LE DOGME CATHOLIQUE DE L'AUTORITÉ
Le dogme catholique de l'autorité a mis seize siècles environ à se constituer et à se définir. Les contemporains d’Irénée et de Tertullien le virent naître; nous l'avons vu s'achever de nos jours au concile du Vatican. Dans ce long travail se condense et se résume l’évolution même de l'Eglise catholique tout entière.
Il est loisible à chacun de discerner, dans cette œuvre de l’histoire, une œuvre divine; mais alors même, on devra convenir que les voies de la Providence coïneident et se confondent cette fois avec l’action des causes historiques qui n’ont cessé, durant ce grand laps de temps, de dérouler leurs conséquences naturelles. Le miracle ou le mystère ne sont ici nulle part, et un autre Montesquieu n'aurait pas plus de peine à nous expliquer là destinée singulière de la Rome des papes, que le premier n’en a trouvé à nous faire comprendre la grandeur et la décadence non moins étonnantes de celle des rois, des consuls et des Césars. À défaut du génie, nous croyons
LA FORMULE DU DOGME + “ ne
Tout en s’accordant à professer le principe 8 général de l'autorité infaillible de l'Eglise et de sa tradition, les catholiques étaient profondément divisés, avant le concile n. de 1870, par la question de savoir où était le siège de ce principe et quel en était l'organe. | x = Depuis la fin du Moyen Age, trois écoles se partageaient les théologiens et les jurisconsultes de l'Eglise. Les uns” S suivaient la doctrine de l'Université de Paris au xv° siècle et des conciles de Pise, de Constance et de Bâle; ils met- taient l'autorité suprême dans le concile dl et lui reconnaissaient le droit de censurer les papes et même, le cas échéant, de les déposer pour cause de scandale et d’hérésie (1). Plus modérés et plus conciliants, ne vou- pe (1) Il y a eu deux gallicanismes ; celui de Pierre d’Ailly, de Gerson, de l’Université de Paris, de l’Assemblée de Bourges, de 1439, et ee & celui de Thomassin, de Bossuet et de l’Assemblée du Clergé de 1682. % # Le premier est bien plus radical que le second. Non seulement les sl conciles de Pise et de Constance jugèrent et déposèrent des papes, mais ils érigèrent en principe que par droit naturel, divin et cano- cie nique, le pape reste soumis au concile général qui a le pouvoir de le juger et de le condamner. Bien plus : l'autorité de l'Eglise et des conciles reste entière, même sans pape. Gerson : Opera, edit. Dupin, 1706, IN, De Unitate ecclesiastica; De auferibilitate Papæ. Nicoras pg CusA : De Concordantia catholica, 1437. — V. Eenranr : Hist. du a Concile de Piseet Hist du Concile de Constance, 1724 et 1727. — Vox per Harr : Hist. Concil. Const. — Bourcgois pu CHasrener: Nouv.