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LA FORMULE DU BAPTÊME ET LE SYMBOLE DES APÔTRES

La cristallisation dogmatique de cette tradition, encore fluide, devait se faire et se fit peu à peu autour du point le plus résistant du culte nouveau. Ce point, c'était le

(1) Sur la « Doctrine des Apôtres », voy. l'édition et le commentaire qu'en a donnés PauL Sararier, 1885, et surtout A. HaRNAC : Die Lehre der zwœlf Apostel nebst Untersuchungen zur æltesten Gesch. d. Kirchenverfassung u. des Kirchenrechts, 1884.

-. Ce n’est pas que d'évolution des idées et des formes n'apparaisse ici comme ailleurs. Mais elle se fait en ligne droite et continue, et l’on peut plus sûrement la suivre. Le baptême était d'abord un bain réel, une immersion entière. Dès la fin du premier siècle, on se contentait, aus = besoin, d’une triple aspersion d’eau sur la tête (1). Dès le 42 principe il s'y attachait l'idée de la purification de l'âme : par la repentance et le pardon des péchés. Au second siècle, vint s'ajouter celle d’un sacrement d'initiation et. d'illumination analogue à ceux des mystères paiens (2). #8 Enfin, comme on va le voir, la teneur de l’invocation prononcée sur la tête des baptisés, a également varié. Le changement est partout, la fixité nulle part. ; L'institution du baptême d'eau est-il le fait de Jésus lui-même? Il est impossible dans l'état des textes de le montrer. La parole de Matthieu XXVIII, 19, qui semble la lui attribuer, n’est pas seulement posthume; elle n’est DoUrNirée/quassez tard dans la tradition de l'Eglise aposto- Jique. Aucun autre Evangile ne l’a recueillie (3).

} (4) Doct. des Apôtres, VIT : ’Eäv dè aupôreou à {ne (eau vive ou eau chaude) Exysov eic tüy xepahiy rois Dow elg Ovoua RATOÛ KA LIQÙ | ù

xai &ylou nveduatoc.

(2) Sur le rapport des sacrements chrétiens, le baptême et l’eucharistie, avec les mystères paiens, voyez l'ouvrage de Gustave Anrich, Grosskirche, Gnosticismus und Mysterienwesen, 1894.

Justin Mart yr appelle le baptême ourtouds, mot qui semble emsr: prunté à la langue des mystères. I Apol., 65. Voy. cependant: PU HD. YE £'etiX 22-09; ph. I, 47-49.

oo) Dnn actes pas Marc XVI, 16, qui appartient à une fin du

. second évangile, étrangère à l’ouvrage primitif. Si Jésus a prononcé __ cette parole, n'est-il pas inexplicable qu'aucun apôtre, aucun livre MO GENT. n'y fasse allusion? On remarquera d’ailleurs que le baptême est plutôt supposé existant déjà, que prescrit comme une nou-

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D. # man ne grâce ion de n'avoir — , | tisé de ses mains que trois ou quatre personnes à Corinthe? N’aurait-il pas dû plutôt se reprocher d’avoir

sis ns Pre Lis À

K RE manqué à un commandement exprès du Christ? ; 4 ‘2 Le baptême d’eau remonte à Jean, le Baptiste. Jésus pe considérait ce rite préparatoire au royaume Hors Fe comme voulu de Dieu (), mais antérieur et étranger à É7 la nouvelle alliance. Les disciples l'ont pratiqué d'abord #4

: ; dans l'esprit même du précurseur, ayant en vue, comme lui, le prochain avènement du Messie triomphant.

Voie Po baptème du Messie devait être d’une autre nature. ae « le baptême d'esprit et de feu », qui, dans les À # discours de Jean, se trouve nettement opposé au baptême Ses: l'eau (2). C'est le seul dont Paul prenne souci. À l'ori- (oE gine, ils étaient fort bien distingués l’un de l’autre, comme

se on le voit dans le livre des Actes des apôtres, où tantôt l'effusion de l'Esprit précède, et tantôt suit le baptême

TS à

d'eau, sans qu'il y ait entre eux liaison nécessaire (3). veauté dans la parole mise par Matthieu dans la bouche du ressus- cité. — Voir Conybeare, Zeitschr. f. neutest. Wissenschaft, 1901, | Fe

DO" p. 285-288. | 4

De Jean HI, 22-26, si curieusement con isé IV, 2, il paraît qu’on Fe n’était pas d'accord sur le fait de savoir si Jésus avait baptisé lui- Fe même ou seulement ordonné de baptiser ceux qui venaient à lui.Onse sentait obligé de rattacher la coutume apostolique à Jésus et l’on ne savait plus très bien comment. Jésus n'a jamais parlé d'autre bap-

. tême que de celui de la souffrance et de la mort. Marc X, 38 et paral. (1) Marc XI, 30 et paral.

