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LA PREMIÈRE TRADITION CHRÉTIENNE

Il ne faut pas prendre au christianisme naissant l’idée

naiqu'en donnent son organisation etsa dogmatique au temps ue: Constantin, encore moins dans les temps modernes.

Entre le premier âge et les âges suivants, il y a la diffé-rence de la matière en fusion, g gazeuse ou liquide encore,

“et. de la matière solidifiée et de

__ L'unité de l’association naissait spontanément de l'unité des cœurs et de la communauté d’une ardente espérance.

La profession de foi des premiers chrétiens était courte : « Jésus de Nazareth est le Messie », et leur mot d'ordre plus bref encore : Maranatha, « Notre Seigneur va venir ». Ils vivaient tous, sans exception, dans la croyance alors

si répandue, que les derniers jours du monde actuel étaient

arrivés, et cette croyance, en leur enlevant l’idée d’un long

avenir, les dispensait en même temps de tout souci et de

# toute peine en vue de fonder un établissement durable ici-bas (2). :

& Hom. CIEL NA lettre de Pierre à Jacques, premières lignes ; Recognitiones, I, 2 et 25 ; II, 45 ; X, 42. Voy. encore: Act. XV, "XXI, 20 etss. Gal. IT, 4-15. On sait. que Basilide et Valentin se pré- “valaient aussi d'une tradition apostolique particulière,

A er ]

(2) Matth. III, 2; Marc, I, 45, IX, 4 et paral.; Matth. XXIV, 33

és:

celle de l’Egl on elle croit retrouver De “4 cette société primitive, sa propre image. Nous sommes dans l’âge du messianisme apocalyptique, de l'inspiration libre, des dons miraculeux de l'Esprit (1). | ne “æ Jésus n’a rien écrit, ni rien fait écrire. Jamais il n’a = songé à donner un second tome à la Bible des Juifs, encore moins à créer un autre ordre sacerdotal et des. à = cérémonies nouvelles. Il n’a laissé ni dogmes, ni règles, 3 = autres que les sentences du Sermon sur la montagne, ou à | FE enseignement de ses paraboles et les promesses de son retour. Il n’a voulu avoir que des apôtres, c’est-à-diredes « messagers », pour aller prêcher partout que les temps étaient accomplis et que le royaume. des cieux était en train de venir. Si de la prédication de cet Evangile, il est sorti une religion nouvelle, c’est que sous les formes messianiques qu elle a revêtues tout d’abord, il y avait le sentiment contagieux d'un . rapport tout nouveau, d’un rapport filial avec Dieu, une révélation nouvelle de Dieu | dans le cœur de l’homme, ferment divin, grâce toute puissante qui allait régénérer et féconder toute ei Vié: dei l'humanité.

Le Maitre confia donc son Evangile { à la is et vivante prédication de ses disciples et à l'assistance de l'Esprit. Mais, en se répétant, les discours prennent des formes stables. Ainsi naissait spontanément la première tradition chrétienne, comme toutes les traditions historiques; elle se formait naturellement des récits la vie, de la mort

dont ‘oi RES

et PE Cor. VII, 29 ; Gal. I, 4; 2 Tim. II, 1 ; 4 Pierre 1,5: Jacq. V, 3, 8 et 9; Apoc. I, 4 et XXI, 20 ; Hébr. x, 25, 37: 4 Jean IT, 18. Doctrine des Apôtres, c. XVI. +

(1) Voy. la description de la vie intérieure de la première com- RS munauté corinthienne. 4 Cor. XII, XIV.

