ÉVOLUTION DES CULTES ORIGINAUX
t^in nombre de' Parisiens, fort honnêtes d'ailleurs, vivent constamment entourés des esprits de ceux qu'ils ont aimés ou haïs et sont en perpétuelle communication avec eux : ces esprits modernes manifestent pourtant leur présence d'une manière assez étrange, par exemple en déboutonnant les bottines des dames dans l'obscurité. Il y a là simplement, si nous osons nous exprimer ainsi, de l'atavisme; c'est par de rêveries de ce genre que toutes les religions ont commencé : l'objet plait ou fait peur; on le personnalise; oii l'anime; bientôt il n'est plus que la manifestation d'une puissance invisible dont les proportions grandissent avec les siècles. Puis on classe ces personnalités extra-humaines ; on les hiérarchise, et voilà le bouddhisme tout formé. Plus tard encore, viendra l'idée d'un être suprême qui résume tout, et d'où par conséquent tout émane. Il ne reste plus qu'un pas à faire pour en arriver au panthéisme et par suite au naturalisme conscient, à l'athéisme raisonné.
A Torigine, la religion consistait, par conséquent, chez les Chinois comme ailleurs, en une série d'actes intéressés; on cherchait à se ménager la faveur des êtres redoutés et l'on se comportait avec eux comme on l'aurait fait vis-à-vis des autres hommes. Le culte était donc essentiellement per- ^nnel; l'homme primitif est essentiellement égoïste. Néaninoins, quand l'idée de famille fût née, quand le principe d'autorité commença à poindre, le culte devint d'un intérêt général : le père pria pour tous les siens. Puis cet usage se généralisa : les chefs accomplissaient les sacrifices pour leur Wbu. Mais comme à mesure que le culte devenait ainsi collectif, les « dieux > diminuaient en nombre, se classaient, se hiérarchisaient; il vint un temps où chaque catégorie *?ociale, chaque caste, chaque personne eut sa fonction reliîneuse propre. Les particuliers adoraient les arbres, les rochers, les fontaines de leur domaine patrimonial; les chefs
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de clans rendaient leurs hommages aux montagnes, ai rivières, aux forêts, aux puissances secondaires ; Temperei seul adorait les neuf grandes montagnes, les grands fleuve la Terre et le Ciel. Le ciel était déjà devenu le dieu suprém< le Chang-Tiy principe actif de toute la création.
Tel était, envisagé d'une façon générale et sommaire, Vél religieux de la Chine aux premières périodes de son histoin Les tribus qui formaient alors ce qu'on appellerait aujoui d'hui la nationalité chinoise erraient à l'aventure, si l'on c croit les traditions indigènes, dans les épaisses forêts qi couvraient toute la province actuelle de Chan-si ; ils y étaiei venus de l'ouest, d'au delà du désert de Mongolie. Leur d< mination s'établit vite sur ces contrées fertiles, habitées pî des hordes sauvages, qui reculèrent de plus en plus vers l montagnes, abandonnant aux nouveaux venus toute la régie des plaines. C'est à l'année 2356 avant Jésus-Christ qi commence l'histoire du pays, telle qu'on peut la lire dans Chvrking. Après une longue série de princes sages et pieu la religion se trouva n'êlre plus strictement observée, h mœurs se relâchèrent, les guerres civiles se multiplièren le vol et le mensonge devinrent habituels, Tempire t c Milieu » marchait à une ruine prochaine, lorsque naqu Gonfucius, au milieu du vi" siècle avant notre ère (l'an 551
Sa naissance fut à ce qu'il parai t, ace ompagnée de nombrei prodiges. Sa mère Tching-Tsaï, obéissant aux conseils d'i messager céleste, était en pèlerinage sur le mont Ni ; c'est 1 dans une caverne, qu'elle accoucha du grand philosoph Son père Chan-liang-hei, était un vieux soldat robuste, q s'était marié à l'âge de soixante-dix ans. L'enfant privilég montra de bonne heure un goût singulier pour l'étude; il : passionnait surtout pour les recherches historiques et d mandait au passé les causes de la décadence de sa patrie, se maria de bonne heure; mais, comme il arrive souvent ai
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travailleurs, dont l'esprit trop peu pratique s^accommode mal des réalités objectives, il ne trouva dans la vie conjugale qu'ennuis et mécomptes; il dut bientôt se séparer de sa femme qui lui avait pourtant donné un fils. II abandonna également les fonctions officielles qu'il occupait, celles de € gardien des champs et des terres », pour se livrer tout entier à l'enseignement philosophique. Il n'eut jamais qu'un nombre très restreint de disciples proprement dits, malgré la foule toujours croissante de ses auditeurs ; il ne pouvait souffrir les gens ignorants, inintelligents ou paresseux. C'est à l'âge de vingt-deux ans qu'il fil sa première leçon.