(2) Matthieu, III, 11 et paral., Act. I, 5.

(3) Act. VIIT, 12-245; X, 44-48; XIX, 1-6. Il ressort de ces textes : 1° que le baptême d'eau sans le baptême d'esprit, était considéré

avec l'entr dans l'autre, le bain de __— en vue du Royaume et l'effusion de l'Esprit, gage et principe de. LA vie ele devaient : se ein à e e er À

À pee se ne li dr étenté + du Pen édie Dsl aboutir très vite à l'idée superstitieuse de lopus |

on: à mains. ve yeux Fa Peu le FT d'esprit ser faisait | a les chrétiens, en les unissant au Christ et à son corps qui est - l'église. Des expressions comme celles de Tite TL du hovspoë fe

a madryyeveoiac ai AVAXALV GES mvesuaroc &ylov, et de Jean LE LS dv É ; Un te evil Et Ddavos wa mveïuaros (Comp. XIX, 34 et 35, et. | 4 Jean Y, 6 et 7), bien qu’elles ne maférialisent pas encore le bapce tême, assimilent pourtant l’eau et lesprit, et marquent un moment Fa dans l’évolution de la notion du baptême. < (4) I parait évident que Paul dans Rom. VI 1-6; Gal, III, 27; "à 4 Cor. VI, 41 ; X, 2, et même Eph. V, 26, à du baptême die: re à symbolique. Cela ressort de l'étude précise de Col. IT, 41- 12, exac- ; | tement parallèle. C'est la foi qui dans le baptème nous unit à | Christ É et nous fait ressusciter avec lui, la foi en l'énergie de Dieu qui l’a 2 k ressuscité des morts; et la preuve décisive que le baptëme n'est qu'un symbole, c "est qu'au verset 11 l’apôtre se sert de l'image de tes , la circoncision pour exprimer la même chose : à ® %2 reprezuh0nte JE

À | mepuroui BEC PAMEeS ëv “TA aTExÔVoEL Toù guparos Ts SAOKÔS, y Th. F Ÿ ne rod Xptorod. NES È £ Très spiritualiste est encore l'affirmation de 1 Pierre IEC Les | baptême qui nous sauve n’est pas celui qui lave la souillure de la chair, mais c’est le serment d’une droite conscience devant Dieu. » à Mais déjà dans l’âge apostolique, on trouve les traces d’une con- Es ception contraire du baptême, condition indispensable et même | cause du salut. Paul ne loue pas, mais il ne blâme pas davantage ceux qui se font baptiser au bénéfice des morts (4 Cor. XV, 29), et il __ entire un argument en faveur de la résurrection. On croyait done

re des dd dires il a avec évidence, qu'à

confessait sa for en la messianité de Jésus. Et, comme le Christ que Paul prêchait avant tout, était le Christ mort

-en action de l’union intime avec le Christ dans la mort et la résurrection, en sorte que le baptisé semblait s’ense-

l'Esprit. Plus tard, surtout dans le monde païen, cette forme élémentaire ne parut plus suffisante. Les catéchumênes d'origine païienne avaient besoin d'être convertis

initiés aux vertus régénératrices de l'Esprit saint, aussi

Sauveur de tous les hommes. Tel fut, dans les églises de

le rite nécessaire pour avoir part à la résurrection, au moins quant

Do. à

« Son eau est fidèle » et un peu plus loin: « Nous descendons dans chargés de fruits en notre cœur.» Et Hermas, Vis IL, 3: à on ouoy Ôt% daroc EcwÜn, 2 cwboerat. Pour Justin être baptisé est syno-

nyme d’être régénéré, I. Ap. 61. Avec Tertullien l’idée catholique du baptême est à peu près atteinte : de Baptismo, 3.

Epist. LXXIIT, 17 et 18. La formule simple était employée pour les juifs qui connaissaient déjà le Père et n’avaient pas besoin d’être

plus d'éclat au nom et à la personne de J.-C., de Baptismo, 15 et 16. Les exégètes protestants ont été plus timides ou moins candides.

