuse est

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dans le lotus! >. On l'écrit de plusieurs manières, en toutes lettres ou» surtout sur les monuments publics, sous une forme abrégée monogrammatique (dans un encadrement rappelant la forme d'une feuille de figuier) . Nous avons dit plus haut que, suivant certains docteurs, Torigine de cetfe formule rappellerait la réapparition glorieuse de la dent sacrée persécutée par Pftnciu. D'autres y voient la louange de Pad' mapâni ou Avalôkitêçvara, issu du lotus qui est le symbole de la perfection. La puissance de cette prière augmente si on récrit en rouge, en lettres d'argent, en caractères d'or : une prière rouge en vaut cent huit noires. Elle peut être indéfiniment répétée. On possède d'énormes manuscrits qui ne contiennent absolument que ces quatre mots écrits des millions de fois les uns à la suite des autres. Dans ces conditions, la prière devient purement machinale.

Aussi comprend-on que, pour en faciliter Texercice, on ait inventé le guide-manuel du dévot, le chapelet de 108 grains, dont chaque pieux Thibétain est muni. On s'avisa plus tard que la quantité des prières compensait leur qualité et, prenant au propre la figure chère à GAutama qui conseillait de c tourner la roue de la loi > c'est-à-dire de se mettre en marche en se conformant aux prescriptions du devoir naturel, on inventa ces étranges moulins à prières qu'on peut obser- Ter dans toutes les vallées du Thibct. Pleins de petits papiers où sont écrites les prières usuelles, les passages les plus célèbres de la sainte écriture, ils tournent sans cesse au fil de l'eau des ruisseaux dans chaque rue, au caprice de la brise sur les toits de chaque maison ; il en est aussi qui sont mus par une manivelle : ces derniers sont souvent portatifs. Ils ont dans ce cas, environ un décimètre de haut et la roue mesure cinq à six centimètres de diamètre. On les appelle kkor^ien, ou Mani'tchhoS'khor « roue de la loi Mani > ; sur Taxe est enroulée une bande de papier où est répétée la plus célèbre

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et la plus puissante des prières. Au loiu dans la plaine» le voyageur peut admirer les fameux c arbres de la loi » , simples poteaux qui se terminent par un di*apeau de soie où est graiée la formule fatidique : ôm mani padmê hum.

Les moulins à prières et les arbres de la loi sont d'ailleurs les moindres des monuments religieux du Thibet. Il y a aussi les mani, murs longs de 30, 80, 150 ou 180 mètres» épais de dix i vingt centimètres et hauts de deux mètres environ, couferts d'inscriptions consistant d'ordinaire dans la simple répétition de la formule vénérée. Les arbres de la loi sont fixés souvent au milieu des rochers par des tas de pierres accumulés ikors bases et nommés lâb-tse; le pavillon lui-même s'appelle kf^ijàg : il est rectangulaire ; fixé au mât par l'un de ses ^nds côtés, il est maintenu^déployé par un petit bâton rouge attaché à l'un de ses petits côtés. Les ichô-rtên c offrandegardes, réceptacles des offrandes », correspondent aux stûpa oa aux ichâilya hindous ; les $tûpa ont à peu près la forme d'un cube surmonté d'une coupole hémisphérique : dans les ^àib-rtêny la coupole est renversée et forme une cavité au milieu de laquelle s'élève un cube de moindres dimensions que celui de la base ; au milieu se dresse toujours un arbre de la loi. La hauteur totale moyenne varie d'ordinaire de deux à cinq mètres. Tout pieux passant y dépose son offrande, le plus souvent une offrande symbolique dite th$a' Ihsa : c'est un petit cône d'argile pétri à la main. Au lieu d'arbres de la loi, on se contente quelquefois de simples tas de pierres élevés aux cols des passages montagneux; les voyageurs pieux ne manquent jamais d'y apporter leur pierre en disant gsôlrlo gsôl4o c je prie, je prie » : ces tas de pierres protègent les voyageurs contre les mauvais esprits.

Il y a dans les temples des tcho-rtêns minuscules en argile moulée ou en métal fondu. Les temples, qui sont presque toujours réunis à des monastères, ont généralement la forme

vmsoif. — Religions actuelles. i2

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d'un grand carré ou d'un vaste rectangle. Les parois eitérieures sont habiluellenaent peintes, celle du nord en vert, celle de l'est en blanc, celle du sud en jaune et celle de l'ouest en rouge. On accède dans le monument par un large vestibule où sont de grands moulins à prières que des lamas ont soin de faire tourner continuellement. Des salies latérales sont réservées à la bibliothèque et au service ; ce sont en quelque sorte des sacristies. Au milieu est la grande salie carrée où se célèbrent les offices, Téglise proprement dite. Les murs sont blanchis à la chaux et on y a peint les images des dieux, des génies et des saints. La nef est délimitée par deux rangées de piliers auxquels sont suspendus, outre les instruments de musique, de grands écrans de soie frangés; au fond de la nef est Tautel formé d'une table de bois où Ton monte par des degrés sur lesquels sont déposés les instruments qui servent au culte : vases pour (rf>lations, encensoirs, clochettes, livres sacrés, etc. On trouve naturellement dans les temples des statues des Bouddhas; elles sont en argile moulée et toujours conformes à un type traditionnel : Çâkyamuni par exemple est toujours représenté dans l'attitude d'un maître, la main droite levée ; la main gauche des Bouddhas tient ordinairement lé bol à recueillir les aumônes. De pareilles statues se trouvent aussi partout; il y en a même au bord des routes. Elles sont parfois très grandes et ont ordinairement de 6 à 15 mètres de haut; on dit qu'à Leh il y en a une si grande que sa tète sort par le toit du temple.

Les monastères, qu'on appelait vihâra dans Tlnde, sont construits en général sur une position dominante, en haut d'une colline par exemple et toujours assez près des villes ou des villages. Ce sont de grandes maisons en pierres, en bois, en briques ou en bambous, couvertes de feuilles et d'argile. Le toit est surmonté de mâts de prière; un cube terminé

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