; | Catte baditioni s ent de jour en jour, ie e) cercles chrétiens, de ce.que chacun avait appris et racontait : Es des « faits et des dits » du Maître, comme 8 ‘exprimait au un second siècle Papias, l'évêque de Hiérapolis, si curieux x et si avide de ces paroles des anciens témoins. Aussi ca voyons-nous, au bout de vingt ou trente ans, le message évangélique et la substance de la prédication chrétienne i communément désignés par les termes de € tradition », TK 4 de «€ type d'enseignement », de « bon dépôt » ve fake 4 di re recueillir et garder avec soin (2). à Fur) Mais le mirage et l'illusion commencent te ou s imagine que cette tradition initiale fut l'œuvre délibérée ? net préméditée d’une autorité officielle, et que les apôtres. réunis en collège l’enfermèrent dans des règles et des formules. C'est méconnaiître. entièrement le véritable rôle des apôtres et le caractère de cet âge où tous les chrétiens, baptisés d'esprit et de feu, jouissaient du don de l'inspiration sainte et féconde. ï Rue * A RENE Sans nul doute, par leur témoignage, les Douze commencérent à jeter les bases de cette tradition, qu’on peut nommer pour cette raison « apostolique »; mais ils ny … travaillèrent pas seuls. Tous ceux qui savaientoucroyaient savoir quelque chose du Christ, tous ceux qui avaient reçu | ou croyaient avoir reçu quelque révélation céleste, appor- taient leur obole au trésor commun. Puis tout cela se

: (4) Act. IL. 22-36; VIII, 26-35; X, 34-43, 4 Cor. XV, 1-3.

(2) L’Evangile se nomme couramment une Parole, la Parole de Dieu, la Parole reçue, rapadootc, To dtdayie, rapalien, Luc. I, | 4 Cor. X, 93; XI, 2; XV, 1-3; 2 Tim. J, 14; Rom. VI,47:2 Thil, 45, etc. c

chaque jour . lues $ pee ou même “de quelques nee nouvelles ! (4) | Pour se convaincre de cette absence de toute prémé- . *ditation ou décision officielle, pour saisir le -mouvement et la vie de cette tradition première, son enrichissement * | progress et sa variabilité imcessante, ie un del "es

qu’ on en ue Que di, et Ce ee il Y a tronc commun, harmonie des données essentielles et des grandes lignes. Mais à mesure que l’on avance, quelle variété de formes concurrentes! que de contradictions! que de polémiques et de conflits! Ê Ra | à Les « paroles du Seig gneur » étaient devenues, à côté de l'Ancien Testament, la norme suprême à laquelle on re référait pour résoudre les questions qui se posaient dans. la vie des premières communautés; on les recueillait donc, on les répétait et on les mémorisait avec soin (2). Il parait très probable que les premiers écrits évangéliques furent des recueils de ces «€ paroles » ou logia que la F . seconde génération chrétienne surtout devait éprouver le | Dre de réunir et de fixer (3). Toutefois il est. certain

LR (4) La dernière de ces : branches, lune des plus belles et des plus fécondes, est représentée par le 4° évangile. « CL Thess. IV, 48 5 V, 2; 4 Cor. VII, 40, 12; IX, 14; Rom. XII, 44, 20, etc.

(3) On admet généralement den hui que RE Matthieu avait composé en araméen un recueil de ce genre. En tout cas, Luc et __ lauteur du premier évangile ont eu de ces recueils à leur disposition. Luc I, 1-4, neoosnes et le témoignage de Papias dans Eusèbe, HET, 39. -

qu'on les citait encore de mém it c MA ecoudisiecle (L) 7720 FA CS MES SENTE Un demi-siècle après la mort de Jé ésus, Ja tradition des & souvenirs de sa vie, tout en étant déjà ferme dans ses grandes lignes, était bien loin d’être identique dans toutes les régions de la chrétienté. Ici, elleétaittrès riche, etlà, … beaucoup plus maigre. Ainsi s'explique la grande variété des premières narrations écrites, dont Luc n’était point satisfait et qu'il a voulu corriger, compléter et harmoniser dansun nouveau récit (2). C'étaient des œuvres privées et . tout occasionnelles qui se ressentaient naturellement du KR milieu d’où elles sortaient.