Dore le baptème était administré simplement çau re nom du Christ » (1). Le néophyte qui le recevait ainsi, ‘é

et ressuscité, cet apôtre voyait dans le baptême une image

velir avec le Christ et ressusciter avec lui à la vie de 4

au Dieu vivant et vrai, Père de Jésus-Christ, et d'être bien qu’à la Rédemption opérée par le Fils de Dieu, le Paul, le triple objet de l'instruction donnée aux catéchu-

au corps. L’épitre de Barnabas dira, cinquante ans plus tard, XI:

dans l’eau, pleins de péchés et de macules, et nous en remontons

(1) Rom. VI, 3-5: 1 Cor. 1, 43 ; Gal. III, 27 ; Act. If, 38; VIIL, 163 X, 48; XIX, 5. Nulle trace d'une autre formule. Cyprien avait remar- .-qué cette particularité et en donnait déjà la véritable explication.

baptisés en son nom. Le catéchisme Romain semble admettre aussi le fait et l'explique par l'intention qu'avaient les apôtres de donner

FoRLRS

“ tionnelle : Au nom du Père, du Fils et di à Saint-Esprit D Cette formule allait se développer à son tour et devait finir par engendrer le fameux symbole dit des apôtres. Mais il faudra des efforts et du temps.

| Vèrs. le milieu du second siècle nous trouvons une fée à de foi que devaient réciter les néophytes au moment de leur É. no: et de leur admission dans l’Eglise. Elle était ainsi | conçue :

ne crois en Dieu, Père tout-puissant. Au Christ Jésus, à son Fils unique, notre Seigneur, né du Saint-Esprit et de Marie, vierge, crucifié sous Ponce Pilate et enseueli, ressuscité des morts le troisième jour, monté aux cieux, assis à la droite du Père, d'où il viendra juger les vivants cet les morts. Au Saint Esprit, à la sainte Eglise, à He 2) rémission des péchés et à la résurrection de la chair (2). à

-Cen 'est pas encoré tout à fait le symbole apostolique ; | plusieurs articles sont incomplets et d'autres manquent. Mais c'en est la première forme et l’on voit très clairement … j ie la formule ternaire du baptème en a donné la struc-

£, SE Cor. XII, 43; CN Romain, I Cor. 58, 2. Zù 729 RE Ja . Én 0 xbptos ee Xptoroç Kai ro nyedua &yroy À re niotic xa À AT ns roy éxhexto ru

(2) Voy. * Rte art. Apostol. Symbolum, Encycl. von Herzogu. __: Hauck, 3e édit., tome I, 1896, p. 741-755. Le même: Dogmenge- % schichte, tome I, 1888. Casparr, Ungedruckte.. Quellen zur Gesch. des __ Taufsymbols, 1866, 1869. 1875 et 1879. Han, Biblioth. der Sym- __ bole, 3° édit., 1897. Zezscuwir7, System d. Katechetik, 2° édit. 1875,

Swainsox, The Nicene and Apostolic Creeds, 1875. M. Nicoras, Le FAITS

symbole des ap. Essai-hist. 1867. Coouerez, Histoire du credo, 1869. E. CHaponnière, Art. symbole des ap., dans l'Encycl. des sc. relig.,

RTE DAS

‘ nes ne les causes ce an ca peut les ramener à deux : d’une part le progrès de l’enseignement catéchétique, la nécessité de fournir à des néophytes sortant du paganisme, une connaissance plus détaillée et 4 plus positive de ce que l’on considéraitcomme l'essence de la foi chrétienne ; d'autre part, etsurtout, lesouei d’écarter les hérésies gnostiques et d'élever une barrière protectrice

re

entre elles et l'Eglise commune. Ce n’est pas par une 4 coïncidence insignifiante que la mise en vigueur de cette rêgle de foi, à Rome, tombe juste dans les années 135à 450, où Valentin et Marcion troublaient cette grande Eglise 4

a par leurs prédications, et où Justin Martyr soutenait contre eux les plus violentes polémiques. Cest dans ce même temps, nous le montrerons au chapitre suivant, qu'appa- FR 4 ÿ rait, à Rome, avec Pius Ier, l'épiscopat monarchique. Tout porte donc à penser que les dernières années du siècle d'Adrien et d’Antonin le Pieux furent marquées, pour la communauté chrétienne de Rome, d’une crise” profonde, d’où la doctrine sortit précisée, l'autorité ecclé-

siastique concentrée et la discipline affermie (1). . (1). Le gnosticisme a joué un rôle décisif dans la définitiondela . foi catholique. C’est contre lui que la plupart des articles du sym-

bole sont dirigés, et c’est à la lumière de cette controverse qu'ils doivent être historiquement compris. L'unité de Dieu, l'affirmation ee que le Père est aussi le créateur des cieux et de la terre sont la | condamnation du duatisme ou de l'émanatisme de la gnose. Le carac- È 1ère du Christ, Fils unique de Dieu, proteste contre la pluralité des & médiateurs. Sa naissance, à la fois du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, sa crucifixion sous Ponce Pilate, sa mort, son ensevelissement sont marqués pour affirmer la réalité de l’incarnation, de la passion et de la mort du Fils de Dieu et pour couper court à tout docétisme.

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