LES LAMAS
par une pointe conique indique la demeure d'un ehef, d'un sopérieur. Les éditices ont plusieurs étages, toujours aToc m galerie ; il n'y a point de cellules destinées à un seul religieux; ils habitent toujours plusieurs la même chambre. L'eotrée principale, à Test ou au sud, est à 1 ou 2 mètres du sol d'oA Ton ; arrive par un escalier. Tout autour sont des jirdins à fleurs, des vergers, des potagers.
La construction d'un monument religieux, quel qu'il soit. Ml toujours pi^écédée de la bénédiction du sol et de la conaéiMion solennelle à la divinité choisie comme patronne tnté- Ure. L'inauguration en est faite aussi avec beaucoup de nieaaité.
Ce sont les Lamas qui président à ces cérémonies* Ce mot (proprement blâ-ma) signifie c supérieur » ; on sait que le iiBiisme est de tout point comparable à l'organisation sacer- (ioiale du catholicisme romain. Véritable théocrate,le Grand Uma ou chef des prêtres, réunissait naguère entre ses mains iepouvoir absolu et Tinfaillibilité spirituelle. Il n'a plus guère Mjourd'hui qu'une autorité temporelle nominale, car la Chine s'est emparée de la haute administration du pays, fluds il n'est pas sur la terre d'autorité moins contestée et pins redoutable que celle du Dalaï Lama. 11 faut le voir trôoer, dans toute sa magnificence, dans la grande cathédrale deLha-sa. Le long vaisseau où deux rangs de piliers séparent la nef des ailes, où deux voiles en treillis d'argent séparent de la nef le chœur et le sanctuaire, présente à son extrémité une immense statue dorée du Bouddha devant laquelle est l'autel ou table des offrandes élevé de plusieurs marches au dessus du parvis. Les degrés supérieurs sont décorés de petites idoles ; sur les degrés inférieurs on pose les lampes, les sonnettes, les encensoirs et autres instruments du service divin. A gauche de la statue est le trône du Bouddha vivant, du Dalaï Lama ; à droite, le siège du second Lama (le
180 BOUDDHISME THÎBÊTAIN.
Pan-tchéii rin-po4chê) ; de chaque côté s'étageni les sièges des Hubilghans « transformés » ou Huttiktus «( éminents • (mots mongols auxquels correspond le thibétain Thse-râbshla-ma < lamas plusieurs fois nés »), sortes de cardinaux en qui s'est incarné Tesprit du Bouddha ; des abbés et supérieurs de monastères ; et du clergé inférieur hiérarchisé en dix-huit catégories différentes. Tous portent le manteau et la chape; tous avant de s'asseoir, les jambes croisées, à leur rang, s'inclinent trois fois devant le pape oriental. La cloche retentit : chacun murmure à voix basse les dix préceptes et toutes les autres formules sacrées. Un nouveau son de cloche donne le signal du chant en chœur. Puis, les offrandes sont bénies et... acceptées.
L'organisation hiérarchique actuelle du Thibet ne date que du xv* siècle ; c'est depuis cette époque que les couvents ont perdu leur indépendance pour être groupés en diocèses, si cette expression n'est pas trop impropre. Un temps du Bouddha, il n'y avait, parmi ses disciples, ni grades, ni rang; il suffisait au premier venu de se raser la tète, de se couper la barbe, de prendre un vêtement spécial et de suivre le maître; peut-être tout au plus, quand le nombre des suivants devint trop considérable, les divisa-t-on en groupes confiés chacun à la direction d'un disciple plus ancien. On vivait alors en plein air. Plus tard, quand le troupeau sacré se fut dispersé pour l'évangélisation du monde, on institua des réunions périodiques dans des endroits déterminés. Puis,
on afiecta à ces réunions des édifices spéciaux construits par la générosité des fidèles ou dus à la munificence de quelque prince. Plus tard, enfin, il y eut des moines sédentaires réunis pour toute leur vie dans des vihâra. Mais dans l'Inde, les vihâras, toujours indépendants les uns des autres, s'administraient eux-mêmes et jouissaient d'une autonomie absolue.