Papias, d’après un témoin encore plus ancien, nous raconte que Mare, l'interprète de Pierre, mit par écrit les gestes et les dits de Jésus, d'après les souvenirs qu'il avait conservés de la prédication de l’apôtre; mais comme l’enseignement de celui-ci était déterminé par Poccasion, Marc n’en pouvait tirer un ensemble suivi et. complet, et il ne mérite aucun blâme, puisqu'il a voulu simplement raconter, sans mensonge ni altération, les choses qu'il avait ainsi apprises (3). Luc, avec d’autres ressources, n'a pas fait autrement. Voilà comment dans le canon du Nouveau Testament, nous n'avons pas un Evangile unique, ce. qui serait le cas si les apôtres en avaient ordonné la rédaction, mais quatre récits assez différents pour que nous soyons aujourd'hui

EL ERP

(1) C’est le cas pour Clément Romain, pour Papias, pour Ignace et pour Polycarpe qui, tout en connaissant tel ou tel évangile écrit, aimaient encore mieux à puiser dans la tradition orale. On en peut : dire autant des auteurs de la Doctrine des Apôtres. So

(2) Voy. le prologue de l’Evang. de Luc, ch. I, 1-4. 4

(3) Eusèse, H. E. III, 39. Témoignage de Jean l'ancien, recueilli par Papias. |

intervenant pour dirigér- ce tail hr qui Co ‘avoir tant d'importance pour les destinées du christia-

comme de toutes les littératures populaires, échos d’une 1 tradition libre et vivante : elle naquit des circonstances | ; et des besoins de chaque j jour (1).

Jusque vers Jan 430, au temps de Polycarpe et ses - Papias, les divers écrits. évangéliques baignent encore dans la tradition orale dont ils sont issus et dont ils Continuent à se nourrir. Mais ils finissent à l'époque de Justin Martyr par en absorber toute la substance et par se substituer à elle dans la confiance des chrétiens. Une chose digne de remarque : tout ce qu’on a pu glaner en dehors de nos quatre évangiles sur la vie de Jésus, dans ae tradition subséquente de l'Eglise, s’est trouvé de très mince, pour ne pas dire de nulle valeur. Ce n’est pas que cette tradition soit stérile, elle se montre au contraire à d’une prodigieuse fécondité, témoins les évangiles apo- __ cryphes; mais elle n’enfante plus que des légendes. La tradition chrétienne n’est donc pas d'institution divine. Elle naît et se développe du commencement à la fin 4 comme toutes les traditions historiques qui s’enrichissent en vieillissant, mais offrent d'autant moins de garantie, qu’elles s’éloignent davantage du lieu et de la date de leur première origine.

La théologie catholique a eu raison de soutenir contre la vieille théologie protestante que l'écriture est née de la tradition ; mais elle a eu tort d'en conclure que la tra- dition postérieure puisse jamais avoir autant ou plus de

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(1) Cela est encore plus vrai des lettres apostoliques que des

| évangiles. | , | | 7

nisme? Il en fut de la première littérature chrétienne

0 et ses | He ex dote 0 n'y oe Hire moyen de discerner ce qu’elle vaut.

Si telle était la variabilité de la tradition, sur re, événe-

eut de la vie de Jésus, combien devait-elle être plus

grande encore dans les formes de la prédication et de

l'enseignement ? Dans cet âge d'inspiration générale, la diversité des génies et des milieux devait se faire sentir

encore ici plus qu'ailleurs. Aussi voyons-nous dans la génération apostolique elle-même, apparaître des types de doc-

trine et des genres de prédication très différents. Quand

l'apôtre Paul disait « mon évangile » lopposant à celui de

ses adversaires, il avait le sentiment très vif de ce qu'il y avait dans sa doctrime de spécifique, de nouveau et

d’original. Il n’ignorait pas, comme en témoigne sa lettre

aux chrétiens de Galatie, que sa doctrine et ses mis- sions étaient pour les pharisæo-chrétiens de Jérusalem,

un objet de scandale et une cause de haine et de polémi- ques violentes. Jacques, le frère du Seigneur, ne pré-

chait pas de la même façon. S'ils confessaient ensemble

Jésus, © le Messie de gloire », ils ne s'entendaient

guère sur le sens de sa mort, sur la nature de sa personne, sur les notions de foi et de rédemption. En ce qui regardait la loi de Moïse et les coutumes nationales

d'Israël, la différence de leur attitude et de leurs discours k alla jusqu'à la contradiction ouverte; l'un, les déclarant

définitivement abrogées, l’autre les conservant (1).

