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mal des choses, la personne du Christ est essentielle dans le christianisme et pourquoi celui-ci ne pourrait s’en séparer sans mourir. Ce qui nous fait chrétien, ce n’est pas la lettre de l'Evangile, c’est l'Esprit du Christ. Or, cet Esprit émane de sa conscience. En entrant dans la nôtre, il la transforme et, d’une conscience d'homme pécheur et misérable, fait une conscience d'enfant du Père. Voilà pourquoi tout chrétien reste et doit rester attaché de
(4) Matth. XIT, 32; Lue XII, 10.
au ne de vie qu'il dbit na tes àsa personne comme |
à la source de l'inspiration sainte, sans laquelle ïl ne.
pourrait rien faire. La pleine et normale formation de kB
conscience chrétienne ne se peut faire que sous l'influence … du Christ. Il est le cep d’où la sève vient aux sarments. Sa conscience est la cellule génératrice d’où procèdent toutes les autres cellules similaires de l'organisme social que Paul appelle son corps et dont son Esprit est l’âme commune et souveraine.
On voit dès lors dans quel sens le Christ reste média-
teur. Ce n’est pas dans le sens hiérarchique où les catholiques ont institué la médiation de la Vierge Marie et des saints ; ce n’est pas pour que nous ayons un Dieu secondaire plus humain et plus accessible à nos plaintes et à nos prières. Nous ne nous adressons pas à Jésus pour nous dispenser d'aller au Père. Bien loin de là, c’est pour trouver le Père que nous allons à Christ et restons près de lui. C'est pour que sa conscience filiale devienne la nôtre, que son Esprit devienne notre esprit et que Dieu
habite immédiatement en nous comme il habitait en lui.
: Rien de cela ne nous fait sortir de la religion de l'Esprit.
Tout, au contraire, la scelle et la confirme.
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FOI, CROYANCE ET THÉOLOGIE On a soigneusement distingué, dans ce qui précède, entre la foi et la croyance, réservant le premier terme à l'acte du cœur et de la volonté, à l'acte essentiellement moral par lequel l’homme accepte le don et le pardon de Dieu et se consacre, et le second, à l'acte intellectuel par
lequel l'esprit donne son adhésion à un fait historique et à une doctrine. Cette distinction est devenue nécessaire de nos jours (4) pour quiconque veut arriver à saisir le caractère propre de l'Evangile du salut et savoir par quoi il nous sauve. Ce qui sauve l’âme, c’est la foi, non la croyance. Dieu demande le cœur de l’homme parce que le cœur changé et gagné entraîne tout le reste, au lieu que le don de tout le reste sans celui du cœur n’est qu'apparent et laisse l’homme dans son premier état.
Est-ce à dire que, psychologiquement, la foi puisse jamais se rencontrer sans quelque croyance et le sentiment sans l’idée, ou que les doctrines soient indifférentes à la piété? Ce seraient là deux propositions absurdes, qui ne sauraient venir à l’esprit d'aucun homme raisonnable. Tout acte psychique tend à devenir conscient et engendre par cela même une image représentative el suggestive, une idée, non seulement capable de perpétuer le souvenir de Pacte, mais encore de le faire se reproduire. Mais cette liaison organique de l’élément moral et de l’élément intellectuel dans l’acte religieux de la foi et de la conversion, ne saurait nous empêcher de marquer la nature spécifique de chacun d’eux et d'observer que ce qui est d'ordre intellectuel dans la foi n’est pas ce qui en fait la vertu salutaire, par cette double raison que les opérations intellectuelles obéissent à des lois autres que celles qui régissent la volonté morale, et que le don de Dieu dans l'Evangile, étant un acte moral en Dieu, ne peut être reçu ni même reconnu que par un acte moral correspondant en l’homme.
Les révélations morales de Dieu s’accompagnent d’une
(1) Personne n’a plus contribué, en ces derniers temps, à répandre cette heureuse distinction que M. E. Ménécoz. — Voyez Publications diverses sur le fidéisme, 1900.