us GRAND IkUà. m
D n'en est {dos de même au Thibet. Le jeune homoid est voué à la vie religieuse de très bonne heure, souvent par les soios de son père ou de ses parents ; il est dit alors ge^npin c subordonné >, c candidat >, € aspirant >. Quand il est en âge et en état de rendre des services à la communauté, quand il a prouvé sa capacité religieuse et son instruction tbéologique, il est élu, par le conseil des moines, ^e^fràl, pour ainsi dire c diacre » ; puis il est fait ge-lông c prêtre «donné ». Il est alors Lama^ et peut obtenir, à Télectioa, Tnn ou l'autre des deux grades supérieurs de ge-bkôs c surveillant > ou de bU'dzâd c chef des chœurs t« Ceux qui arri?ent à ces grades se trouvent placés sous les ordres immédiats des khân-po^ supérieurs ou abbés des monastères, élus dans les lamaseries de peu d'importance, nommés parle Grand Lama dans les autres. A côté du Grand Lama, on peu au-dessous de lui toutefois, est le Pan-tchén Lama on Pan-tchSn rifi-po-tchê c joyau des savants », supérieur du grand couvent d'Ân-tchi-lhun-po, sorte de vicaire du Grand Lama, qui est regardé comme l'incarnation d'Amitlbha, père d'Avalokitèçvara. Le Dalai-Lama (le mot mongol ialai^ dalaéy talé^ veut dire c océan, supérieur >) est considéré comme l'incarnation du dhyani Bôdhisatva Avalokitè- (vara, qui se réincorpore à la mort de chaque Grand Lama dans son successeur par une émanation, sous forme de rayon lumineux, de la suprême sagesse divine. Le Dalaïlama est choisi par voie d'élection; les hutuktuSf pour ainsi dire les cardinaux, et les premiers des khân-po se réunissent en conclave. On leur amène les trois enfants nou- ?eau-nés en qui une enquête préliminaire a révélé la possibilité de la venue de l'âme divine ; les noms de ces enfants 5ont inscrits sur des fiches d'or qu'on jette dans un vase d'or,'et, après une invocation à l'esprit saint, le hasard prononce. Aujourd'hui l'élection est vérifiée ou contrôlée par
IM BOUDDHISME TBIBÉTAIN.
la Chine, et elle n'est valable que si elle a été eiplieitement approuvée par le Fils du Ciel.
Le Grand Lama n'est pas le pontife suprême incontesté du monde bouddhiste septentrional. Les Mongol» oBt un chef particulier, appelé Gisontampa (ou Târanâtha x seigneur élevé > en sanskrit) ; il habite chez les Khalkhas, au grand Kouren. Les Chinois en ont jusqu'à trois, à Péiun même : le principal est le Tching-Lama. Il y a encore un Grand Laaia au Bhoutan ; il réside à Tassissoudon et porte le titre de Dkarmarâdjâ (c roi du devoir » en sanskrit) ; c'est le chef de la secte c rouge >, tandis que les autres se partagent la vénération des bouddhistes c jaunes >).
Les hutuktuSj qui sont au nombre d'environ deux cents, sont remplacés également par voie d'élection. Quand Tun d'eux vient à mourir, on attend qu'il renaisse et qu'il se révèle à l'âge de deux ou trois ans. On présente à Tenfant des objets qui ont appartenu au Hubilghan décédé ; s'il fait mine de les reconnaître, on le proclame < rené ».
Il n'y a pas que des Grands Lamas, il y a une c Grande Lamase >y si ce féminin nous est permis. C'est la supérieure du couvent du lac Phal-te qui est regardée comme rincamation de la femme de Çiva (nommée Bhavâni c l'excellente » lorsqu'elle est considérée sous son aspect bienveillant et bien* faisant). Elle porte en thibétain le nom de Dô-rdje-phâg-mo « truie de diamant > ; nidÀsphâg-mo « truie )» est censé rendre le sapskrit yôgini < pénitente contemplative ».
On sait que le Grand Lama a sa résidence dans le monastère de Potala, près de Lhassa. Il y reçoit les visites des pieux pèlerins qui se prosternent devant lui, la face contre terre, et il les bénit en leur touchant la tète avec une houppe de soie fixée à l'extrémité d'une baguette.
