‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 31 sur 124 · LA: TRADITION PS · texte numérisé non relu

LA: TRADITION PS

elle s'applique à exprimer en: nouveau: langage. les. véri-tés: anciennes: {non nova, ssed. nove], à Confirmer ce quia été clairement défini, à mieux définir 6e qui a pu rester obseur. IL ÿ aura progrès dans la forme, aucun change ment: dans le fond (4):

Cette belle définition n’a qu'un malheur : c'est de: resten abstraite et. formelle. Où trouver cette doctrine: antique et universelle?’ Quels. articles de-foi, quels rites sont marqués du: triple sceau. que l’on. réclame? Quels: sont les documents et: les organes authentiques de: cette tradition immuable et: pourtant progressive? Ie moyen âge s'accorde à les voir dans les. « Actes » des conciles, dans. les. « sentences. » des: Pères et. dans les coutumes: générales de l'Eglise (2). Mais: parmi ces coneiles,, quels

(4) Commonitorium:pro:cathol, Eéclesiæ antiquitate et universalitate adv. profanas omnium hæreticorum novitates, 3 (al. 4) : Magno-pere curandum est, ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus:creditum est. Hoc: est etenim.vere proprieque.catholicum.… Hoc itademumifiet, si sequamur universitatem, antiquilalem,.consensionem:. — 23; (al. 28) : Nullusne ergo in ecclesia. Christi: profectus. habebitur religionis? Habeatur plane,.et maximus.. Sed ita tamen ut vere pro-fectus-sitille fidei, non permutatio: Comp: AuGusriN, de baptism. IV, 24:

(2) On n’a jamais su le nombre exact des conciles: æœcuméniques... Bellarmin en comptait 18, excluant, en Occident, ceux de Bâle et de: Constance. L'Eglise grecque n’en reconnaît que 7.. Encore disputaiton parmi ses docteurs. Grégoire de Nazianze n’en reconnaissait qu’un seul, le premier, celui de Nicée, etse disait honteux de-siéger dans la mauvaise compagnie du second, celui. de Chalcédoine. Le cinquième. et le septième proclamèrent les conciles œcuméniques comme les organes infaillibles de la tradition.

Quant aux Pères de l'Eglise, on. sait comment ABÉLARD, dans son fameux: Sic ét non,.se fit un jeu: de mettre en lumière-leurs contradictions presque infinies... Voyez encore Daizzé, De l'emploi des: S. Pères, 1632. Ricn, Simon, Hist..crit: des commentateurs du N. T., 1693. Réplique-de Bossuer : Défense: de la tradition et.des.S. Pères,,

Ro jrs ecumeniques et quels ne le. sont pas les opinions des Pères font-elles autorité? Et si. ct | n’est pas, comment discerner celles . qu'il faut recevoir de celles qu'il faut rejeter? Enfin, parmi les coutumes de l'Eglise, ne distingue-t-on pas encore entre celles qui = sont obligatoires et celles qui restent facultatives? (1) En vérité ce corps de la tradition catholique, ondoyant et fugace, est le plus insaisissable des Protées. Pourquoi s'en montrer étonné? Par sa nature, la tradition est toujours vivante et féconde, elle reste indéfinie parce qu’elle n’est jamais épuisée. Arrêtée et fixe, elle deviendrait un | lien ou une entrave; fluide, coulante, incertaine, elle se prête admirablement aux exigences du gouvernement ecclésiastique, qui seul a le droit de l’interpréter et de l'appliquer. Voilà pourquoi la cour de Rome l’a toujours da obstinément défendue. L'infaillibilité de la tradition, c’est la toute-puissance de la hiérarchie (2).

Die publiée en 1753 et complétée par F. Lachet, en 1864. Pépézert, Le

Témoignage des Pères, 1892. Et pour les coutumes ecclésiastiques, les docteurs catholiques modernes se sont perdus en distinctions subtiles entre les générales et les particulières, celles qui concernent le dogme et celles qui ne touchent qu'à la discipline, celles qui remontent jusqu'aux apôtres et celles qui sont d’origine humaine : les unes permanentes et obligatoires, les autres humaines et variables. L'accord, cela va sans dire, ne s’est jamais fait dans ces nomenclatures irréalisables.