De mi
. activité morale de l'esprit. Son die e pee . une
s’opérant dans les dispositions morales de l’âme, et sa fin, une entière et définitive consécration à la volonté de Dieu. La foi suppose sans doute la bonne nouvelle entendue, mais elle ne naît que du témoignage de Dieu en nous.
D'une autre nature est l'acte par lequel l'esprit tient
réalité morale ou religieuse qui se manifeste immédiate=. ment à la conscience sans autre démonstration que à démonstration intérieure du Saint-Esprit. Voilà pourquoi le vrai commencement de la foi, c’est un changement
pour vraie une histoire ou une doctrine sur l'autorité
d’une tradition, d'un témoin ou d’un tribunal quelconque. La certitude d’une telle croyance n'est ni de la même
espèce ni du même degré que la certitude de la foi. La
croyance et la foi ne se ruinent ni ne se restaurent par
les mêmes causes. Seuls le péché et la frivolité du cœur,
la mort de la conscience, troublent d’une façon très grave
le rapport essentiellement moral de l’âme avec sa loi
idéale, le principe intérieur de sa vie, c'est-à-dire son
Dieu. Affaiblie ou éteinte, la foi peut toujours renaître dans le recueillement, le repentir et la prière. Une
croyance, au contraire, que la critique a démontrée erronée ne se relève plus. Le doute la ronge jusqu’à ce qu'une nouvelle conception des choses la fasse disparaitre et la
remplace. L'inspiration verbale de la Bible, les posses-
sions démoniaques, l’origine mosaique du Pentateuque étaient jadis des croyances, aujourd’hui elles sont éva-
nouies. La croyance, érigée d’ abord en dogme, se dégrade
peu à peu, devient une opinion et ensuite fait place à une autre. Cest l’inévitable loi de l’évolution historique
des idées humaines. Toute foi religieuse et morale s’en- veloppe d’une forme intellectuelle pour se manifester et se propager. Mais cette forme intellectuelle est toujours fatalement inadéquate à son objet et partant symbolique; elle souffre avec le temps des interprétations nouvelles ou des modifications profondes. La trame reste continue dans une religion active et vivante, mais le tissu diffère; il y entre sans cesse des fils nouveaux et il en disparaît des éléments anciens, usés et caducs. Cest pour cela qu'il y à une histoire des dogmes. Celle des dogmes de l’expiation et de la divinité du Christ est particulièrement instructive.
Cette mobilité des formes de la croyance a pour effet de contraindre la foi, qui d’abord en paraît solidaire, à prendre une plus claire conscience de son principe et de son indépendance native. Dans l'Ancien Testament, elle était liée aux observances légales. Chez saint Paul, elle se dégage de la Loi mosaïque, dont toute la partie rituelle est frappée de mort. Chez Luther, elle s'affirme indépen- -dante des commandements de l'Eglise. L’orthodoxie protestante qui survient ensuite veut l’enchaïiner à un certain nombre de dogmes. De nos jours, elle lutte encore et triomphe en se distinguant nettement de toutes les formes de la croyance.
Plus on insistera sur cette distinction capitale, plus il conviendra de mettre en lumière la liaison organique et la solidarité vivante de la doctrine et de la foi. Dans le domaine de la vie de l’âme, tout se tient et s’enchaine; c’est une série ininterrompue d'actions et de réactions de tous les éléments les uns sur les autres. L'interruption momentanée, c'est la maladie; continue, c’est la mort. Si la foi engendre la doctrine, la doctrine à son tour peut produire la foi, et, en tous cas, elle la soutient ou la para-
lyse. Aucun sentiment n’est stérile pour la pensée, aucune. pensée n’est stérile dans la vie du cœur. L'erreur a ses conséquences funestes comme le bien voulu et accompli a ses inspirations lumineuses. La vie est antérieure à la pensée, la religion à la théologie ; mais le travail de la pensée enrichit ou appauvrit la vie; et la théologie sert ou compromet la religion. De là, l'importance d’une bonne et saine théologie.