L'institution du pontificat et l'organisation actuelle du Lamaïsme datent de la réforme de Tsong-kha-pa, c'est-à-dire
Ii&S LAMAS. 183
da oMiBienoemeiit du xv* ûècle. Mais ce ne fut guère qu'au xTi* liède que le 0alai-Laina de Lhassa acquit la prépoudé* raaee qu*il eonsenre aujourd'hui et qui parait lui avoir été longtemps disputée par le Pau-tchén rin-po-tché. Celui-ci estpn^rement le supérieur religieux de la province de Tsang ijmt » du sud^uestdu Thibet central. Le Dalaî-Lama est cebi de la province orientale de Ou c centre >•
Les lamas ment dans le célibat ; la permission de se marier est cependant accordée i quelques-uns d'entre eux, aux lUi-iAo», phyorkhan^ ngag-pa^ qui exercent la profession (i*»lrolc^[ue6, de charmeurs, de devins. Les lamas vivent, soit en communauté dans les monastères dont le nom spécifique tbibétain est Gon-pa ou Tchhos-déy soit seuls dans les riiles et les villages; mai/ dans ce dernier cas, ils sont officiellement rattachés à certains monastères où ils sont tenus de revenir, en retraite dirions*nous, à des époques déterminées. Ils ont à suivre un règlement très sévère qui ne comprend pas moins de deux cent cinquante articles ; au premier rang de leurs obligations sont la chasteté et la pauvreté. Us sont fort nombreux, puisqu'on compte un lama sur treize ou même sur sept habitants au Thibet occidental ; en Birmanie, il y a un religieux bouddhiste (talapoin) sur trente personnes; chez les Kalmouks, la proportion est d'un sur cent cinquante à deux cents; elle est d'un sur huit cents à Ceylan. 11 y a au Thibet des € lamaseries > qui comptent, dit-on, plusieurs milliers d'habitants.
Dans leurs couvents, les lamas sont occupés à dire le cha-* pelet, à tourner les cylindres à prières, à servir aux offices ou à les diriger,* à graver ou à écrire des prières, et à faire des images des dieux dont la vente est un de leurs petits bénéfices ; le reste du temps, ils vont mendier leur nourriture ou s'occupent de jardinage. Leur vie est en somme relativement douce. Il leur est permis de manger de tout, mais
m BOUDDHISME THIBÉTAIN.
il leur est recommandé de s'abstenir autant que passible de viande; la nourriture animale est absolument défendue i certaines fêles et les jours de confession. Quant aux boissons, les liqueurs spiritueuses seules leur sont interdites.
Le vêtement des lamas consiste en un bonnet 4ont la forme indique le grade (les simples lamas portent un chapeau de feutre bas et conique ; les supérieurs et les chefs ont une sorte de mitre en drap rouge ou jaune ou une tiare hexagonale en carton), une veste de dessous sans manche, un pantalon retenu à la taille par un lacet à la façon des mauresques, une robe, un manteau qu'on appelle bla^ôs (c'est un châle quadrangulaire d'un mètre de large sur trois à six de long qui passe sous le bras droit et qui se jette ensuite sur l'épaule gauche; celui des supérieurs est de couleur violette, assure-t-on) ; enfin des bottes de feutre épais rouge ou blanc, ornées de rayures verticales, avec une mince semelle de cuir. A leur ceinture pendent un couteau dans sa gaine ; des pochettes pour les brosses à dents, le râdelangue, le cure-oreilles, le briquet, le tabac, le bétel, la [Hipe 5t quelquefois les dés qui servent pour les prédictions ; les bottes à amulettes; les rosaires; un ou deux moulins à prières, etc. Le rosaire est aussi porté autour du cou ; c'est un grand chapelet de cent huit grains (autant qu'il y a de volumes dans le Kan-gyur) : ceux à l'usage des laïques n'ont jamais que de trente à quarante grains ; ils sont en bois, en pierre, en os (en os de saints lamas, prétend-on). Les boites à amulettes contiennent des reliques (os, cendres, cheveux, lambeaux de vêtements) ,des médailles, des images, des prières écrites sur de petits morceaux de papier, des charmes; ces chacmes consistent en morceaux de cuivre fondu, où est imprimée la figure de la foudre, enveloppés de drap rouge, ou en sceaux du Dalaï-lama imprimés en rouge sur du papier et qui sont très recherchés par les dévots parce qu'on leur
¥ten W KflBUS-OSOl. itt
attribue le pouvoir d'empèeher ceux qui les portent sur eux de mourir nojée.
