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LE SENS DU DOGME

Il semble difficile de contester le sens ou la portée d’un dogme formulé avec cette précision juridique. Rien de ce qui intéresse la vie du chrétien ou de l'Eglise n’est hors de lui. Dés lors, à quoi peut servir de discuter lon-

(4) Léon XIIT. Encycl. : Immortale Dei, 1885.

Non absimili modo Pius IX, ul sese opportunitas dedit, ex opinionibus falsis quæ maæime valere cæpissent plures notavit easdemque posteæ in unum cogi jussit (Syllabus) wé in tanta errorum collusione haberent catholici homines quod sine offensione sequerentur... Itaque in tam difficili rerum cursu catholici homines, si nos ut oportet audierint. facile videbunt quæ sua cujusque sint tam in opinionibus quam in. factis officiaæ. Er IN OPINANDO QUIDEM QUÆCUMQUE PONTIFIGES ROMANT TRADIDERINT VEL TRADITURI SINT, SINGULA NECESSE EST ET TENERE JUDICIO

ee qui n'est jamais laissé au pa . sens dique

Dès qu’un catholique fidèle conçoit un doute là-dessus, son premier et sacré devoir est, non pas d'en tirer un prétexte pour ne pas obéir, mais d'en référer au Siège romain lui-même, qui demeure ici comme en tout le reste,

s eu et souverain juge. Aucune opposition d'aucune sorte Der ne peut tr ouver dans la formule du dogme un point d'ap- +

pui légitime. Certes, les. papes peuvent sur des points in-

différents à leur autorité laisser subsister, et ils laissent su en fait subsister dans PEglise ou l'Ecole, une certaine à

À dherté: Mais ce n’est pas une liberté fondée en droit, je + veux dire dans la dignité de l'esprit ou de la conscience. Elle n'existe jamais que sur les points et dans les limites où il plaît au Siège romain de la tolérer. | ce . Ne pouvant plus contester le caractère absolu du ne. dogme, les catholiques libéraux s'efforcent de l'annuler __ enle réduisant à un pur symbole. A les entendre, la per- sonne du pape parlant ex cathedra, n'aurait qu’une va- se leur représentative. La proclamation de son infaillibilité n'aurait rien changé dans l’Église. La voix pontificale ne be serait jamais que l’écho de la voix de la chrétienté catho- | lique. C’est dans celle-ci que résiderait essentiellement | l'inspiration infaillible. Le pape serait l aiguille extérieure je fe $ qui marque l'heure au cadran de l'Eglise, mais qui, ent réalité, est mue elle-même par des ressorts plus cachés,

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| STABILI COMPREHENSA ET PALAM, QUOTIES RES POSTULAVERIT, PROFITERI AG NOMINATIN DE IIS QUAS LIBERTATES VOCANT NOVISSIMO TEMPORE QUÆSITAS OPORTET APOSTOLICÆ SEDIS STARE JUDICIO ET QUOD IPSA SENSERIT IDEM SEN- ‘TIRE SINGULOS, ETC. Re

DÉFINITION DU DOGME Lo

par les mouvements mystérieux et profonds qui naissent et se suivent dans la con$Cience générale du corps entier. L'Eglise n’obéit au pape qu’en apparence; c’est le pape qui obéit en réalité à l’âme de l'Eglise.

L'identification du pape et de l'Eglise se trouve ainsi posée à la fois par les libéraux et par les ultramontains. Les uns s’en servent pour annuler le pape; les autres pour annuler l'Eglise.

La vérité du dogme se trouve chez ces derniers. Pour la faire éclater à tous les yeux, ils n’ont qu’à rappeler ce membre de phrase du décret : Pontificis romani definifiones ex sese, non aulem ex consensu ecclesiæ irreformabiles. D'où il appert, que linfaillibilité du pape est bien personnelle, indépendante et absolue. Cette séparation du pape et de l'Eglise, de la tête et du corps, est même la grande nouveauté du Concile du Vatican et sans doute la plus dangereuse. C’est par là que le concile rompt avec la tradition antérieure et ouvre une ère nouvelle dans l’évolution historique du catholicisme.