La théologie naît spontanément de la foi comme la philosophie, de l’expérience. Elle aura une double fonction et un double caractère : elle sera simultanément critique et positive.
Critique, elle doit aider la conscience chrétienne actuelle à se rendre compte de son principe, à le saisir dans son originalité native et sincère, à le dégager des erreurs contraires qui, sans cesse combattues, renaissent toujours et menacent de l’étouffer.
Il y a, d’une part, le paganisme et le judaïsme qui altèrent l'esprit chrétien dans son essence même, et de
l'autre, le traditionalisme qui lui ravit la liberté, et l’in-
dépendantisme qui, en le détachant de ses racines, en laisse perdre toute la sève.
La tendance paienne trouve son expression la plus
visible et la plus grossière dans le catholicisme, dans la
constitution de la hiérarchie sacerdotale, dans l’opus operatum des sacrements et dans toutes les pratiques superstitieuses dont la dévotion catholique ne cesse de s’encombrer. Mais c’est légèreté d’esprit et illusion de ne la voir que là. L'essence de l'erreur païenne, c’est d’enchaîner Dieu et son action dans une forme extérieure et de laisser sombrer l'esprit dans la matière. Toute tendance à matérialiser et à localiser la religion, à supprimer la liberté de l'Esprit de Dieu, à en compromettre la trans-
cendance par rapport à toutes les créations et institutions contingentes de l’lStoire, reste entachée de paganisme. C'est encore du paganisme que d'oublier la sainteté de l’idéal chrétien, que de laisser s’affaiblir la conscience du péché et de la responsabilité de l’homme, comme cela n’arrive que trop souvent de nos jours dans ces prétendues renaissances religieuses baptisées de noms divers : christianisme littéraire, néo-christianisme, religion de la souffrance humaine et autres formes d’un mysticisme où l’adoration se change en volupté esthétique. La piété, dès qu’elle se décharge du lest de la conscience morale, se perd dans les nuages et s’évapore en poésie.
L'erreur contraire, c’est l'erreur juive, la tendance légahste et pharisaïque; c’est l'autorité extérieure de la lettre mise à la place de l'autorité intérieure de l'Esprit; c’est la religion conçue et pratiquée comme un contrat ; c’est l'homme et Dieu extérieurs l’un à l’autre et faisant chacun ses conditions ; c’est non seulement la racine du mysticisme chrétien coupée, mais la loi mise à la place - de la grâce, et le salut par les œuvres à la place du salut par la foi. Dès lors, dans l'Eglise chrétienne, toute tendance à altérer la pure notion religieuse et morale de la foi, et à ajouter à cette condition unique du retour confiant au Père toute autre condition extérieure — soit dévotion à suivre, soit croyance traditionnelle à professer — est entachée de pharisaïisme, blesse ou altère le principe du christianisme.
Contre l'erreur paienne, la théologie se gardera par le symbolisme critique, qui lui permettra, sans méconnaître la nécessité historique des rites et des formules, d'en dégager sans cesse le principe idéal de la religion en esprit et en vérité et de laisser agir celle-ci comme un ferment puissant de réforme, de progrès, d’ascension vers la vérité
éternelle. Contre l'erreur juive, la pensée chrétienne se défendra par le fidéisme, c’est-à-dire par un attachement toujours plus striet au contenu primitif de l'Evangile du salut par la foi seule. La synthèse vivante et pratique du symbolisme critique et du fidéisme, du contenu moral et du caractère libre de l'inspiration chrétienne, se trouvera dans la religion de l'Esprit (1).
