ÉTAT ACTUEL
eiposer ici, pour ne pas allonger démesurément cette esqmsB; mais nous ne pouvons nous dispenser de dire encore qoelqaes mots sur l'histoire de cette grande religion.
Gonfucius eut le sort ordinaire des réformateurs, des trandlenrs, des iuTenteurs. Il eut peu de succès de son vivant et, i rheure de sa mort, il put croire son œuvre à jamais iiie. La réaction ne fut pas longue à se produire. Ses disciples et ses continuateurs, dont le plus célèbre fut Mencius (MengHseu), propagèrent ardemment ses doctrines. L'empereur Chi-houang-ti ordonna de brûler tous les livres conservés daas ses États ; mais les écrits authentiques ou apocryphes de Confaciiis furent épargnés par le zèle des étudiants qui les savaient par cœur et qui d'ailleurs surent cacher de précieux manuscrits dans les murs de leurs maisons ou sous la terre.
L'avènement de la dynastie des Han (306 ans avant notre ire) marque la reconnaissance oCBcielle de la c bonne doctrine I. L'empereur Ping-Ti {V* année de notre ère) conféra i Gonfucius le titré de « le complet et illustre Duc Ni » ; et l*an 89, Ho-Ti l'appela c l'illustre et honorable Comte ». Quatre cents ans après, il reçut le nom de € le Sage accompli > . ilfut successivement élevé aux rangs de c Roi accompli et perspicace » (vers 750), d' < Empereur » (1075), de t. Sage le plus complet et le plus parfait, Roi accompli et perspi- CM» (1300). Depuis l'empereur Chi-tsang, delà dynastie desMing (1506-1533), il est désigné sous l'appellation de <Sage Parfait, Ancien Précepteur ».
Ces titres honorifiques ne sont point de vaines formules. Gonfucius est l'objet d'un véritable culte. On a élevé plus de quinze cents temples en son honneur; sa statue, magnifignement décorée, s'y dresse, entourée de celles de ses principaux disciples, et l'on y conserve pieusement ses ouvrages et ceux de ses élèves. Le premier et le quinzième jour de
ynrsoir. — Religions actuelles. U
tiO TàO!S1IB. — LAO-TSEU.
chaque mois on y célèbre des offices résiliera; deux grand fîtes, au printemps et à l'automne, attirent un coacoi énorme de fidèles. On évalue le nombre d'animaux sacrifi à cette occasion à 6 bœufs, 27000 cochons, 580Q rnouloi 3800 daims et 3700 lièvres; en même temps, on offire à w image des pièces de soie dont le nombre a atteint juaqi 37600. Les deux principaux temples confuciamalaB m celui qui est à côté de sa tombe à Ghan-tang et le KouiMi kin à Pékin, où l'empereur va solennellement deux foîa p an, invoquer les lumières et la protection du Sage.
11 serait bien difficile de donner le chiffre exact des seet leurs de la religion du Confucius, puisqu'elle n'est p exclusive et s'allie fort l>ien aux pratiques bouddhistes aux superstitions taoïstes. Le taoïsme est la troisième tel gion reconnue en Chine ; nous allons en résumer ci-api*è8 1( principaux traits.
Son fondateur, Lao-Tseu, était un contemporain de Cm fucius. Il était né bien avant lui toutefois, l'an 604 avv notre ère, et exerçait les fonctions d'archiviste ou de trésc rier à la cour de Tchaou, lorsque Confucius vint s'enlreleoi avec lui, sous prétexte de le consulter sur les anciens ritef Le vieux philosophe fit au jeune réformateur un accueil foi peu aimable ; il lui reprocha son ambition, ses prétentioDi ses allures propagandistes, et profita de Toccasion pour affii mer ses théories d'abstention politique et de philosopb individuelle. Quelque temps après, malgré son indifféra tisme, Lao-Tseu ne se trouva plus en sécurité dans la poc tion officielle qu'il occupait. Il donna sa démission etpasi dans la province de Ho-nan, où il fut le précepteur de Yi Hi; mais il en repartit de nouveau et s'avança vers l'oues on n'eut jamais plus de ses nouvelles.
