II INTRODUCTION
Tempus uos avidum dcvorat, et chaos.
Mors individaa est, noxia corpori, Nec parcens animse. Taenara, et aspero Regnum sub domino, limen et obsidens Castes Don facili Gerberus ostio, Rumores vacui, verbaque inania, Et par soUicito fabula somnio.
Lucrèce, qui admet une âme, la fait toute matérielle, mortelle et périssable (III, v. 711-712) :
... Neque natali privata yidetur Esse die natara animas, neque funeris expers.
Aussi la mort n'est-elle point à craindre (III, v. 842- 843, 879) :
Nil igitur mors est, ad nos neque pertinet hilum, Quandoquidem natura animi mortalis habetur... Scire licet nobis, nihil esse in morte timendum.
Toutes ces idées de divinité et d'immortalité ont leur origine dans les illusions du rêve (V, v. 1169-1175) :
Egregias anime faciès vigilante videbant Et magis in somnis mirando corporis auctu : His igitur'sensum tribuebant, propterea quod Membra movere videbantur, vocesque superbas Mittere, pro facie prœclara et viribus amplis, iflternamque dabant vitam, quia semper eorum Suppeditabatur faciès et forma manebat.
La doctrine d^ l'immortalité de l'âme impliquait naturellement son éternité; car si elle ne devait pas avoir de fin pourquoi aurait-elle eu un commencement? La vie actuelle est donc peu de chose, pt l'on comprend les nombreux suicides qu'amenait l'espoir d'une vie meilleure : Ptolémée Philadelphe défendit d'enseigner
LA MÉTEMPSYCOSE. xui
l'immortalilé de Tâme dans ses États de peur de les voir dépeuplés. Nous avons toujours vécu, nous vivrons toujours : la renaissance, la métempsycose est la seule Ihéorie qui réponde à ces aspirations, et pour expliquer l'absence de tout souvenir des existences antérieures — objection proposée par Lucrèce — les anciens avaient inventé le fleuve Lélhé. La théorie exposée par Virgile est tout à fait celle des Indiens : partout dans la nature commande l'esprit ou l'intelligence :
Spiritus intus aiit totamque iafusa par artus Mens agitât rooleoiy et roagno se corporc miscet.
(.En., VI, 726-727).
Mais l'âme réunie au corps souffre du contact de la matière et du cours même de la vie {Ibid.j 730-731) :
... Noxia corpora tardant Terrenique hebetant artus moribundaque membra,
d'où la nécessité d'une purification, d'une expiation, après la mort {Ibid., 736-738, 745-747) :
Non tamen omne malum miseris, nec fanditus omnes Corporeœ excidnnt pestes ; penitusque necesse est Malta dia concreta modis inolescere miris... Donec longa dies, perfecto temporis orbe, Goncretam exemit labem, purumque reliquit i<£thereum sensum atque aurai simplicis ignem.
Les âmes peuvent alors revenir animer d'autres corps (750-751) :
Immemores supera ut convexa revisant Rursus et incipianl in corpora velie reverti.