Le senke rsl^eux quotidien appelle les lamas trois fois pur jour : au lever du sideil, à son coucher et à midi ; il dure ne domi-beure chaque fois. Il consiste en chants, en prières, en offirandes reçues du peuple, en parfums brûlés; i la fin des officee, les lamas bénissent les fidèles qui se prosternent trois fois jusqu'à toucher le sol de leur front. Les ofirandes présentées aux dieux sont de la farine, du beurre clarifié, du bois odoriférant, des fleurs et des fruits; les ehtnti smii toujours accompagnés par un orchestre de trompettes, de cymbales, de tambour et de flageolets. Parmi les cMmonies religieuses, on range les représentations de drames sacrés, analogues aux mystères du moyen âge ou aux pastorales contemporaines des Bretons et des Basques, qoi personnifient la lutte entre les démons et les dieux protecleurs des hommes. Les fêtes ordinaires ou les jours sacrés sont les jours de la pleine lune, ou Ton doit s'abstenir de msBger de la viande, et les jours de confession générale où le jeûne est de rigueur; les grandes fêtes sont le nouvel an en février, la conception du Bouddha en mars, la fête de la moisson en août, etc.
Il faut citer aussi la célèbre cérémonie du khrus-gsol c prière de purification » . Tous les lamas réunis adressent d'ardentes prières à l'esprit du Bouddha qui plane invisible 5ar la sainte assemblée ; chacun d'eux tient un objet sacré. Un prêtre élève en l'air un miroir de métal, appelé Me-long, sur lequel un autre prêtre jette de l'eau mélangée de sucre et de safran : c'est, dit-on, pour recueillir l'esprit du Bouddha. L'eau qui coule sur le miroir tombe sur une image du monde que présente un troisième prêtre, puis elle est soigneusement recueillie par un quatrième qui passe dans les rangs et jette sur les mains de chaque religieux
186 LE DIAÏNISME.
quelques gouttes du liquide divinisé. Chacun s'empresse de porter la main ainsi bénie au sommet de sa tète, à soo front, à sa poitrine, puis de humer pieusement ce qui peut rester de la liqueur sacrée. On essuie le miroir avec une serviette de soie. Les chants éclatent. L'encens emplit de parfums toute réglise» où se presse, avide et recueillie, une foule immense. Ne croirait-on pas, à lire de pareilles descriptions, qu'il s'agit d'une fête catholique?
La religion du Thibet, c'est-à-dire la forme moderne et dernière du système Mahftyana, se retrouve aussi chei les Kalmouks, chez les Mongols et en général chez tous les bouddhistes du Nord, avec des particularités spéciales. Kn M<mgolie, par exemple, on professe une vénération extraordinaire pour la déesse appelée au Thibet Ihei-maj qu'on y conni^t sous le nom de okkin yameri; les Mongols croient aussi, entre autres choses, que le dieu de la mort tient un registre des actions des hommes : quand l'un d'eux meurt, un bon esprit et un mauvais esprit amènent son âme devant le souverain juge et comptent ses bonnes et ses mauvaises actions à l'aide de cailloux blancs ou noirs qu'ils rangent en ligne sur le sol. Je dirai au chapitre iv quelques mots du boud* dhisme des Chinois et des Japonais. En Birmanie, la plupart des pagodes sont surmontées de l'ombrelle royale, symbole de la naissance illustre du Bouddha.
Le petit véhicule est florissant dans l'Asie méridionale et surtout à Ceylan. C'est à cette école que se rattache une secte philosophico-religieuse et mystique, qui s'inspire également du spiritisme américain, et qu'on pourrait appeler les néobouddhistes ; il en sera question au chapitre ix : ils se nomment eux-mêmes théosophes.
J'ai dit plus haut que le bouddhisme n'était plus représenté, sur le territoire même de l'Inde, que par l'hérésie jâiniste. La religion des Jâinas se prétend pourtant tout à fait
nS NMOA.
Mld^Mla doctrM0<eCâBU— .L>
temoit i^Ma, rigaifie c œlid qui tieai i Jna (o« ijîûn),
portnaa de Jtiia », éL Bfimm c*esl c femlerien ». Ce
iMlogiM à eeltti de BovddMy est le MM flqfitifM f I
mmige iégeodaiie ifoi est regardé eonne le
djiiaisae. L'inslmre de sa fie rappelle beaveo^p eele de
Çâkjamiuii.