Deux autres tendances, filles déguisées de celles que nous venons de dénoncer, menacent cette religion de l'Esprit : l’une, c’est le {radilionalisme, où se fige l'Eglise romaine ; l’autre, c’est l’indépendantisme ou le faux individualisme, par lequel les Eglises protestantes s’émiettent et leur activité s’évapore et reste socialement stérile. Diviniser le passé dans tous les moments et dans toutes
-les formes de son développement historique, c'est le sous-
traire à la critique et par suite à toute réforme sérieuse ; c'est arrêter le progrès nécessaire. En vain essaie-t-on aujourd'hui, après Mœhler et Newman, d'introduire dans la tradition catholique l’idée de l’évolution, ce n’est qu'une apparence. Cette tradition, étant consacrée à jamais comme infaillible, devient une masse énorme dont on ne peut rien laisser tomber ou renier et dont le poids grandissant étouffe fatalement toute initiative nouvelle de l'esprit chrétien. Agissant suivant la loi des affinités, les Superstitions du passé ne peuvent plus que favoriser des superstitions nouvelles. 1 n’y a pas d'autre raison à la pente toujours plus rapide que descend depuis deux siècles le catholicisme romain. La même tendance donnerait les mêmes fruits dans le protestantisme lui-même, si
(1) Charles Lerrèvre, La Maîtrise de l'Esprit. {Celte note est de M. Sabatier, qui avait pris connaissance, dans sa Société de théologie, d’un fragment important de la thèse de M. Lelièvre, alors manuscrite et publiée seulement en juillet 4901 Al
Û servir FR crc et æ on En réalité, le protestantisme souffre d’un mal contraire. sil le ice ne les Des vivants de
. T'individu à l'espèce, lent à sa oe Re. à société. Ni la vie, ni la pensée individuelles n’ont une * plénitude absolue. S’imaginer qu’elles sont indépendantes : | etse peuvent suffire est une illusion. L’adage populaire a une vérité profonde : € On est toujours le fils de quel qu’ un ». La physiologie le constate, l’histoire le démontre. Le chrétien protestant qui s ‘isole et, se mettant unique- : ment en face de sa Bible ou de son inspiration individuelle, croit en tirer toute la vérité religieuse, vit et. pense dans le faux. Son intransigeance vient de son ignO= rance et le condamne a y rester. Au point de vue de la - vie morale comme à celui de l'existence matérielle, nous ; à avons besoin les uns des autres. Notre expérience indi- viduelle n’est qu'une partie de l'expérience totale faite au ‘sein de l'humanité; et, séparée de cet ensemble, elle court. grandement le risque ou de s’exagérer sa propre valeur … ou de la voir se perdre et aboutir soit à l’orgueil le plus naïf, soit au scepticisme le plus découragé. Voilà pourquoi le témoignage d'autrui et la communion avec nos frères | nous sont nécessaires. Ce n’est que dans cette solidarité sociale que la vie chrétienne peut s'épanouir et trouver tout ensemble la santé et la sécurité. Un christianisme qui n’est pas social n’est qu'un christianisme infécond et 1e
rabougri.
La religion de l'Esprit devrait done concilier ce qu'ont de vrai le principe catholique et le principe protestant, en les dépouillant de ce qu’ils peuventavoir l’un et l’autre de faux et d'étroit. Elle ne peut y réussir que par lhistoire et la psychologie, les deux mamelles toujours fécondes d’une saine théologie. La psychologie de la conscience chrétienne la confirmera dans le sentiment de sa valeur propre et de son indépendance. L'histoire lui donnera celui de la continuité du développement religieux et moral dans la race entière. La foi, racine intérieure de la religion de l'Esprit, crée d'elle-même deux sentiments : celui de la liberté, par lequel l'âme se possède et s'affirme, et celui de l’amour, par lequel elle se donne et communie avec la création tout entière. L’un la recueille et la replie sur elle-même; l'autre la fait sortir d'elle et se répandre. Le premier la rend capable d’une résistance invincible à toutes les tyrannies; le second la rend capable de tous les sacrifices et l’incline à toutes les accommodations franches et légitimes. Celui-là maintient la vie individuelle ; celui-ci cimente la vie sociale. A la foi tout est possible; -à l’amour tout est facile. La religion de l'Esprit est faite de foi et d'amour. Ce sont ces deux dispositions nécessaires que la théologie doit se donner la tâche de développer et PR