(1) Bellarmin a trouvé le solution pratique. Il termine son chapitre sur les critères de la tradition par cette conclusion triomphante (De Verbo Dei scripto et non scripto, Lib. IV, cap 9): At nunc defecit certa successio in omnibus ecclesiis apostolocis, præterquam in Romana, et ideo ex testimonio hujus solius ecclesiæ sumi potest certum argumentum ad probandas apostolicas traditiones. Voilà pourquoi il faut en toute question s’en remettre à la seule Eglise romaine.

(2) On connaît le mot de PieIX : « La tradizione sono io ». Il l'a prouvé en promulguant, en 1854, le dogme de l’Immaculée Conception.

son Pr rire dans sa mous contre les

dans ses principes et guidée par un esprit qui ne se. . dément jamais » (1).

catholicisme lui-même devaient rendre insoutenable

Ja tradition à une dernière transformation.

protestants : « La vérité catholique venue de Dieu a d’abord sa perfection. La foi parle simplement; le Saint- Esprit répand des lumières pures, et la vérité qu'il enseigne a un langage toujours uniforme. Varier dans l’expo-

sition de la foi est une marque de fausseté et d’inconsé-

quence. Toute l'Histoire des Variations est posée sur ce fondement: L’hérésie en elle-même est toujours une nouveauté, quelque vieille qu’elle soit ; elle innove tous les jours et tous les jours change sa doctrine. L'Eglise catholique, au contraire, immuablement attachée aux décrets, une fois prononcés, sans qu’on y puisse montrer la moindre variation depuis l’origine du christianisme, se fait voir une église bâtie sur la pierre, toujours assurée d’ellemême ou plutôt des promesses qu’elle à reçues, ferme

Tout allait changer dans le monde et dans l'Eglise. Le L Da progrès des études historiques et l’évolution interne du

cette prétention à l’immutabilité et obliger la théorie de

Les modernes ont acquis le sens de l’histoire, et cette faculté vraiment nouvelle de comprendre et de se représenter le passé en a pour eux renouvelé la vision. Rien ne dure sans se transformer. La vie n’est qu’une désassimilation de choses anciennes et une assimilation de choses nouvelles. Comment pourrait-on encore soutenir

(1) Histoire des Variations des Egl. prot., préface et conclusion. Voy. encore : Premier avertissement aux Prot. Exposition de la doctrine catholique. 2e édit., 1679. Conférence avec M. Claude.

D nn a Moicereclot Fa V'infaillibilité personnelle du pape? ou bien:encore le Pürgatoire etila théorie des indulgences, les: sept! sacrements,. la: sous-- 4 Doom ducalice de l'eucharistie: ‘au: peuple chrétien, lat confession auriculaire; le célibat obligatoire, la prétrise: et: la messe elle-même dans sa: forme: actuelle? Y a-t-il: dans la dogmatique de l'Eglise, dans sa liturgie, dans:sa onstitution une seule formule, un: seul: rite, une seule. % institution: dont on ne puisse raconter l’origine et. mar-uer la. date de. naissance ? Et n'avons-nous pas entendu dire, de:nos jours,, que Bossuet lui-même,. s'il ne s'est. as repenti,. était mort hérétique ?

Iliy'avait deux choses dans la: théorie de: Vincent RS Lérins, et. l'Eglise avait reçu: deux gràces pour accomplir: sa: mission. de: gardienne et. de tutrice de la: vérité: la grâce de la fidélité dans la conservation de la foi primitive, la grâce de l'inspiration et: du: discernement pour donner à cette foi les compléments que-le temps réclame : | et. la: faire. triompher toujours et: partout de l'erreur. je L'esprit. qui anime l'Eglise n’est: pas seulement réceptif; il est aussi productif et révélateur. Ce second élément de la théorie, que Bossuet laissait dans l'ombre, va venir au premier plan. Il justifie toutes les variations-de l'histoire, ni etila grâce de l'inspiration absoudra l'Eglise du reproche: d'inconstance et d'infidélité.

L'étonnant: n’est:pas que cette transformation: se soit: accomplie, puisqu'elle était inévitable, c’est:qu'elle ait eu. son point de départ et sa cause historique dans une idée | de là théologie protestante.