te TacoDrte en effiel qae, du» sa dernère rfaiîsrsf r^ le
i)fiM«lailfflsd*imroiMB»éSiddldirtiia.Ha^
latèrieiaresy il ataR saeeessifeiM&t été : 1* daas le pays de
Vid^Éfa, Nayasira i|Qi avait po, apris sa mort, s'âever jas*
qu'à VmB des seiie inondes divins ; 3* MaiHdd, petil-61s da
sige Rehablia, qai avait atteint le monde de Hrahnâ;
3* pasteurs brahmanes de morars dissolues; 4r ne braln
Qîas, etc. Mais le fils de Siddbirtba, Mahivtra, était appelé i
de butes destinées. Il époosa Taç5dâ, fille du prince Saaa-
nritra, dont il eut nne fille. A Tftge de vingt-bnit ans, il
perdit son père et sa mère ; alors, renonçant aa monde,
il céda le trône à son frère Nandivardhana et se fit ascète.
An boiit de dix années d'austérités et de méditations, il sortit
des bois et se mit à errer par le monde, jeûnant plusieurs
mois de suite, observant on silence absolu et tenant toujours
ses regards obstinément Gxés sur le bout de son nez : il était
serfi par un messager céleste d'Indra, le prince des dieui.
il ouvrit la bouche, pour la première fois, au bout de neuf
ans, afin de répondre à une question d'un nommé Gôçâla,
bouffon de basse origine, qui s'était mis à le suivre avec une
imperturbable fidélité. Ce fut seulement au bout de douze
ans et huit mois que le Djina atteignit la science unique, le
Kê^fala, sous UA arbre Sâto, au bord septentrional de la
rivière Rdjupâlikâ. Dès lors, sa voie était tracée ; il se mit
à parcourir le monde, prêchant sa doctrine et formant de
1B8 DJIÏiiISMB
nombrewili^ciples qui, après sa mort, brûlèrent son oadMre et recueillirent, conune de pieuses reliques, ses os nt^ ses
dents;
A l'exemple des bouddhistes, les djâinas ne se sont pas contentés d'un seul fondateur, d'un seul c victorieux». Hsen ont bien fait un dieu suprême, sous le nomd'Arbat, mais ils prétendent qu'avant lui ont vécu vingt-trois précurseurs; le vrai Djina, le grand Arhat, le Vardhamâna, Mabftvtra, n'était que le vingt-quatrième des Ttrthakârcis € sages parvenus à la science parfaite > sur lesquels on raconte les détaik les plus extravagants : il y a eu deux tlrthakâras rouges, deux bleus, deux noirs, et les autres répandent une lueur dorée ; le premier, qui s'appelait Vrchabha, avait mille mètres de haut et a vécu 8400000 ans; le vingt-troisième, Pftrçvanfttha, avait une taille normale et ne vécut que deux cents ans. Le premier des Tirthakâra, Vrchabha, naquit sous le quatorzième et dernier Manu, pendant le troisième ftge (nous sommes actuellement dans le cinquième) du premier jfuga.
Ce fut à l'âge de quarante ans que Mahâvtra mourut, c'està-dire atteignit le c but suprême >, vers l'an 526 avani notre ère, afOrme-t-on. Le premier témoignage certain de l'existence des djâinas ne remonte pourtant qu'au cinquième siècle après Jésus-Christ. Si l'on ajoute que, suivant une légende locale, un disciple de Mahâvira, Indrabhakta, portait le surnom de Gâutama, il devient tout à fait indubitable que le djâinisme est dérivé du bouddhisme.
Comme le bouddhisme, et surtout comme le bouddhisme septentrional, le djâinisme est devenu une religion complète. On y retrouve un dieu suprême, Arhat ou Djinapati, qui n'a pas moins de mille huit noms sacrés (Vâma, Yiniyaka, Bouddha, Djinèndra, Yarada, Mal, etc.); qui demeure sous l'arbre açôka; qui s'abrite sous un triple parasol orné de la pleine lune ; qui a quatre visages sacrés dont la couleur est
GDLR n Bocfims. im
cdle de It mer en fïirie; qui bnuidil les trois roues de k Jostice; qm a triomphé des eent quarante-huit actifitis de b Tie; qui est la seienee, la puissance, Fintelligirace parfaites, etc.^ etc. Les trois parasols d'ArhaC^nten perles, en or, est pierres précieuses ; le prraiier est désigné sous le nom de tdHmêravrUhm € accroissement de la lune >, le second soQseelni ûesakalapâtehana c expiation totale >, le troisttme sous celui de nUfomnôda c joie éternelle >. Le mot Ârkat est j^prement, comme on Ta tu plus haut ( p. 144 et 145), le qnabritaie et dernier état des sages aspirant au Ninrâna ; les Irois états précédents sont ceux de çrôta^patti, sakrdàfêmin et and^dnitii.
