ÉPISCOPAT ET TRADITION
La Hadition est à l’é épiscopat, dans le système catho- lique, ce que le corps est à l'âme. Leur union constitue lorganisme vivant de l'Eglise. Sans l'épiscopat, la tradition resterait une pure conception idéaliste, quelque chose d’analogue à la notion hégélienne de l'esprit se
réalisant et évoluant dans l'histoire; ce ne serait pas x une force ni une règle de gouvernement. Sans la tradi- tion, l’épiscopat ne serait qu'une caste politique dont la raison d’être échapperait et dont il serait impossible de justifier le pouvoir. Ces deux éléments apparaissent dans une solidarité d'autant plus étroite que chacun d’eux, d.
n'ayant en lui-même aucune force, tire de l’autre celle qu'il manifeste dans la réalité.
La tradition n'est qu'un autre nom de la fameuse
théorie de la succession apostolique, d’où l'Eglise déduit le droit divin du pouvoir des évêques d'enseigner la . vérité et de gouverner les âmes.
Il est donc naturel que la tradition et l’épiscopat, formant un tout organique et ne pouvant rien l’un sans l’autre, soient nés en même temps des mêmes causes historiques et se soient toujours développés parallèlement, grandissant et se fortifiant l’un par l’autre, jusqu’à leur entière et commune glorification. Cest le double épanouissement du principe surnaturel qui est à leur racine. L'acte divin d'institution supposé à l'origine devait, avec le temps, diviniser l'institution tout entière.
Fortement esquissée dans les écrits d’'Irénée, de Tertullien et d’Origène, la théorie catholique de l’épiscopat ne s'achève que dans ceux de Cyprien de Carthage (248-958). Mais l’histoire du catholicisme offre cette loi particulière que la théorie dogmatiqueretarde toujours d’un ou de deux siècles sur la réalité pratique. L'état de fait se produit sous l’action de causes générales et naturelles; puis, quand le fait s’est établi et a triomphé, le dogme le surnaturalise et le consacre dans une formule tenue pour primitive et divine. Depuis deux cents ans environ, la papauté exerçait, de fait, la magistrature suprême dans les choses de foi et la juridiction dernière dans la discipline et le gouvernement de l'Eglise, lorsque le Concile du Vatican est venu consacrer son pouvoir par le dogme de l'infaillibilité personnelle du pape et faire de l’évêque de Rome en quelque manière l'évêque unique et universel. Il en fut de même pour l’épiscopat. On le voit: naître et s'établir, en fait, laborieusement et successivement dans les grandes églises, à partir du règne de Trajan. La théorie de son institution surnaturelle, que
à due ans or sn D C'est donc encore à l’histoire et à: Yhistoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de lemander les origines de l’épiscopat; sa réponse sera plus claire encore, car ici l'évolution naturelle qui à fait passer le christianisme de sa forme primitive à sa ; forme catholique est pu visible et plus frappante que à partout ailleurs.
HISTOIRE DE LA PREMIÈRE COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE DE CORINTHE Es
Cette évolution apparaitra en pleine lumière, si au lieu de tracer un tableau général dont tous les détails ne sauraient être également éclairés, nous prenons pour objet d'observation et d'étude, l'histoire d’une église par- ticulière. L'église de Corinthe s'offre à nous. Trois documents d’une authenticité non douteuse et d'une date | précise nous permettent d'en suivre la vie intérieure : durant plus diun siècle (1). 4 : Les deux lettres de l'apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe, sans parler du XVIIIe chapitre du livre des Actes des apôtres, nous font assister aux premiers commencements de cette grande église. Ces lettres ont suivi de cinq ou six ans les premières prédications de Paul Vo en Achaïe. Quelle vivante et tumultueuse image elles