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DÉVELOPPEMENT DE LA THÉORIE CATHOLIQUE

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. Dans le temps même que le principe de l’autorité souveraine de la tradition était posé avec cet éclat en face de l’hérésie, il s'était formé, dans l'Eglise, sous l'impulsion des mêmes circonstances et en vue des mêmes nécessités, un recueil des écrits survivants du siècle apostolique, qui fut canonisé comme le corps des « livres de la Nouvelle Alliance ». Tenus pour inspirés d’une manière surnaturelle, ces livres qui passaient pour être ou des apôtres ou de leurs disciples immédiats, ne pouvaient pas être investis d’un prestige ou d’un crédit moindre que la tradition non écrite. Aussi se trouvent-

ils tout de suite placés à côté d’elle dans la vénération commune. Les deux autorités marchent alors de pair et se font encore équilibre (1). Il arrive même très souvent

(1) Etant le double témoignage du même apostolat, la tradition et les Ecritures ont aux yeux d’Irénée la même autorité : IRÉNÉE, adv. hær. IT, 1, 4 : Non per alios dispositionem salutis nostræ cognovimus qua per eos per quos evangelium pervenit ad nos, quod quidem tunc præconaverunt, postea vero per Dei voluntatem in scripluris nobis tradiderunt, fundamentum et columnam fidei nostræ futurum. TERTULLIEN (de præscript. hæret. 29 et 38), ATHanase (Oratio cont. Arian., Ï, 8; adv. Gent. 1), Aucusnin (de doctrina christ. I, 37 ; IL, 9 ; ad Hieronymum epist., 19), affirmaient énergiquement que tout ce qui est nécessaire à la proclamation de la vérité et à l’édification de la foi est contenu dans les Ecritures. D'autre part, en faveur de la tradition : Carysosrome, ad 2 Thessal.'IT, 15. ErrpHanx, hær. 61, 6. Jean Dawasoëne, de fide orthod. IV, 12.

des docteurs gnostiques} en vocale directement à lEcriture contre les abus de l'autorité ecclésiastique ou les habitudes d’une tradition trop complaisante. N’est-il pes de Tertullien, ce mot tranchant comme le fil d’une épée : « Le Christ a dit : Je suis la Vérité, il n'a pas dite Je suis la Coutume (1). » ï es Il y aurait eu dans ce mot un principe de critique

__ féconde et nécéssaire pour une tradition qui allait s’épais- sir et se charger de superstitions dans le cours des siècles suivants. Mais il venait trop tard, et ceux-là mêmes qui le prononçaient en brisaient la-force par leurs contradietions et leurs inconséquences. Les deux autorités en présence, entrant en lutte à chaque instant, ne pouvaient rester égales. Avec les progrès de la hiérarchie sacerdotale et de la centralisation ecclésiastique, il était facile de prévoir quelle serait celle qui allait triompher et se subordonner l’autre. Quoi de plus commode pour tout justifier que de dire avec le pape Léon le Grand, « tout ce qui a été reçu dans la coutume et la dévotion de l'Eglise, doit être considéré comme dérivant de la tradition et de

Pt 2 NOURRIR

(4) TERTULLIEN, de virg. vel. 1 : Dominus nosier veritatem se, non consueludinem, cognominavit. L'Eglise d'Afrique, jusques et y compris Augustin, fit souvent retentir ce mot d'ordre. À l’évêque romain Etienne qui lui opposait la tradition de son église, Cyprien répondait : Epist. 74, 2 : Unde est ista traditio?... Ea enim facienda esse quæ scripta sunt Deus testatur et præmonet ad Jesum Nave dicens : $ Non recedat liber legis hujus ex ore tuo... ut observes facere omnia quæ scripta sunt in eo. Et au ch. 3 : Item Dominus in evangelio increpans similiter dicit : Rejicitis mandatum Dei, ut traditionem vestram statuatis. Et au ch. 9: Consuetudo sine veritate vetustas erroris est: — Epist. 71, 3 : Non est # consuetudine præscribendum, sed ratione vincendum.

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| nn “jusqu'a au Lion pi qui an, à Fe 1e pr être. a nommé un docteur biblique, Augustin, n’en écrira pas. moins pour mieux se débarrasser des arguments. des hérétiques : « Je ne croirais pas à l'Evangile si l'autorité de l'Eglise ne m'y décidait (2). » Ce n'est pas, sans doute, . l'équivalent, mais c’est la prophétie et la préparation de 4 ë J'aveu:plus naïf d’un ultramontain moderne :.€ Sans l'au— torité du pape, je ne mettrais pe plus haut la Bible que le Coran (3). » 5 Cest pour arracher l'Eglise, semble-t-il, à l'exclusive. influence d'Augustin et de ses idées et pour la ramener dans la voie moyenne, que Vincent de Lérins se fit le théoricien de la tradition catholique et donna son fameux traité devenu classique dans cette matière. On sait com-. ment il en définit le principe : « Ce qui est cru en tout lieu, en tout temps et par tous: voilà ce qui est vérita- blement et proprement catholique. » La tradition. qui. ; doit faire autorité a donc trois marques ou critères pour se faire reconnaître : l’universalité, l'antiquité, le consentement de tous. La vérité doctrinale s’est donc trouvée achevée et parfaite dans l'Eglise dès le commencement, et reste la même à travers le temps et l'espace: A ce point de vue, peut-il encore être question d’un progrès de l’esprit chrétien dans l'Eglise ? L'auteur répond :. 4 L'Eglise veille sur le dépôt de la foi qui: lui a été confiée; elle n'y change, n'y ajoute, n'en retranche rien; mais:

(1) Sermo' 77, de jejunio Pentecost. 2. Pour la subordination: expresse et définitive de l'Ecriture : Vivcexr pe Lérivs, Gommonito-rium, . 2.

(2) Contra Epist.. Fundamenti.. 5. |

(3) K. Hase, Handbuch d. protest. Polemik, 5° édit., p: 84, 4894...

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