Près d'Arhat est une déeslse exécutrice, Çâsanadèvt, et sous lui se rangent les saints protecteurs, ganadkaras, et tous les dieux de t-hindouisme, avec quelques divinités particulières, par exemple Âmbkamâthâf une déesse dont on peut voir eaocMne les ruines des temples dans le Marwftr. Ces dieux et ces déesses sont regardés comme de pieux disciples de M ahâvtra parvenus au môkdta.
Le culte est simple : il consiste à faire le tour du temple où est rimage, la statue, de Tun des Tlrthakâras ; à saluer cette image ; à lui offrir des fleurs ou des Traits ; à réciter des mantras ou formules sacrées d'adoration et de respect. Quelques fidèles observent des jeûnes rigoureux; d'autres font des pèlerinages à de pieuses stations et notamment au pays de Bihar où est un sanctuaire du vingt-troisième tirthakâra, c'est-à-dire de l'avant-dernier.
Dans certains endroits, on pratique la confession auriculairo, on sonne de la clochette pendant les ofGces, etc. Mais, on peut dire qu'en général, le credo djâina se compose d^une série de prescriptions négatives, de prohibitions formelles dont la principale est indiquée par la formule sanskrite : ahimsâ paramô dharmah c le non-meurtre est le suprême
devoir ». A ce point de vue, la religion des Djàinas se présente comme une sorte de jansénisme bouddhiste ; cepM« dant, suivant les Indiens, ce serait plutôt un positivisme prudent. Les philosophes du pays désignent en effet les Ijjâi^ nas par le surnom de Syâdvâdin c celui qui dit : cela peut être », tandis qu'ils appellent les bouddhistes Ç^m^fatAdin c celui qui dit : néant » .
Quoi qu'il en soit, voici, suivant les textes orthodoxes d|)âinas, un résumé de leur doctrine.
Le temps est éternel et indestructible ; il est divisé en deux périodes consécutives, de six époques chacune. La preinière période, VAvasarpini comprend les époques ou âges excellent, bon, mixte où le bien domine, mixte où le mauvais domine, mauvais, très mauvais ; le premier Age a duré quarante millions de fois dix millions d'océans d'années^ les autres vont en diminuant de durée jusqu'à vingt mille océans d'années; la valeur d'un océan d'années n'a pas été révélée à l'homme. Pendant Vaviisarpinl^ la taille et les qualités de l'homme diminuent progressivement, ainsi que la durée de la vie, à la façon de la pleine lune décroissante; d'une taille de mille longueurs d'arcs l'homme s'abaisse jusqu'à une coudée et sa vie décroit de trois palla (durée inconnue) à quinze ans. Vutsarpini est tout l'opposé de Vavasarpini: l'homme grandit et l'univers remonte du mal au bien. Nous sommes actuellement dans le cinquième ftge de ïavasarpinî. Le cycle formé par les deux périodes est un yuga.
L'univers est éternel, il a toujours existé ; il n'a jamais été créé et ne sera jamais détruit (peut-être dans le sixième àge,*pàr un déluge, disent quelques schismatiques). L'univers comprend trente-huit mondes : un monde inférieur, sept enfers, dix purgatoires, cinq mondes terrestres (le premier est réservé aux démons et le cinquième aux musiciens
LK m SOFlftllK. IM
eélaMcs), to monde lumiiieax des étoiles, les seize mondes 4f èeoxi la monde d'Indra et enfin le séjour d'Arhat, Môkdkittte» «pii est le gaii c marche, voie, but suprême » •
Le knt siqiréme de la Tie, la fin dernière de Tbomme» c'est Tarrivée au môkcha; ce mot, qui dérive du radical mSkd^ abandonner, quitter, libérer, etc., a proprement le sns de c libération, délivrance ». Les âmes sont en eflTet temaUea, mais, unies depuis l'éternité i des corps formés fane matière très subtile dont elles doivent se débarrasser CMa^tMKEt; elles ne se séparent tout i fait de la matière fw quand dles arrivent au wiôkeka.