11 avait laissé entre les mains d'un de ses élèves un volume cinq mille caractères résumant toute sa doctrine, le Tao4i
DOCTftINIS Dfi UO-TSEU. Ui
lÎMjfy oavrige conservé jusqu'à nos jours et fort difficile à CiBqpp«dre. Aussi le jésuite Amyot y trouvait-il dès les fNÉii&res Kgnes la trinité ehrétieuBe et Rémusat lui^^mème ; dfeoiivndtHil une transcription chinoise du nom sémite kkfieh ôa léhovah.
Les interprètes plus modernes ont fait justice de ces fan- Mâes. Le livre de Lao-Tseu consiste dans l'explication des n^rts de Tunivers avec le Tao; ce dernier mot peut être mdii par < voie» méthode, activité, effet et cause ». Le Tao est impalpaUe, invisible, inépuisable, inaccessible, inexprimUb^ invariable, illimité; c'est la source et l'origine de tant; il comprend à la fois l'absolu idéal et le monde matérid relatif. La connaissance du Tao est la seule base de la ecrtitade et le seul fondement de toute la morale.
L'un des principes les plus essentiels à la vie sociale, c'est la destruction de l'égoïsme : de même que l'eau d'arrosage hrUlise toutes les terres, de même le sage étend sa bienveil- Ittce à tous les êtres. La nature de l'homme est primitiveiMBt bonne ; il faut tendre à ramener les beaux jours de la pureté originelle, à combattre la violence, l'oppression, rinjnstice, à supprimer la guerre, le vol, le mensonge. Ce Attt être l'œuvre des rois, des chefs de famille, des sages. Au point de vue personnel, la vraie morale c'est de rendre ie bien pour le mal ; le véritable homme vertueux est généitQXi magnanime, bienfaisant, respectueux d'autrui, fidèle 6t loyal» Il doit s'observer sans cesse pour ne pas laisser pcriadreen lui la moindre pensée de mal. 11 doit parler peu, penser beaucoup, mais surtout étudier et apprendre.
Qnaat à la vie future ou plutôt quant à ce qui advient de la vie, Lao-Tseu, pas plus que Confucius, ne songe à la renaissance métaphysique, à la survivance d'un principe extémur immatériel. L'homme, comme le ciel, comme la terre, eomme tout ce qui est, procède, un et entier, du grand Tao
Ui ATBtiSIR CfllMOIS.
dont H est seulement uae manifestation locale, partie accidentelle et limitée. La mort est simplement la cessât du phénomène; mais, pendant sa dur<^e, c'est-à-dire pend notre vie, la seule morale qui nous soit naturellement diquée, n'est-elle pas celle de la solidarité, de la réciproci de l'intérêt bien entendu en un mot?
En comparant ces théories avec celles de l'Inde, a' celles des philosophes anciens du monde classique, on peut s'emp£cher d'être frappé de leur immense supérioi sur les conceptions étroites. et mesquines de la race séi tique, qui, sous l'étiquette des diverses sectes chrctienO' font encore peser leur joug énervant sur tout le monde ii deme. L'œuvre de Jésus-Christ et de saint Paul cause i société un préjudice immense, qu'il faudra de longs sied pour réparer. Quel chemin n'aurait i)as fait l'humanité si I doctrines de Gontiicius, de Lao-Tseu, de Bouddha, et de ti d'autres penseurs, avaient pu seules servir de base i l'éd eation des races humaines? Non d'ailleurs que ces théorit évidemment inaccessibles aux masses, n'aient elles au développé des cultes extérieurs à observances, à rites, formules ; mais, parce que, sous les altérations de la fora le philosophe peut toujours retrouver la sagesse matérialî! ou si l'on veut naturaliste du Fond.
