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Ainsi se sont formulés et établis les dogmes fondamentaux du système catholique et du vieux système protestant : l’autorité surnaturelle de l'Eglise et l'autorité surnaturelle de la Bible, amenant comme conséquence inévitable l’infaillibilité de l’une et de l’autre. Cest l'examen critique de ces deux dogmes qui s'impose à nous.
Quelle méthode leur appliquerons-nous ? Une seule est aujourd'hui valable, celle que dicte l'esprit scientifique. Dans l’ordre des sciences morales, c’est la méthode historique et critique, comprenant à la fois le témoignage de la psychologie et de l’histoire. Y a-t-il dans le cours de l'évolution historique quelque trace de l'institution surnaturelle d’une autorité extérieure et infaillible avec mission de régenter tous les esprits religieux ? Commentse sont formés les dogmes qui font de cette institution divine le premier article de la foi chrétienne? Ce sont là des questions de fait qui relèvent avant tout de l’histoire.
On écartera donc dès l’entrée tous les arguments & priori, abstraits ou utilitaires qui encombrent ce sujet, comme ceux-ci : Dieu ayant donné une révélation surnaturelle aux hommes a dû instituer une autorité surnaturelle également pour la conserver sans altération et l’interpréter sans erreur; ou bien : la plus grande partie de notre savoir provient du témoignage des autres; nous vivons de lautorité; donc il doit y avoir une autorité infaillible pour nous apprendre la vérité religieuse; ou encore : les bienfaits de Eglise et les effets de la Bible sont excellents, donc il faut que l'Eglise ou la Bible ou toutes les deux ensemble aient été instituées par un acte miraculeux de Dieu même. Il suffit d'analyser de telles argumentations pour voir ou qu'elles tournent dans un cercle vicieux, supposent ce qu’il faudrait démontrer, ou qu’elles sont insuffisantes, parce qu'il y a une distance infinie entre les prémisses et la conclusion.
A plus forte raison, on négligera largument politique auquel le nom de Joseph de Maistre reste attaché et dans lequel se résume tout son fameux livre Du Pape : I ne s’agit pas de savoir si le pape est infaillible, mais s'il doit l'être ; il n’y a pas de religion sans église ; il n°y a point d’église sans gouvernement; il n’y a point de gouvernement sans un pouvoir souverain, qui met fin à tous les litiges et à tous les débats d’une manière définitive et sans appel. C’est confondre l’infaillibilité de droit avec la souveraineté de fait; c’est faire de la vérité religieuse une fiction politique. C’est professer ouvertement qu’il n'y a ni droit pour la conscience, n1 vérité pour la raison. Les esprits politiques peuvent admirer ces raisonnements et s’en servir; aucun esprit philosophique ne s’inclinera jamais devant eux. Contre le fait brutal qui l’écrase, la raison élève une protestation qui ne se prescrit jamais.
Tout dogme a d’ailleurs une histoire : cette histoire, en l’expliquant, le juge : Die Geschichte ist ein Gericht. I y à, dans l’histoire d’une doctrine, une dialectique immanente qui en fait saillir successivement tous les aspects, en déduit toutes les conséquences, en fait éclater toutes les contradictions, en sorte qu'il suffit de la suivre pour apprendre comment un système, une institution, un dogme se sont formés et pour nous permettre d’en apprécier la valeur.
Telleest la méthode que nous appliquerons au problème de l'autorité en matière religieuse. Les deux premiers livres de cet ouvrage seront consacrés à l’histoire du dogme catholique et du dogme protestant de l’autorité. Dans le troisième, nous nous demanderons si la nature même du christianisme n'exclut pas tout régime d’autorité, si les formes autoritaires qu'il a revêtues jusqu'ici ne sont pas, dans les premières périodes de son histoire,
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(4) 2e épît. aux Corinth. II, 6 et 17. — Voir : Descartes : Le Dis- L see cours de la méthode, 1635. ScuLerermacHer : Monologues, 1800, DR trad. franc. de L. Segond, % édit, 1868; Der christl. Glaube. Einleit. 3° Ausg., 1835. d. G. Ficure : Die Bestimmung des Menschen: Edit. 4845 ; trad. franc. de Barchou de Penhoën, en 4836, sous le titre : La destination de l’homme. KETTELER, évêque de Ne NAS j | Freiheit, Autoritæt ü. Kirche, 3e édit 1864.
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