‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 27 sur 124 · LA TRADITION · texte numérisé non relu

LA TRADITION

lippe, ou quelqu'autre des premiers disciples du $Séigneur ét pouvaient répéter leurs discours. ‘Cinquante ans plus tard, le point de vue et le procédé de Tertullien et de l'Eglise en général ont complètement changé. ‘On a quitté le terrain de l’histoire pour $’étäblir sur célui du dogme. La tradition n’est plus un témoignage à recueillir, c'est une règle officrélle de foi, que les évêques promulguent d'abord et appliquent ensuite comme apostolique (T).

Pour élever une simple tradition ‘historique au rang de tradition surnaturélle et d'inspiration divine permanerite au sein de l'Eglise, il fallait oublier Thistoire ou lui faire violence. La théorie catholique ‘repose ‘sur ‘trois prémisses non seulement indémonträbles, mais fictives : 10 Que les apôtres ont rédigé etilaissé à leurs successeurs un formulaire immuäble de la foi chrétienne. 20 Que les générations suivantes n’ont rien ajouté, rien rétranéhé, rien changé aux habitudes ‘et aux idées qu'élles

(t) Comp. ::Eushse, H. E. TI, 39 :Papias écrivait : Oôx dxvisw êé SoL:Rat.0au TOTÈ TA TV ‘TpEsÉLTÉpU y xaX0c Eualoy al xaÂGS Euvnmévevsa avyaratäear vais Épunvelate OiiGebatobmevos rip atwv an Oetay ..... et dé mov xai rapnrxohovbnatwe tie Totc moesGuréporc ENPoL, todc TOY TOEOLTÉ DV dvéxoivoy ÀSYove” nt Avôpéac À vi [étooc eîmev # | bbiimrac À ThOwuasT ’Idxw6oc À rt 'lwduvnc À Maclatios…. &-te "Aotoleby HaÙ0 :TaedOUTEU Nc wdyvns, oùTrod xvpiov walnta,/Aéyovot. (OÙ VE dx moy Pu6iluwy, vacodrév pe cpehely Émehkdufavoy, baov Tà rap Cuans vuwvic za LEvOUs nc.

TerTULLIEN, de præscript. hæretic.37 : Si hæc ita se habent, ut veritas nobis adjudicetur, quicumque în ea regüla incedimus, quam ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Christus a Deo ‘tradidit, constat ratio propositi nostri definientis non esse admittendos hærelicos ad ineundam de Seripturis provocalionem, quos sine Scripturis probamus ad Scriptuvas non pertinere. C'est le raisonnement d’un juriste, non celui d’un historien. C’est le, dogme décrété mis à la place de l’histoire interrogée.

de leurs privilèges.

Ce sont là trois affirmations illusoires, que la première

vue des textes originaux suffit à dissiper sans retour.

Mais à la fin du second siècle, la critique historique

n'existait pas. On vivait dans le surnaturel, et le merveilleux coulait à pleins bords. En des temps semblables, le dogme devient un producteur fécond de légendes. Le reflet de l’idée qui règne dans le présent transformera la vision du passé. On corrigera l’histoire dans les endroits où elle paraissait contraire au dogme; on la fera parler

là où elle avait le tort de se taire. On voit tous les jours des enfants, devenus vigoureux, soutenir et nourrir en sa vieillesse le père qui leur a d’abord donné le jour. Ainsi, dans le cours des siècles, les pieuses légendes de la tradition se présenteront d’elles-mêmes pour légitimer et défendre le dogme dont elles sont nées. Ces légendes, qu'il faut rappeler ici comme complément et produit de la théorie catholique de la tradition, naissent sur trois points et se développent en se précisant et en s’enri-

un des apôtres et les héritiers de leurs. dons ï

chissant d’une génération à l’autre sur trois lignes paral-

lèles.

4° Ce sont d’abord les listes épiscopales, qu'à partir de

l'an 180 environ, on se met à dresser dans toutes les :

grandes églises d'alors pour établir, d'une façon matérielle et tangible, la ligne de la succession apostolique.

On s’aide pour les fabriquer de souvenirs traditionnels et

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