Des savants européens et des voyageurs chinois ont récei ment essayé de démontrer publiquement que les religio du grand empire ne sont point basées sur le matérialisa c'est & tort suivant eux, qu'on traite les Chinois d'athées qu'on leur refuse la croyance à l'immortalité de l'âme. preuve en est, disent-ils, qu'il n'y a pas en Chine de root o respondant à < athée i ; l'objection est faible et il suffit, po la réfuter, de demander quel est le mot chinois qui signi dieu, car pour dire f sans dieu >, il faut d'abord avoir « dieu ». On répondra sans doute en rappelant le m
TAOlSME MODEftNB. tl3
i € soiiferam èeigneur » donné depuis longtemps au ciel, f ciel moral», et bien différent de fian, mot relativement îkmU < ciel matériel >. On a cité de nombreux passages (ks deux grands livres canoniques du confucianisme (qu'on iffMe aussi la religion des lettrés) , le Chi^Kiitg et le Chu- Kmg où il est question du ciel considéré comme un cKeu perscmneL On ajoute que Lao-Tseu était spiritualiste puis- ^'il recommandait la méditation, la vie contemplative, eoBUM le meilleur moyen de débarrasser Tâme des liens de h matièfe. On ajoute un peu naïvement qu'une preuve de b erafance à l'immortalité de Tâme est la suivante : c le (Mettre par lequel sont désigné les esprits (des éléments (hs montagnes, ^.) est le même dont les Chinois se servent pov représentor idéographiquement les mftnes des morts, Ttoe dégagée de ses liens terrestres ».
Tout cela est bien naïf, comme je viens de le dire, et nlme bien maladroit. L'identité des mftnes, des esprits, des (Anes et des ftmes, si Ton veut, démontre purement et âoqilementqu'il y a eu dans la religion chinoise une période tûmiste. Or, y a-t-il rien de plus matérialiste que l'anioûsiiie? Je ne m'attarde pas à réfuter les autres arguments <|ue je viens de résumer; ils ont été inspirés par des considérations étrangères à la science : les uns croient relever leur pays en le lavant du soupçon d'athéisme, les autres veulent plaire à une certaine coterie, spiritualiste en apparence, très cléricale au fond, toute-puissante aujourd'hui. ta fait pourtant, les Chinois contemporains, comme la plupart des autres peuples, ont des idées religieuses peu métaphysiques. Ni les confucianistes, ni les bouddhistes, ni les taoïstes n'ont des conceptions bien supérieures au monde amtériel.
Pins encore que le confucianisme, en effet, le faotsme, tel que le pratiquent aujourd'hui ses adeptes, s'est éloigné
su PDIMUCM, 6tRII8.
des pures doctrines spéculatives. Dès le V siècle avant notre ère, Lieh-yu-Kao, plus connu sous le nom de Lieh-Tseu, commenta les doclrines de Lao-Tseu dans le sens d'un égoïsme absolu : a Jouissons du présent, puisque nous ne vivons que pour un temps limité et que nous avons pour unique objectif le grand Tao t. La vie, la société, le monde, tout cela n'est qu'un phénomène, qu'une apparence, qu'un rêve. L'art peut produire de pareils phénomènes : ici apparaît l'ébauche des pratiques de sorcellerie qui occupent uae si grande place dans le taoïsme moderne. L'origine des êtres remonte au chaos d'où les ont tirés le grand changement, le grand commencemenl, le grand premier, le grand par, qui ont produit Un, puis Sept, puis Neuf, puis ont reconstitué Un qui est devenu la forme, mère du ciel, tandis que les composants impurs devenaient la terre. Ces abemtions montrent quelle foi avait Lieh-Tseu dans le sumatord et quelle action fatale il a exercé sur les croyances taoïstes. Moins mystique et moins crédule fut Tchouang-Tseu, l'aulre grand docteur de la secte, pour qui cependant la suprême sagesse était le doute : il rêva un jour qu'il était devenu nn papillon volant de fleur en fleur ; à son réveil, il se demanda si c'était bien l'homme qui avait cru être un papillon ou si c'était maintenant le papillon qui croyait être un homme. Sa morale pratique se résumait dans les soins à prendre de la vie présente, et en même temps dans un parfait mépris de la mort.