Rétablissons donc contre tous les subterfuges l’intégrité d’un dogme que des consciences timides ne peuvent se résoudre n1 à repousser ni à accepter plemement. Le pape ne dépend que ‘de Dieu. Cest de Dieu immédiatement qu'il tire ses lumières, ses grâces et ses pouvoirs, qu'il transmet ensuite, avec une autorité divine, aux évêques et, par eux, à l'Eglise entière. Vouloir renverser l’ordre de cette hiérarchie, faire dépendre la vie et la foi de l'Eglise, du Saint-Esprit par voie directe et communication immédiate, en sorte que l'inspiration du pape ne serait qu'une inspiration dérivée, c’est détruire de fond en comble le nouveau:dogme. Le Saint-Esprit n’est pas dans le pape parce qu'il est d’abord dans l'Eglise, comme puissance invisible et immanente; il n’est dans l’Eglise

que par l'intermédiaire et par la présence visible du pape (1). Comme la grâce est liée à la matière visible du sacrement, de même le don de l'Esprit est lié à la personne du Souverain Pontife. Son infaillibiité personnelle qui arrive historiquement comme le couronnement de l’édifice, en devient dogmatiquement l’assise fondamentale. On n’est en communion avec l'Eglise qu’en restant dans la communion du pape. Si, par impossible, le corps entier de l'Eglise, c’est-à-dire la totalité des évêques, des prêtres et des fidèles venait à se séparer du pape et à rejeter ses définitions et ses ordres, ce n’est pas le pape qui serait dans l’erreur, c'est l'Eglise elle-même qui serait hors de. la vérité.

Les canonistes romains ont d’ailleurs déduit avec une logique invincible toutes les conséquences pratiques qui découlent de la formule du dogme. Aucune issue n’est laissée ouverte à ceux qui voudraient sy soustraire. Voici ce qui est enseigné, dans les cours de droit canonique, à l’Université romaine, avec et sous l'autorité du Pape :

Au Pontife romain sont dus par tous les catholiques l'honneur et l’obéissance, quand même — ce qu'à Dieu ne plaise — ce pontife serait un méchant homme (2).

C'est une erreur de prétendre que la puissance du pape puisse être liée par les canons du droit ecclésiastique, par les coutumes et les institutions de l'Eglise: le pape

(4) Pezzani. Codex S. Ecclesiæ romanæ, 4893. Canon 35, p. 96 : Fundamentum enim sustinet domum, non domus fundamentum. Petrus autem est Ecclesiæ fundamentum. Est ergo Petri fides quæ Ecclesiæ fidem sustinet non e contra.

(2) Pezzani : Codex S. Eccl, rom. can. 29 : Romano Pontifici ab omnibus honor et obedientia debetur, etiam si matus sit, quod Deus avertal.

est au-dessus du droit canonique. Quant au droit divin ou naturel, sans doute lé pape ne peut s’en affranchir, mais il en demeure l’interprète suprême et infaillible, en sorte, qu'en fait, on ne peut jamais être en droit de les lui opposer. De même il serait oiseux ou même ridicule de lui opposer les Saintes Ecritures et la tradition catho: lique, puisqu'il en possède seul la clef, c’est-à-dire l'interprétation authentique et légitime (1).

Le Pontife romain à une pleine autorité sur tous les Conciles, même sur les œcuméniques.

Quand il fait un Concordat avec le chef d’un Etat politique, ce Concordat n’est pas le moins du monde un contrat synallagmatique et égal des deux parts. Le prince est tenu de s’y conformer, parce que son devoir de chrétien est d’obéir au Saint-Siège. Mais le pape, en acceptant un Concordat, fait une concession purement gracieuse et toujours révocable, dès que cette concession peut tourner au détriment de l'Eglise ou simplement cesse d’avoir pour elle quelque utilité (2).