Au commencement de ce siècle, Schleiermacher avait:

(DA TFRADITION ‘195

-smgulièérement approfondicetvérifié, en la ‘spiritudlisant, Fidée même de tradition. Il'la :présentait ‘comme l'âme intérieure êt la conscience même:de ‘toute -société rréli- ‘gieuse, une sorte de:génie propre, d'esprit collectif qui, tout en restant fidèle à sa nature intime, se manifeste en ces ‘eréations toujours nouvelles, préside :au dévéloppeoment du ‘corps entier en maintient l'identité morale, ét assure ‘aux générations à venir héritage spirituel des générations ‘passées. C'était une philosophie nouvélle qui maissait de la ‘contemplation du mouvement de (lhistoire (1).

Aussitôt les:plus éminents ‘des théologiens «catholiques -senemparèrent. Moœhler:(2) ‘en Allemagne, Newman!:(3) sn Angleterre et :mainfs docteurs, ‘un ‘peu ‘partout,

développèrent une théorie nouvelle de laltradition quia . fini aujourd'hui par prévaloir. (Comme ‘une famille ‘ou uneination, l'Eglise a:son génie propre qui vit-et:agit-en ælle. Ce génie,w’est l'Esprit même des ‘prophètes ‘ét des apôtres ; «c'est Esprit même ‘de ‘Dieu, que le Christ a promis à ceux qui croiraient en lui. Puissance éternellement'créatrice, lumière toujours plus brillante au sein des ténèbres, cet Esprit renouvelle les thoses anciennes et en faitapparaître de nouvelles ; il rouvrele livre fermé des Ecritures et en donne l'intelligence profonde. Grâce à lui, la révélation divine n’est plus un parchemin .desséché dans les.archives d'un passé qui s'éloigne incessamment derrière nous ; ‘elle devient actuelle, présente, imdéfinie.

(4) Soncerenwacmer, Der christl.'Glaube, Einleitung, 1821. Comp. Marmminere, Das System d. Katholicismus, 3 vol., 1810'à 1813. HEGez, Philosophie der Gesthichte, œuvres complètes, 1832-1845, 9e vol.

(2) Dre Einheït der ‘Kirche, 2° édit., 4843. Symbolik oder 'Darstellumgd.dogmat. Gegensætze der: Kâthol. u. Protest., 9° édit., 1884.

(3) Essay on the development ôf the‘éhrist. doctrine, 1848.

même se + heanet de née en génération dans

: | jEglise historique, qui est son corps, et poursuivant à

travers les âges un perpétuel ministère de médiation et

de révélation (1). | = L'ancienne argumentation des Bossuet, des Vincent de

Lérins, des Tertullien est renversée. La pyramide repose

sur sa pointe. Ce qui était la conclusion de la théorie en

qu elle a le dépôt de la vérité, et elle possède la vérité . parce qu'elle est infaillible. Le cercle est fermé. Une remarque intéressante doit être faite : la. théorie nouvelle est tout ensemble la plus dangereuse des concessions aux idées modernes et l’apothéose la plus complète de la hiérarchie. RENE

Sur aucun autre point, la théologie catholique n’a l'air d’être plus libérale, plus rapprochée de la philosophie idéaliste; sur aucun autre, en réalité, elle n’obéit plus fidèlement à la logique interne du principe catholique et

(1) Perrow£, Prælect. theol. IT, p. 24 et ss.: Non defuerunt tamen qui ulterius progressi, sibi in ecclesia quamdam veluti incarnationis continuationem videre visi sunt. Juxta hos, Christus Deus-homo voluit in ea perfectam sui ipsius imaginem ac similitudinem relinquere, in qua et per quam ipsemet vivere quodam modo videretur ac nobiscum etiam post visibilem suum in cœlum ascensum conversari…… Dummodo hæc rite intelligantur prout natura similitudinis exigit quæ ad vivum resecari non debent, nihil reprehendendum in ts conspicimus, imo ad ecclesiæ naturam el constitulionem explicandam valde hanc ideam (Moehler, Symbol., t. Il, 5, 36) conferre existimamus eaque uti non abnuimus.