Toutes ces fantaisies, ces élucubrations d'école, n'étaient point faites pour le peuple. Au bout d'un petit nombre d'années, personne n'y pensait plus. La morale de l'int^M réduite à la personnalité subjective conduisit à cette aspiration : prolonger sa vie, revivre. El vite suivit la croyance au merveilleux, aux îles d'or, séjourdes ombres survivantes; aux CMBOiunications entre les morts et les vivants, aux esprits,
TAOMItt MODERNE. 115
à la nagie, aa pouvoir de maîtriser les forces de la nature. Lao^Tsea devint aux yeux des partisans de sa doctrine un dieu véritable entouré d'un grand nombre de divinités seeondaires; des légendes extrêmement variées se formèrent sor sa naissance, sur sa vie, sur sa mort, sur ses écrits. Il eut pour compagnon le grand Chang-ti, gouverneur du monde; les cinq éléments de l'univers: métal, bois, eau, feu et terre, représentés par les planètes Vénus, Jupiter, Mercure, Mars et Saturne. La grande ourse devint la demeure de deux puissances mâle et femelle, Tathmu et Kuei^sing. U Tonnerre, la^Lumière, l'Océan, la Chaleur, le Serpent ou Dragon, devinrent l'objet de pareils actes d'anthropomorphiame. Enfin, le nombre des génies, des personnalités surnaturelles, bonnes ou mauvaises, devint innombrable. La vie dadi?ot se passe en une série d'invocations, de cérémonies, de pratiques superstitieuses. Les maladies sont l'effet de la prisence des démons que les prêtres ont le pouvoir de faire passer dans des œufs, absolument comme Jésus-Christ faisait passer dans un troupeau de cochons la légion de diables qui tourmentaient les villageois de Gérasène. De saintes abluiJOBs guérissent tous les maux à l'instar de l'eau célèbre de Lourdes. Nil siib sole novum; les mêmes causes produisent les mêmes effets : les Chinois auraient beau jeu à rire des missionnaires qui raillent les superstitions orientales.
Théoriquement, la morale taoïste moderne est résumée dans deux ouvrages populaires, le Kang^ying-pin c livre des récompenses et des peines » qui ne remonte pas au delà du XV* siècle de notre ère et qui comprend deux cent douze aphorismes dont Stanislas Julien a donné une excellente traduction française ; et le Yin-tchik-hotian c livre des bénédictions secrètes ». Nous en extrayons les citations suivantes suffisamment caractéristiques :
c Le bien ou le mal entraine sa récompense ou sa punition
es à la porte de leurs demeures; ce paifrai suffit irter momentanément les esprits. Dans rintérîeur lison, on voit presque toujours l'image d'un tigro \ letaUki : c'est une sorte de tableau magique repré- 'union, l'association» la pénétration réciproque des ncipes mâle et femelle, le yang qui préside au I jour, au bonheur^ et le yin qui domine dans la is la nuit, dans le malheur. Sans l'accord, l'union
principes, l'équilibre du monde serait détruit et irions misérablement victimes de la plus épouvan-
catastrophes.
I l'égalité, la fraternité, si ce mot n'est pas trop pré-
des trois religions nationales de la Chine, le boud- M certainement en décadence. Un grand nombre stères, inhabités, tombent en ruines. Mais ce grand \n est pas moins encore véritablement national, ire pratiqué par des populations originaires du pays 1 en est autrement des autres religions que l'on e dans l'empire et dont il nous reste à dire quelques
foung-fou, capitale duHo-nan, vivent quelques juifs, nérés, seuls restes des tribus sémitiques qui vinrent