Même en fait d'opinions qui ne concernent ni le dogme ni la morale, c’est une obligation stricte que de recevoir et de professer, le cas échéant, toutes les instructions et directions passées, présentes ou futures des souverains Pontifes. Et ce ne serait pas assez que d'y obtempérer extérieurement en gardant le silence et le respect. La

(1) Ibid. Can. 33 : Romanus Pontifex qui jura omnia in scrinio pectoris sui censetur habere, est supra jus canonicum. — Le pape a le droit de désigner, s’il lui plaît, son successeur (Can. 48). Et encore, Can. 30 : R. Pontifex leges pro tota ecclesia condere et confirmare potest, vel conditas certo et authentico sensu declarare, vel illas relaxare, vel etiam abrogare.

(2) Ibid. Can. 34 et comment.

Eee M meure, eue ue cœur a.

= Lorsque la foi n’est plus que la soumission à une autorité extérieure, la théologie se réduit nécessairement à la rédaction d'un Code de droit canonique. Une discussion DS élève-t-elle encore dans l'Eglise, les partis en lutte cesk sent bientôt d’ argumenter et cherchent à provoquer une décision de la Cour de Rome, qui écrasera l'adversaire et. Re mettra fin à la dispute. La vérité religieuse n'est pas re affaire de science et de raison, mais de politique et de AS diplomatie.

__ Dans le système romain, il serait ue impossible de trouver le moindre point d'appui pour une opposition 54 constitutionnelle à la souveraineté du pape. Le gouver- nement du pape étant le gouvernement de Dieu, est nécessairement absolu. Le fond du dogme du Vatican, es c’est la théocratie (2). 4 POS la parole du pape est la source de la vérité, Re dot re

du salut des individus et des peuples, si ses prescriptions doivent faire loi, par cela seul qu’elles viennent et por- : tent son sceau, il est évident qu'aucun sentiment humain,

(4) Ibid. Can. 29, p. 81 : Nec sufficit ut obedientia sit externa, sed \g etiam interna esse debet, neque contenta obsequioso silentio. — Pie IX. ‘, Constitutio. Quanta cura 186% : Atque silentio præterire non pos- ne sumus eorum audaciam qui, sanam non sustinentes doctrinam, conten- Ke dunt illis apostolicæ sedis judiciis et decretis quorum objectum ad Fo bonum generale ecclesiæ ejusdemque jura ac disciplinam spectare de- È . claratur, dummodo fidei morumque dogmata non attingat, posse assen- + sum et obedientiam detrectari absque peccato et absque ulla cathohes * professionis jactura. Se :

(2) Ibid. Can. 40 : Pontifex Romanus a nemine judicatur. 1pse suam = causam judicat. — Can. 49 : Ejectionem Pontificis R. Dominus sibi reservavit, °#

ds et la in + re "+ Ne se de e l'infoillibilité du pape di bien ne chose

D nn d | fait, Fo a ses organes, ses Fa naires, sa cour, ses magistrats. Du même coup, la curie ee romaine est élevée de l’ordre politique à l’ordre surnaturel et divin, pour servir d’organe au pouvoir le plus illimité

= que le monde ait jamais connu. M ©)

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PRE es pouvoir are Depuis le xvr siècle, d’ail- 6 leurs, un mouvement continu d’émancipation mettait h° PDA des Etats modernes, la science, l’éducation et la vie civile hors de la tutelle effective de l'Eglise. Dans l’ordre temporel, la prétention de la théocratie romaine | reste à peu près inoffensive, grâce à l'impuissance maté- | kg = rielle du pape. Mais elle n’en subsiste pas moins comme autorité métaphysique et morale, dont l'action est encore > . d’une portée immense. A ce titre, elle relève de la discusce sion, et c’est la discussion qui constitue pour elle le plus. grave danger. Elle ne saurait s’y soustraire, et elle ne ; peut la soutenir. Une autorité qui discute cesse d'être une autorité absolue, puisque le seul fait de discuter et. de donner des arguments, c’est reconnaître au-dessus d’elle le tribunal même de la raison.

Telle est la contradiction où le dogme du Vatican a réduit la théologie catholique. Celle-ci ne peut essayer be de le démontrer, sans le ruiner par cela même.

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