Ibid. VII, p. 30 : Ecclesia infallibilis est quemadmodum infallibilis est Christus, qui eam tanquam vivam imaginem sui ipsius atque perfectam esse voluit, imo per eam quodämmodo se in terris mue ad consummationem sæculi perpetuare constituit.

est devenu les prémisses. L'Eglise est infaillible parce

1S aujourd'hui

La concession rt ei bible: elle . dans cette assimilation de la vie et du génie de l'Eglise à la vie et au génie d’un peuple ordinaire. Le dogme de la tradition est entièrement transformé. Ce n’est plus un groupe déterminé et fixe de vérités surnaturelles révélées une fois. L'Eglise ne garde pas seulement la doctrine, : elle la produit. Le dogme naït et évolue dans l’histoire et, dès lors, il peut être raconté et expliqué comme toute # production philosophique, ‘littéraire ou morale. Ce qui paraissait fixe et solide devient mobile, les glaçons se liquéfient et le fleuve recommence à couler. Mais on. voit le danger. Un De l'absolu, la doctrine tombe dans le relatif. 10 a qu'un moyen pour en sauver le caractère infaillible pe il faut diviniser l'Eglise elle-même, pour que toutes ses œuvres et ses productions soient divines. Done on canonise toute son histoire ; on la surnaturalise dans tous ses moments. Mais c’est ici qu'éclate la contradiction radicale du système. Diviniser l’histoire, c’est la nier dans son essenceet sa réalité. Dire que des hommes se succèdent et travaillent à la recherche de la vérité et la découvrent à chaque moment sans pouvoir jamais errer, c’est la même chose que de dire que des hommes s'efforcent de faire le bien et d'arriver à Ja vertu sans

(1) P. ne La Bars. La vie du dogme catholique. Autorité et évo- lution, 1898. Au milieu du cours de l’évolution et au-dessus des flots mobiles, on élève l’infaillibilité du pape comme l’autorité qui dirige | toujours l’évolution catholique dans le sens de la vérité. On ne voit pas que ce dogme de Vinfaillibilité papale est lui- même le produit, le dernier produit de l’évolution et, par suite, est entraîné fatalement dans son cours.

k Pari aie l'histoire haies É “humaine du ‘Christ, nous ‘dirons ‘qu'ils tombenit ‘dans

faisant évanouir la nature humaine ‘dans la nature divine du Sauveur, ne laissaient plus:à:ce dernier qu'une vaine

__cutholiques negardenit ‘qu'une vaine ‘apparence d’évolu-

Arrivons ‘au terme. L'Eglise, ‘au :sens strict, c'est la hiérarchie sacerdotale. Cest ‘dans cette hiérarchie que réside l'âme «de l'Eglise, sa tradition infaillible, son ins- piration divine. Or, de même que le peuple chrétien a jadis abdiqué entre les mains de la: hiérarchie, de même l’épiscopat a ‘abdiqué, à son ‘tour, eritre les mains de la papauté. L'Eglise, avec itoutes:ses grâces surnaturelles, à ses privilèges ‘ét son ‘infaillibilité, se résume:et se con- centre dans la personne du souverain Pontife, Cette per- “sonne, véritdble incarnation du ‘Christ, est infaillible ‘eomme le‘Christ, dont elle tientilarplace. Le pape, comme TEglise, n'est'pas seulement le gardien ét l'interprète de Ja tradition, il la crée à chaque moment par sa parole inspirée «ét ses décisions infaillibles; il est la tradition vivante. Mais:à ce moment même, on peut dire qu'il n°y a plus de’tradi!on. En s’achevant, le dogme catholique

est toute dans le présent; personne ne saurait en appéler

historique : ce n’est plus qu'une étiquette, sous laquelle il n'y a et ne saurait y avoir autre :chose: ‘que l'inspiration et linfaillibilité permanente du Pontife romain: (1).

(1) Perrone, III : Ecclesiæ magisterio subordinata est Scriptura et

à Et puisque le 6lo- L ‘giens catholiqueseomparent T'Eglise à à la personnedivino=

erreur de.ceux qu’on:a appelés les monophysitesret qui,

4 apparence d'humanité. De même les ‘évolutionnistes |

tion. ‘Le dogme surnaturel tue le ‘sérieux de l'histoire. .

de la tradition se nie lui-même. Désormais, la tradition

à elle contre le pape; elle n’a vraiment plus de contenu

“e uments notoirement nt ne Décrétales ou le texte apocryphe de 1 Jean V, 7, sur. les

moins,

s, dès qu'ils sont admis par l'autorité de l'Eglise, reçoi Le de cette décision même une sorte « d'authenticité surnaturel M. Scunezen, Handb. d. kathol. Dogm. es 1873, +. I, n°

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