116 FEHG-TCflUI.
comme le corps tient à .son ombre. — 11 ne faut oi trahir l'anùtii, ni maltraiter les animaux, ni médire d'autrui, ni se vanter dé son mérile, ni envier le bien ou les qualités des antres, ni flatter les méchants, ni assimiler les fautes aux crimes, ni oublier les services rendus, ni regretter d'avoir fait l'aamâne, etc. , etc. — Mais il faut être humain et charitable, respecter les vieillards, avoir pitié des orphelins, prévenir le mal, donner beaucoup et recevoir peu, donner sans espérer qu'on vous rendra, etc., etc. — Il faut se servir de poids justes et ne pas écraser le peuple de taxes ; allumer un flambeau à sa fenStre pour guider les voyageurs; ne pas détruire de papier où il y a quelque chose d'écrit; faire des instructions publiques pour l'éducation et la moralisatioa du peuple ; éviter tout rapport avec las méchants, etc., etc. > Si l'indiflérence ou plutôt la tolérance a permis aux Chinois la pratique simultanée des trois religions nationales, on se doute bien que ce n'a pas été sans une pénélntion réciproque, sans un échange incessant de croyances et de coutumes. De plus, comme ces trois religions sont surtout en principe des écoles philosophiques, il s'est formé, à l'usairc du grand public, une sorte de code général neutre, le fen^ tchui, qui est d'autant mieux observé qu'il n'a rien d'officiel ou d'obligatoire. Si l'on en croit M. ÉUsée Reclus qui en parle d'après des noies manuscrites de M. Léon Hetchnikov, le /i!n9-IcA.ut comprendrait un ensemble de cérémonies par lesquelles l'homme peut se rendre favorables les esprits des airs et des eaux, c'est-à-dire la nature tout entière, y compris les âmes errantes des morts. Chacun de nous en ^fet possède une âme triple, huen : l'âme rationnelle qui réside dans la tète, l'âme passionnelle dont la poitrine est le siège, et l'âme matérielle dont la demeure est le bas-ventre. La première âme peut être fixée après la mort dans les tablettes commémoratives; la seconde demeure dans le tombeau;
CULTES DIYIRS. tl7
mais la troisième erre dans Tespace et cherche sans cosse à pénétrer dans un autre corps. Aussi, tout le souci des vivants doit être de ne pas offenser ces âmes errantes, d'accomplir eiactement les devoirs de piété envers les ancêtres. Pour se garer de toute sui*prise, les fidèles font brûler des baguettes parfumées à la porte de leurs demeures ; ce parfum suffit pour écarter momentanément les esprits. Dans l'intérieur de la maison, on voit presque toujours Fimage d'un tigre qui porte letaUki : c'est une sorte de tableau magique représentant l'union, l'association, la pénétration réciproque des deux principes mâle et femelle, le yang qui préside au soldl, au jour, au bonheur, et le yin qui domine dans la lune, dans la nuit, dans le malheur. Sans l'accord, l'union des deux principes, l'équilibre du monde serait détruit et nous péririons misérablement victimes de la plus épouvantable des catastrophes.
Malgré l'égalité, la fraternité, si ce mot n'est pas trop prétentieux, des trois religions nationales de la Chine, le bouddhisme est certainement en décadence. Un grand nombre de monastères, inhabités, tombent en ruines. Mais ce grand coite n'en est pas moins encore véritablement national, c'eU-à-dire pratiqué par des populations originaires du pays même. Il en est autrement des autres religions que l'on rencontre dans l'empire et dont il nous reste à dire quelques mots ici.
A Ka!-foung-fou, capitale duHo-nan, vivent quelques juifs, fort dégénérés, seuls restes des tribus sémitiques qui vinrent en Chine, sous la dynastie des Han (206 avant notre ère à 904 après), et qui s'installèrent à Nanking, à Péking et à Niog-po. Ils se sont presque tous convertis au mahométisme.
Les mahométans de la Chine, tous Sunnites, c'est-à-dire a|^rt«nant à la secte qui regarde Omar comme rhérilier légitime du prophète et non comme un usurpateur, sont
fit GORto, TORâinii; upon.
vernis ) par les provinces septentrionales, vers la vn* sîèele. Ils se sont maintenus en relations constant) leurs coreligionnaires occidentaux. Ils sont fort non dans les provinces du nord de l'empire et surUm celles de Kan-sou. Ils ont fondé des établissemenls coi ciaux très prospères. De 1856 à 1860| pour rési^r ai tentions de quelques mandarins, ils se révoltèrent en c Tinsurrection ftat terrible et causa de grands ravages.
