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LA RACINE DU DOGME ET SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS

Considéré isolément, le dogme de l’infaillibiité d’un seul homme auquel tous les autres sont obligés en conscience de soumettre la direction de leur pensée religieuse et la conduite de leur vie morale, reste incompréhensibleet intolérable comme un défi au sens commun. Mais le dogme catholique s'explique très facilement au point de vue historique, si on l’étudie dans sa liaison profonde avec l’évolution antérieure de l'Eglise. Il en est l'aboutissement logique et la conclusion.

Cest dans la notion catholique de l'Eglise elle-même que le dogme nouveau a sa racine. Il en est sorti comme la plante sort du germe mis en terre. L'infalhbilité du pape n’est que l'expression dernière et la forme achevée de l’infaillibiité de l'Eglise. Que serait une infaillibilité abstraite qui n'aurait pas, pour s'exercer et régner dans es faits, un organe infaillible comme elle? L

L’infaillibilité du pape dérive de celle de l'Eglise en droit et en fait.

En droit, la thèse est claire ; un syllogisme suffit à l’établir. Si le Concile est infaillible, le Pape l’est aussi, car le Concile l’a déclaré tel. Si le Pape ne l’est pas, le Concile œcumenique ne l’est pas non plus, et, dans ce cas, l'autorité du Concile est détruite, et le système de l’autorité catholique s'écroule tout entier.

On comprend ainsi pourquoi le nouveau dogme, pour inoui qu'il parût être, triompha si aisément de ses adversaires. L'opposition qu'on lui fit au Vatican et dans

i DÉFINITION DU DOGME. 43

l'Eglise fut vaine, parce qu’elle était sans principe et sans base. Il ne restait aux Gallicans et aux Catholiques libéraux que des arguments de procédure. Ils s’en prenaient à des vices de forme, soit dans la convocation, soit dans les délibérations et les scrutins du Concile, armes débiles qui échappaient encore à leurs mains tremblantes, du moment que le Concile avait lui-même jugé ses opérations régulières. Les opposants se trouvaient ainsi réduits à l'alternative de se soumettre sans condition ou de persister dans l'attachement à leur sens individuel, principe du protestantisme et de toute hérésie. Il est logiquement impossible aujourd’hui de croire à l’infaillibilité de l'Eglise sans croire à celle de son chef, car la première n’a plus d'autre expression réelle que la seconde.

Le fait parle encore plus haut que le droit, et l’histoire plus fort que la logique.

Après avoir été, aux temps apostoliques, une pure démocratie, l’Église devint une grande fédération gouvernée par ses évêques : ce fut un régime aristocratique. Ensuite, la primauté de l’évêque de Rome en fit une monarchie, d'abord tempérée par les Conciles, puis, de plus en plus centralisée, omnipotente, enfin absolue. La même nécessité politique qui avait élevé l'évêque du second siècle audessus du Conseil des Anciens pour en faire le symbole et le représentant de l’unité de l’église locale, a élevé l'évêque de Rome au-dessus des autres évêques et en a fait la personnification et la tête de la catholicité tout. entière. La personne du Souverain Pontife ne doit donc pas être considérée en elle-même comme une individualité empirique et ordinaire ; elle est essentiellement représentative et symbolique, comme la personne du prêtre à l’autel ou au confessionnai, comme la matière apparente dans le sacrement. Un mystère s’accomplit en elle dans

| bla concentration de toute hole comme l'Eglise, : i son tour, dans toute sa hiérarchie et dans toute son étendue, n'est que le déploiement dans le temps et l’es- pace de ce qui est d'abord dans la personne même de son E $ chef. Re Le pape est le soleil qu les évêques et jé prêtres sont les rayons pour porter jusqu'aux extrémités du corps de l’Eglise la lumière et la vie. Les évêques ne pourraient désormais contester la prérogative de la Lie sans ruiner du même coup la leur propre.

Ainsi, le dogme de l’infaillibilité personnelle du pape, | par toutes ses racines, se ramène au dogme plus général | 1 de l’infaillibilité de l'Eglise. Il en est la forme nécessaire et suprême. Sans doute, cette forme annule et remplace

les formes précédentes : autorité des évêques et des é. Conciles; et dans ce sens, il est vrai qu'elle a opéré dans l'Eglise un grand changement et même une révolution. Mais cette révolution s’est faite dans le même sens que . les précédentes et a réussi en vertu de la même logique 14 et pour les mêmes raisons. Le principe reste le 1 même à

sous la variété mobile de ses manifestations, et ce principe réside en ceci que l’infaillibilité de l'Eglise ne peut : s'exercer et apparaître qu'en sortant de l’abstraction et . 1% en s’incarnant, pour ainsi parler, dans un organe visible : È prêtre, Concile ou pape (1) : 14

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(4) Voy. Scnerer. Etudes sur la litt. contemporaine, V. p. 341-361, <.

la Papauté, l'Église et la Société moderne. ‘ Voir : P. Prraou : Les Libertés de l'Eglise Gallicane, 4594. Taowassin : Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, 1678-79, ? et Dissertations sur les conciles. Bossuer : Sermon sur l'unité de à l'Eglise et la déclaration de 1682. Frayssinous : Les vrais Hrin 10 cipes de l'Eglise Gall., 1818. Nippozp : Handb. der neuesten Kirch.-

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d’un élément doctrinal, à sa garde le dépôt surnaturel de la

“é Eglise s’arroge, et pla soumission lie qu’elle réclame 4 2

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‘i de tous à ses HyStèreS * à ses us re êlé-

no est D RépiSdopats sans lequel: la tradition doctrinale Tete rai incertaine et vacillante comme toute tradition hu- F | maine. Constitué en son essence, par la théorie de la | Succession apostolique, l’épiscopat forme à travers les : siècles une chaîne vivante, parallèle à celle de la tradition ë doctrinale et rattache sans interruption l'Eglise présente : à ses origines surnaturelles, c’est-à-dire aux apôtres, au | s Christ et à Dieu. ; 1 tradition, sacerdoce surnaturel, | épiscopat, pa=

5 “ juger en toute or qu’ en‘en ni la longue

genèse. Nous allons voir successivement les divers facne. dont il est Ke fruit se développer dans l’histoire 0 = :

; geschichte, 26 édit. 1868. MareT : Défense de l'Eglise contre les accusations du P. Gratry. DE Sura : Du Concile général et de la paix religieuse, 1869. Janus : Der Papst u. das Concil, 1869. P. Grarry : Lettres sur le pape Honorius, 1870. P. PerRONE : Prælectiones theol., I et II. D: GUERANGER : De la Monarchie pontificale à propos du livre de Mgr de Sura, 1870. Lord Acron ftrad. de l’anglais, par Reischl) : Zur - Geschichte des Vatik. Conc. , 1871. A. Harwacx : Dogmengeschichte, 4890, LIT, p. 565-653. Frierica : Tagebuch, 2° édit. 1873. Gesch. des Vatik. Concils, 1877-81. 7 Pressensé : Le Concile du Vatican, 1872. H. M, Pezzani : Codex S, C. R. Ecclesiæ Romæ, 1893. BELLARMIN : de __ summo pontifice. — DE MaisrRe : Du pape. — Acta et Decreta | Goncili Vaticani, 1891 (Collectio Lacensis VIT).

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