MORALE DE CONFUCIUS
levé Je premier et couché le dernier, pour pouvoir veiller à ce que leurs désirs et leurs besoins soient satisfaits. Il doit éviter de faire ou de laisser faire devant eux de fâcheuses allusions à la vieillesse; on recommande à cette occasion, eomme le meilleur exemple à suivre, la conduite du philosophe Laou-Lai-Tseu qui, à Tâge de soixante-dix ans, craignait tellement que ses parents ne s'aperçussent de leur grand âge qu'il s'habillait comme un petit enfant et se mettait à jouer parterre dans leur chambre. Rien de plus naturel d'ailleurs qu'un tel culte : ce corps qui nous fait vivre ne le tenonsnous pas de nos parents et par eux de la grande puissance céleste? Un grand seigneur bien connu sacrifiait à ses ancêtres éloignés dans les mêmes formes qu'au ciel ; mais & son père il rendait les mêmes honneurs qu'à Chang-ti.
Toutefois, le respect filial ne doit pas être aveugle. Le sage peut déplorer les actes de ses parents qui sont contraires à la justice, il doit même leur adresser en ce cas, mais avec le plus grand respect et les plus grands égards, de fermes remontrances.
Comme extension, comme développement delà piété filiale,
*l est recommandé au ministre de servir loyalement son
prince, au mandarin de remplir exactement les devoirs de
^charge, au soldat de se dévouer sans réserve à sa patrie.
De même l'ami doit rester fidèle à son ami; à plus forte
raison, l'amour fraternel est-il strictement d'obligation. Une
affection plus recommandable encore, c'est celle du mari
pour sa femme et ses enfants : « l'union des époux et des
enfants >, a dit Gonfucius, « est comme l'harmonie des luths
eldes harpes >. La femme, au surplus, tant qu'elle n'est pas
mère, est un être relativement inférieur dont le principal et
presque l'unique devoir est l'obéissance. La maternité seule
la relève, en lui assujettissant jusqu'à sa mort ses fils et ses
filles.
S06 CONFUCIANISME.
Le mariage est une œuvre sainte, c'est raccomplissemen du but essentiel de la vie qui est de laisser après soi des en fants pour sacrifier sur les tombes des ancêtres. Aussi ui veuf sans enfants ne saurait-il se dispenser de se remarier I( plus tôt possible; aussi encore la stérilité est-elle l'une dei sept causes légales de divorce : les six autres sont la désobéissance aux beaux-parents, Tinconduite, la jalousie, li lèpre, le bavardage et le vol. L'âge le plus convenable poui le mariage est celui de vingt ans pour Thomme, de quinze ans pour la femme. La polygamie n'est point une mauvaise chose, puisqu'elle ne peut que contribuer à augmenter k nombre des enfants ; c'est pourquoi nul ne saurait trouvei mauvais que le mari d'une femme stérile entretienne une ov plusieurs concubines.
Les moralistes occidentaux et surtout les adeptes dei diverses sectes chrétiennes trouveront sans doute ces dernières tolérances excessives et ces usages < immoraux >. Rien n'est pourtant plus juste et plus naturel, au point de vue de la morale générale humaine. Aussi ne nous y arrêtons-nous pas; mais nous tenons à faire remarquer combien ces préceptes absolus, ces croyances à la nécessité de la descendance filiale, sont peu compatibles avec les absurdes accusations prodiguées à l'excès contre les Chinois par les missionnaires apostoliques : rinfanlicide, plus coupable peut-être en Chine qu'ailleurs, n'y a certainement pas été plus fréquent, à moins de circonstances occasionnelles spéciales, et il faut toute la niaiserie et la mauvaise foi des propagateurs de la religion romaine pour soutenir que les cochons blancs ou violets des bords du fleuve Jaune ou du fleuve Bleu se nourrissent ordinairement de petits Chinois.
Le système confucianiste ne s'en tient pas d'ailleurs à la morale individuelle. Il comprend tout un ensemble de règles sociales, tout un plan de gouvernement que nous ne pouvons