Les chrétiens, recrutés par les missionnaires ear souvent à prix d'argent parmi les plus misérables et 1* dégradés des habitants du pays, sont i peine au n de 400 000 sur une population de plus de 400 mi C'est tout ce qu'ont produit trois sièfles d'efforts, ravant, paratt-il, les Nestoriens avaient fondé des C4 nautés prospères; mais depuis l*an 635, où les pr prêtres syriens arrivèrent à Si-ngan-fon, si Ton s'e porte à une célèbre inscription bilingue (syro-cbi leurs prosélytes ont oublié les dogmes nestoriens; ils ; converti au mahométisme, probablement à l'époc Tamerlan.
Les religions de la Chine se sont plus ou moins répi sur les pays voisins, Corée, Japon, Tonquin, Annam, bodge, Siam, etc., où ils ont remplacé de vieux cull turalistes ou animistes. On vénère encore au Tonqi esprits lutélaires des villes qu'on regarde comme d'il guerriers t déifiés >, ceux des montagnes Son-tinh^ C€ eaux thuy-tinh; il y a également ceux des premiers m des inventeurs des métiers : tho-chûy esprit du bie kUy esprit de la terre; vua-bep, esprit de la cuisine ( surtout par les femmes); ou-douy esprit des monticule nang^ esprit des arbres. Le culte rendu à ces génies c> en offrandes de fleurs ou de paquets de papiers dorés d par les voyageurs et les passants.
BOUBMUSIII lAfONA». Ut
Au JqioBy de même qa'en Chine, on voit ce spectade élouiant de troie religioiif qui coexistent pacifiquement et dont la pratique simultanée est fréquente ; le même individu peatrétre amfUeianiste^ bouddhiste ou sintoitU.
Nous avons exposé plus haut la doctrine de Gonfiicius dont le lom japonais est Kan. Introduite au Japon au vi« siècle de lotre ère avec tout son cérémonial, elle s'y propa^^ surtout jpirmi les lettrés et les gens des classes dirigeantes. Les difotSy d l'on peut donner ce nom aux adeptes d'un culte omitidlemeBt philosophique et spéculatif, se réunissent iMÊM des édifices appelés siido < maisons de sainteté » ; ce ne mt en définitive que des espèces de cercles sdentiAques anxiiaels sont annexés d'importantes bibliothèques.
Le bouddhisme a été beaucioup plus répandu. Il arriva, pir la Corée, également au vi* siècle de Tère chrétienne. Ce ht presque la religion ofiipielle, car c'était celle àessyôguns ^UnkmUf ces maires du palais, ces vice-empereurs qui usur* firent presque tout le pouvoir exécutif. Le Japon a reçu de h Chine, à Fépoque où les historiens du pays reportent Tin* Muction des deux religions que nous venons d'indiquer, peor ainsi dire les premiers éléments de la civilisation, l'écriture par exemple. Le bouddhisme chinois apportait sa iûérarchie sacerdotale, ses cérémonies pompeuses, un code complet de lois morales ; mais il ne tarda pas à se modifier, i s'altérer de diverses façons : les dieux et les saints reçurent parmi eux, sous le nom générique de (jfon-gen, de nombreux personnages locaux. Des pénitents zélés ou des missionnaires arrivèrent de Plnde avec des légendes nouvelles et des livres sacrés écrits dans la langue de Chaka (nom japonais du bouddha Çdkyamuni, que les Portugais ont écrit JTaca) : on a retrouvé de précieux ouvrages sanskrits conservés par les siu-kiu (bonzes ou prêtres), dans les téras (temples bouddhistes), du Japon; en 1881, M. Max MùUer a
■W DIVINITËS ET TEMPLES.
eu commuDicatioD d'un manuscrit en langue sanskrite qui appartient àla Bibliothèque impériale dti Japon et qui remonlerait à l'an 609 de notre ère ; ce serait ainsi le plus ancien manuscrit sanskrit connu. Les téras soni des monuments splendidement décorés; surchargés d'ornements d'or, ils renferment des miroirs de cristal ou de métal poli, symboles de la clair^'oyance divine, et des statues fondues avec une inflexible rigueur sur les vieux modèles indiens. Ou cite notamment le daïbouts (grand bouddha) de Kamakura, qui a 13 mètres de haut, et celui de Nara qui en a plus de 16 et qui pèse 450 000 kilogrammes. Les prêtres du Japon ont la tète rasée ; leurs vêtements sont en lafTetas jaune et vioUci; ils ne portent aucune espèce d'armes.