Im âfMlmâ c âmes vivantes > deviennent alors c âmes SÊftiaiBB » paramdtmâ. La paramâtmâ n'est plus soumise m lois» c'est-à-dire aux imperfections de la matière ; aucun etegament ne peut l'affecter ; elle ne souffre d'aucun mal et ae se souille d'aucune faute. Elle est plongée dans un bonheur immense qui est le résultat de son indifférence akiohie. En cet état, elle n'est pas l'égale de Dieu, elle est Dieu hii-mème, c'est-à-dire que toutes les âmes qui arrivent an monde suprême se confondent en une seule substance, eteette substance est Dieu. C'est là le but suprême, le gati, ^Môkcka, appelé aussi par les écrivains tamouls vîdu c la niison » et pir'u t le gain, le profit 9 .
Pour arriver au môkcha^ il faut que l'âme soit dans un état complet d'indifférence ; il faut qu'elle ait échappé au l>ie& et au mal, qu'en elle soit complètement détruite Vacti- ^U qui est la seule cause de nos bonnes x)u de mauvaises étions. Quand nous avons fait plus de mal que de bien, nos ^es vont souffrir dans l'un des mondes infernaux ; quand QOQs n'avons fait que le mal, elles reparaissent sur la terre sous une forme animale ; quand le bien et le mal se contreiNdancent, nous renaissons sous la forme humaine comme il est nécessairement arrivé maintes fois à chacun de nous.
IM DJAÏmSMI.
cai* le nombre de nos vies passées est incalculable , et -nous ignorons combien de fois encore nous pouvons renaître. Les moralistes tamouls ont trois mots remarquables pour expri* mer la destinée des âmes ; ils appellent immei c cet état-ci § la vie actuelle, mar'umei « l'autre état » la vie future, et ummet c l'état intermédiaire > la vie passée, et plus spécia«* lement la vie immédiatement antérieure i la vie actuelle, celle dont par conséquent nous sentons journellement Tin* ' fluence. En effet, le bien que nous avons fait ou le mal que nous avons commis pendant sa durée ne manquent pas de porter des fruits nombreux. Sommes-nous heureux? c'est que nous avons accompli, dans la vie précédente, de bonnes actions. Un malheur nous frappe-t-il? c'est l'effet d'une mauvaise action de nos vies passées et surtout de la dernière.
La morale des djflinas est par suite basée sur la nécessité de délruire l'activité et d'arriver à l'oubli absolu du bien et du mal. Aussi l'ascétisme est-il en honneur parmi eux et la vie conjugale, source de tant d'actions bonnes ou mauvaises, leur parait-elle très défectueuse. Ceux qui ne se livrent pas à l'ascétisme sont appelés çrâvahas « auditeurs, catéchumènes > ; il y en a de trois espèces : \e jaghanya « inférieur » qui, absorbé par les affaires terrestres, pratique à peine la religion; le madhyama « moyen 9, dont la dévotion est plus rigoureuse, cl Vutiama « supérieur ]>, qui vit presque comme un pénitent.
Ou prétend que les « commandements » à l'usage de ces çrâvakasj de ces « laïques », sont au nombre de douze mille! Voici quelques-unes de ces obligations ou prohibitions : il ne faut détruire aucun être sensible, pas même un arbre; il ne faut ni voler, ni mentir, ni convoiter la femme d'autrui, ni désirer trop vivement les biens matériels; il ne faut jamais quitter son pays ou même sa ville natale; il faut jeûner fréquemment et surtout aux quatre lunaisons, éviter toute espèce de peur physique ou morale; il faut ne dési-
^ PËNITEHTS DJAINiS. 193
Ter ni vivre ni mourir ; il ne faut pas se baigner pendant les éclipses, s'incliner devant une vache, boire de l'eau sans la filtrer, ou manger pendant la nuit (parce qu'on pourrait, ms s'en douter, avaler des animalcules), etc. Mais les çrâvakas ne sauraient atteindre au môkeha auquel n'arriveront jamais non plus ni les sâdras, ni les animaus sans raison, ni les dieux, ni les démons, ni les femmes. Quelques docteurs admettent cependant que les femmes peuvent dépasser le moDde d'Indra, le svarga.
La mention des Sûdras dans la liste de ceux  qui UmôkcHa tit interdit indique que les Djâinas acceptent la division des castes. Elles ont cependant en général peu d'importance panni eux.