Huit ans après, sa réputation était déjà universelle. Il fut reçu, avec des honneurs extraordinaires à la cour de l'empereur de Tchaou, quand il s'y rendit pour conférer avec le vieux philosophe Lao-Tseu, fondateur du taoïsme. L'entrevue des deux sages fut, dit-on, très peu cordiale; Lao-Tseu était une sorte de positiviste, fort insouciant du bien-être de ses semblables et préoccupé avant tout de sa propre tranquillité ; il devait avoir en médiocre estime ce jeune rêveur qui prétendait à lui seul renouveler la face du monde.
Confucius, ou, pour lui rendre son nom chinois, Koung-fou- Iseu, n'en continua pas moins ses études et ses leçons. L'occasion lui fut offerte de mettre en pratique ses théories ; il 'accepta courageusement. Il consentit à rentrer dans la vie publique, d'abord comme gouverneur de la ville de Changtou, puis comme surintendant des travaux publics, enfin comme ministre de la justice. On raconte des merveilles sur les résultats de son administration. Mais le souverain du Lou se fatigua de la sagesse de son ministre, et Confucius, disgracié, se réfugia successivement dans les États de Wei, de Tching, de Tchhin, deTsin et de Tsou, en butte aux persécutions, à l'envie, à la mauvaise fortune, dont il se consolait en s'adonnant avec plus d'ardeur que jamais à la philosophie ;
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sa principale distraction était la musique pour laquelle i avait un goût tout particulier. Des temps plus heureux 1< ramenèrent, à soixante-trois ans, dans le pays de Wei, d'où i repartit six ans plus tard pour revenir dans son pays natal le Lou, le plus oriental des États entre lesquels était divisé< la Chine d'alors. Il y mourut au printemps de l'année 478 avan Jésus-Christ; ses disciples Tenterrèrent aux bords de la rivièn de Szi et, pendant trois ans, ils demeurèrent là, veillant et pleurant jour et nuit autour de sa tombe. Elle existe encon aujourd'hui pieusement vénérée ; on montre, à côté, la tomb< de son fils Li que l'histoire d'ailleurs a presque entièremen oublié.
Le petit-fils du philosophe, Tze-tze, est censé l'auteur d( deux ouvrages importants le Tchang-yang « la science di moyen » et le Ta-hio « le grand enseignement > ; c'est danj ces deux livres, ainsi que dans le Lan-yu c les aphorismes > que se trouve exposée toute la doctrine de Confucius : nom allons la résumer ci-après, en prenant pour guide M. Rober K. Douglas dont l'excellent traité sur la religion de la Chin< fait partie de l'intéressante collection : Non Christian religion Systems.
Confucius ne se préoccupait ni du surnaturel ni de la vi( future : « Nous ne savons rien de la vie », disait-il « commen saurions-nous quelque chose de la mort? » Aussi les ques lions d'origine et de fin le laissaient-elles tout à fait indiiïé rent. Ce qui lui paraissait surtout intéressant, ce qui lui sem blait seul digne d'étude, c'était la vie, sous sa manifestatior la plus remarquable, l'homme.
L'homme apparaissait au philosophe comme maître unique et souverain de sa destinée, en théorie du moins. Le type idéal, l'homme parfait, est l'égal du ciel et de la terre, c'està-dire des puissances qui se manifestent comme créatrices; il doit influer sur le cours de la nature et sur le développe-