(1) Témoignage de Paul dans Gal; I et IT. Témoignage sur Jacques

-dans Gal. IT, 1-2; Act. XV, 1-2, 13 et ss. ; XXI, 18 etss.; voir toute $

Ce

r ppeler les noms d'Apollos, de one de Philippe, de. Jean, auxquels se rattachent des tendances très distinc-" tes (EE Et cette variété ne se retrouve-t-elle pas dans Je Nouveau Testament, où l'on peut lire tour à tour des écrits aussi différents d’allure et de pensée ‘que l'épitre aûx Romains et celle de Jacques, que l'évangile de Marc ‘et: ecelur : de J ean, que l'épitre aux Hébreux et l'Apocalypse? Qu’ il y ait unité de foi religieuse, d'inspiration pre- mière, nous le voulons bien ; mais quelle richesse et ‘quelle diversité de théologies ! N'apparait-il pas clairement qu'aucune règle, aucun credo officiel n'existait encore et. qu'aucune autorité extérieure ne venait gêner ou étoufler Ja spontanéité de l'inspiration individuelle ? Un curieux petit livre récemment découvert, qui date ee du premier tiers du second siècle, mais représente un état de choses encore plus ancien, nousapporte un témoignage plus significatif encore. La doctrine du Seigneur d'après . : | les douze apôtres nous offre réunis en quelques pages: “le catéchisme, la liturgie et la discipline ecclésiastique Us régissaient l'enseignement, le culte, la vie intérieure des communautés de la Palestine ou de la Syrie sous le 5 règne de Trajan au plus tard. L'évangile y est résumé sous l’image de deux routes, dont l’une conduit à la vie et.

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e \ L: autre à la mort, et en quelques sentences empruntées

au sermon sur la montagne. I n’y a que deux rites : le

la ou rte de la 2% € épitre aux Corinthiens et Phil. 1, 45-48 : | NI, 2, etc. Hégésippe, dans Eusëse, sur les Pharisæo-chrétiens adver- saires acharnés de Paul: Pour mesurer la suite et le retentissement de ces premières luttes, il faut relire les Homélies Clémentines.

(4) Voyez ce qu’en dit Paul dans les trois premiers chapitres de - sa première lettre aux Corinthiens et surtout 4 Cor. IIT, 10-15.

: Se quoique da une Eole nn semblent complète ment ignorer la doctrine de Paul. Enfin, l'édification des e paroisses est encore procurée en grande partie par des prophètes et des évangélistes itinérants, en face desquels on sent la nécessité de recommander les charges de dia- cres et d’épiscopes régulièrement élus et sédentaires. Quand on compare ce document vénérable aux Constitu- Re lions apostoliques du 1vesiècle, on mesure aisément le chemin parcouru par l'Eglise. Néanmoins, c’est un premier jalon posé; c’est un premier essai de réglementation pour donner à la tradition apostolique, une forme légale et officielle qui rappelle un passé en train de disparaître et prépare un avenir tout nouveau. La voie est ouverte. L'autorité ecclésiastique va prendre le pas sur l'inspiration. | Le principe, au nom duquel elle légiférera, est posé. C'est la doctrine, la tradition des apôtres (1).

Il est vrai que cette tradition est encore rudimentaire et flottante. Nous allons voir comment elle arriva, à travers les polémiques du second siècle, à une forme précise et définitive.

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