On distingue trois espèces principales de pénitents, d'ascites ou de religieux jAinas, yogas ou yatis : les digâmbaras, les çvélâmbaras et les raktâmbaras. Les digâmbaras t ceux ■juisont vêtus d'air i, appelés aussi nîrgranthas ou crama' »at, sont censés être parvenus à se débarrasser de tous désirs, de tons bci^oins matériels ; ils vivent solitaires et ■ilencieux, loin de la société, au fond des bois; aussi font-ils Me toutes les convenances et ne portent-ils aucun vôte- ■Kiit. Les çvêldmbaras t ceux qui sont vêtus de blanc » Wnlent plus spécialement le nord et les raktâmbaras i ceux ipii sont vêtus de rouge (plus exactement de jaune-orange fcncé) » habilenl plus particulièrement le sud de l'Inde. Les observances auxquelles sont soumis les pénitents sont iflQombrables, mais ils peuvent atteindre immédiatement le but suprême si. à l'exemple d'Arhat, ils savent éviter les cent quarante-huit causes d'activité dont les huit fondamentales sont : la sagesse imparfaite, l'intelligence obscurcie, la faiblesse, l'illusion, J'%e, le nom, la race, les obstacles matériels. Arbat ne saurait d'ailleurs aider personne ii arriver au môkeha, car il n'exerce et n'a jamais exerce aucune action
ïlîiSOK. — Religions acliielle*. VJ
194 DJÂÏNISME.
personnelle, pas plus qu'il n'a jamais rien créé ni rien détrui mais il a révélé la vérité et montré la voie où l'on ne pei entrer qu'à l'aide des ti^irainas « trois joyaux > qui sont : connaissance parfaite du Djina, la science parfaite et sagesse parfaite.
A quelle date peut-on placer l'origine du Djàinisme?Noi avons vu que, suivant les légendes desDjâinas, Maliâvira sers devenu Djina 526 années avant notre ère; mais ils dise: que le çivaïsme date du premier de leurs tirthakâras, qi le vichnouvisme fut inventé sous le treizième, que les sacr fices sanglants de l'hindouisme furent mis en usage àrépoqi du vingtième, enfin que l'apparition du vingt-troisième col: cida avec l'établissement du mahométîsme, ce qui ramèm rait au ix* siècle de notre ère la vie terrestre d'Arhat. Cet date n'est pas plus exacte que la première : Mahâvîra n vécu ni vers l'an 550 avant Jésus-Christ ni vers l'an 800 i notre ère ; le djâinisme date vraisemblablement des m* IV' siècles, il est probablement contemporain du triompl définitif du christianisme en Europe.
Je ne puis ici résumer sa longue histoire fort imparfait» ment connue, mais il convient de rappeler que les Djâinas o] dominé dans les provinces de Mewâr et de Marwâr, dans Décan et notamment dans le Maïssour, où ils ont laissé beai coup d'inscriptions et de monuments, du vi* au xir siècle c notre ère. Ils ont été très puissants dans le royaume de Pân* (Maduré) où ils ont fait une guerre impitoyable aux bou< dhistes ; mais les çivaïstes les ont à leur tour cruellemei persécutés. L'époque de leur domination est l'âge d'or de littérature dravidienne; la moilié environ des livres tamou qui sont parvenus jusqu'à nous ont pour auteurs des Djâinaî ce sont d'ailleurs les ouvrages les plus anciens, les mieu écrits, les plus imporlanls et les plus originaux. Il en est d même pour la littérature canara.
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On trouve aujourd'hui des djâinas en petit nombre, un peu partout dans l'Inde, au nord, à l'ouest et au sud-ouest, et principalement à Calcutta, Delhi, Djeipour, Patnâ, Bé- Barès, dans le nord ; à Seringapatam, Kântchîpura, Ratnagiri, au centre ; à Râjamahêndra, Pérumandûr et Sittâmûr, dans le sud. A Sittâmûr, qui est à 48 kilomètres à l'ouest de Pondichéry, ils ont une pagode ; on trouve à Pondichéry même quelques familles de Djâinas; en 1868 on en comptait quinze familles à Madras : c'étaient des marchands ou des maîtres d'école.
Lors du recensement de 1881, il y avait dans l'Inde proprement dite, Ceylannon compris, 166000 bouddhistes (dont 158000 dans le Bengale et le Pandjab), et 1 221 000 djâinas (dont 498 000 dans la province de Bombay et 378 000 dans laRâdjpu(ânâ). Ceylan contenait environ 2000000 de boud-
dhisles; il y en avait 3251 000 dans la Birmanie anglaise.