On compte sept sectes principales de bouddhistes. Les «nés et les autres se prétendent orthodoxes ; elles diffèrent surtout par des pratiques et des légendes originales, les unes et les autres relativement récentes. La secte la plus populaire est celle qui vénère Kiiannon « la déesse de la miséricorde aux mille mains secourables > ; celte divinité, d'origine chinoise (Kuanin), a trente-trois formes diverses ; la plus célèbre est une image dorée dont la tête porte une couronne de petits enfants.
Le culte populaire ne connaît pas les moulins k prières du Thibet, mais on a des bottes à < dix mille prières i et Ton sait faire des ruisseaux, par des appareils ingénieux, un viritable flux perpétuel d'oraisons. Les fidèles invoquent sans cesse le nom de Bouddha ; ils écrivent leurs demandes sur des bandelettes de papiers qui, roulées en boules, sont lancées contrel'idole ou enfouies dans lastatue creusedudiea vénéré.
Après la révolution de 1867 qui réunit tout le pouvoir aux mains du véritable empereur, du mikado, le bouddhisme fut en défaveur : on confisqua beaucoup de set temples, dont ta plupart furent transformés en sanctuaires
■HK— OUCOAUL SI
do iimta; on fondil ses doches pour en faire de la BMmBaie.
Beaaeoiqp de temples serteat coBcorreiiiiiient au deai
cultes ; une simple aatte sépare, Time de Fautie, les parties
réserfées am deux religioes. Les temples purement nu-
totslet, les mifa oa yastro, sont construits sor le flanc
d*ane colline on dans le milieu d*nn bois ; en anmt s'ouvrit
deux on trois fortt (portiques) en bois brut^ formés de denx
{KNilres verticales supportant deux poutres horizontales; les
temples eux-mêmes sont en bois simplement poli ; entourés
d'une ou ^usieurs enceintes concentriques en bois, ils ne
reoferment aucune image. Les temples bouddhistes ont
mA des font, mais ceux-là sont de formes variées ; et ils
peuToit être en bois peint en rouge, en pierre ou en bronze.
Qa'esl-ce donc que le nntoisme, la religion du stn-tô f Ge
dernier mot qui est chinois, et qui est, dit-on, le nom de la
fondatrice de cette religion, une très savante dame, désigne
le culte antique du Japon, la vraie religion spontanée et
originale qu*on appelle, dans la langue du pays, Kami-
nomitri € la voie des génies ». Nous avons vu que les temples
sintoîstes se dressent dans des endroits pittoresques, en face
de la seule nature. Le sin^tô n*est en effet qu'une religion
naturaliste : c'est le culte des forces physiques, des mânes,
ombres ou âmes des morts qui survivent dans notre pensée,
et des génies innombrables (huit millions au moins) qui
tourbillonnent, volent, courent, rampent partout dans le
monde, et se manifestent par les mille incidents de la vie.
Ces forces, ces mflnes, ces génies aériens ou terrestres {kami^
chinois sin), il convient de se les rendre favorables ; de là des
prières, des incantations, des offrandes : les torii (et Ton
prétend que ce mot veut dire c repos d'oiseau ») n'étaient
originairement que les perchoirs où l'on plaçait les oiseaux
domestiques que l'on offrait aux dieux pour les avertir du
lever du jour.
2IÎ SniTOÏSME.
Ce culte, doBt les sectateurs sont appelés sin-siu^ était purement domestique à l'origine ; mais peu à peu, il s'est constitué un clergé héréditaire, la caste des Zaysiu ou Kanntisij gardiens des temples, conservateurs des rites, officiants, vendeurs d'amulettes (morceaux de bois sacrés enveloppés de papier, etc.). Le rituel se réduit à Tordonnancement de deux sortes de cérémonies, les haray et les malzuri. Les haray sont les conjurations, les invocations, les prières ; la pratique des haray parait avoir été primitivement réservée à certaines familles nobles ; chaque localité avait aussi son haray particulier : à Nikko, par exemple, il avait pour objet les effroyables tempêtes du nord-est auquel le pays est trop souvent sujet. Les matzuri (zay chinois) sont des représentations théâtrales, des pantomimes, des processions, où les zay-siUj armés de sabres et de poignards, suivent des statues de divinités ou de personnages allégoriques portées sur les épaules des dévots.
La littérature du sin-tô est assez pauvre, et par elle le vieux culte ne nous est pas connu dans toute sa pureté primitive : on y trouve de nombreuses traces d'influences bouddhistes. Le plus ancien livre, le Vêda ou la Bible de cette religion, est le Ko-zi-ki (nom chinois) que les japonisants préfèrent appeler du nom japonais de Faru-koto-bumi. Ce recueil de traditions, de croyances et de légendes historicomythologiques n'a été rédigé que sous l'impératrice Gen-Mey^ au commencement du viu* siècle après Jésus-Christ. On raconte que cet ouvrage fut entièrement brûlé lors d'un incendie terrible qui détruisit le palais impérial ; mais par bonheur, l'empereur l'avait fait apprendre par cœur à une femme de la cour qui put le dicter exactement à des secrétaires. Quoi qu'il en soit, le Ko-zi-ki est l'un des livres les plus anciens, les plus authentiques et les plus importants de la littérature japonaise. Les autres ouvrages sintoïstes sont des formu-
LIS GUUtnnS AD JAPM. M
lairas» de purs riloels» iadigmat commettl on doit «duer U riiidMMU i^l^lWaiPJ les teaples sacrés, les châsses des dieu de le nudsoii ; prier les dieux da vent» du foyer» de Feâu, des Utriaes, des mciennes études ; invoquer les génies proteclain de Teiidroit où Ton se trouve, les mânes des ancêtres, les dieux de Tannée, etc.
Les t^nples les plus célèbres sont ceux d'Atsuma» de Hi]â-xen, et surtout ceux de Ge4cu et /Voi-ftu, à Yamada (province de Tsé), qui sont consacrés à 7<m-no-dat-tm la diesse du soleil, en japonais pur Amatérasutuhmikoio^ la patronne du Japon. Ces temples sont démolis et exactement re&its tous les vingt et un ans.
Dqmis 1880, la religion est séparée de TÉtat au Japon ; et, chose remarquable, cette réforme qui effraye les libéraux de lïmrope s'est accomplie li-bas sans difficulté ; elle y a été h conséquence de la révolution de 1867 qui pourtant avait donné l'autorité officielle au sintoîsme. U paraît qu'aiyourd*hui les libres penseurs abondent au Japon : ils sourient (nbre eux de la crédulité et de la faiblesse de leurs femmes qui ai^rennent à leurs enfants le catéchisme et sont dévotes ilenrs moments perdus, entre la toilette et le théâtre; euxiQèmes d'ailleurs, tout en se moquant de leurs ancêtres qui se tuaient sur la tombe du dâïmio leur suzerain, manquent nuement de jeter dans la tombe d'un grand seigneur la figurine d'argile qui symbolise aujourd'hui ce sacrifice traditionnel.
Faut-il parler des chrétiens du Japon? On sait que les jésuites portèrent leur religion dans ce pays au xvi* siècle, mais on sait aussi qu'au xvii* elle y fut rigoureusement interdite; une persécution implacable l'en extirpa complètement : la légende des martyrs japonais est une de celles que le catholicisme romain a le plus exploitée. On n'ignore pas davantage que c'est à partir de cette époque que le Japon fut
tu fenmrifftiuL
entièrement fermé aax Eun^éens, ce qui prouve, p renlhëse, que la propagande religieaseeatuB auxiliaire défectueux de la colonisation.