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AVÈNEMENT PROGRESSIF DE L'ÉPISCOPAT

Ce qui se Do à Cornthe se passait à peu près dans 54 toutes les communautés chrétiennes des grandes villes. __ La même histoire, avec des variantes, se répétait partout. Une institution comme celle de l’épiscopat, qui domine le second siècle de l'Eglise, ne se forme ni d’un seul coup, ni en un jour. Il n’y a eu ici ni décret spécial d’'institu- tion, ni œuvre de volontés particulières. Dans le mouve- ment général qui devait faire aboutir l’organisation des | premières églises à l’épiscopat catholique et à la hiérar- chie, il faut voir l'effet d’une logique sociale et l’action de causes historiques indépendantes aussi bien de l'arbi- : traire divin, € ‘est-à-dire du miracle, que de la préméditaie tion des hommes.

$ Les petites communautés chrétiennes qui se formaient À | rapidement un peu partout étaient l’œuvre de prédicateurs itinérants. Les apôtres ne furent pas autre chose. Leur nom signifie simplement missionnaire. C'est une erreur de croire qu'il fut réservé seulement aux Douze, ou que ceux-ci formassent un collège fermé, ayant quelque délégation exclusive pour gouverner la chrétienté et pour régler sa foi. Le nombre des apôtres du Christ (ämésrodot 705, Xpuoroë) était en réalité considérable.

|. (1) Eusèsr, H. E. IV, 22, 1 et 23, 0.

C'était le titre que prenaient ceux qui, d’une manière ou d’une autre, à la suite d’uneparole de Jésus, entendue aux jours de sa chair, ou, plus tard, à la suite d’une vision et d’un ordre de son esprit, allaient spontanément publier son évangile et fonder des églises nouvelles. Mais d’avoir reçu cette vocation, ou plus tôt ou plus tard, ne créait aux yeux de Paul aucune différence essentielle. Le premier personnage, le vrai chef de l’église de Jérusalem et des églises juives, fut Jacques qui n’était pas l’un des Douze; et le plus grand des apôtres des païens fut Paul de Tarse, qui n'avait été appelé à lapostolat que par Jésus ressuscité (4).

(1) Gal. I, 17, 6. Paul ne revendique pas pour lui seul, à titre excertionnel, le nom d’apôtre. Il l’applique à Silvanus comme à luimême, d’après { Thess. IT, 6; à Barnabas, d’après 4 Cor. IX, 5; à Apollos, comme à Céphas, d'après 1 Cor. IV, 6, 9. Il cite Andronicus et Junias comme ëxionmor èu toi dmostéhouc, Rom. XVI,7. Et qu'on ne dise pas que Paul a ainsi élargi l’usage du mot dans un intérêt personnel. Non, le mot existait avec cet usage avant la conversion de Paul. — Aïnsi Jacques était devenu un apôtre après l’apparition qu'il avait eue du Christ ressuscité : 4 Cor. XV, 7. Comp. Gal.}, 19. La même chose ressort encore mieux de 1 Cor. XV,5, comparé à XV, 7. Il est bien évident que les mots roïs drostéhots mästv du verset 7 ne sauraient désigner encore le rois dôexz du verset 5. Ajoutons que toute l’argumentation de Paul pour établir qu’en sa personne et dans son œuvre se sont trouvés tous les signes divins de l’apostolat, n'aurait aucun sens si la signification en avait été auparavant restreinte à un chiffre déterminé de personnes. Les Douze n’apparaissent formant un collège supérieur et ferme qu'après leur mort, assez tard, pour la première fois dans Le livre des Actes des apôtres qui n’a pas vu le jour, sous sa forme actuelle, avant l’an 85 ou 90, et dans l’Apocalypse de Jean, qui est de la même époque. Cependant le livre la Doctrine des apôtres connaît les ärésrohot des premiers temps, allant d'église en église avec les prophètes. Mais leur erédit baisse avec leur inspiration : Ch. XI. — Cependant, à ce moment encore, c’étaient eux, non les presbyteri, qui continuaient les fonc-

: L'ÉPISGOPAT xd AAl

L'idée et l'image d'un collège directorial, uniquement composé des Douze, à quide Christ aurait transmis son autorité avec des grâces spéciales pour l'exercer à l’exclusion de tous autres, cette idée et cette image sont postérieures et légendaires. Le premier anneau de la chaîne d’or créée par le catholicisme pour rattacher sa hiérarchie aux apôtres est un mythe.

À l’origine, nous trouvons deux grandes classes d’ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d’une part, les hommes de la parole, les apôtres, les prophètes, les docteurs, de l'autre, « les anciens », les surveillants ou épiscopes, les diacres.

Il y a entr'eux cette différence que les premiers sont au service de l'Eglise générale et même du monde qu’il faut convertir, et, qu'en définitive 1ls ne relèvent que de l'Esprit qui les anime et les fait marcher, tandis que les seconds sont, au contraire, les ministres, les employés élus de chaque communauté particulière et restent responsables de leur charge devant elle.

Il suit de là que la liberté d'enseignement dans l’âge apostolique fut entière; elle appartenait à tous les membres de l’église en leur qualité même de chrétiens, car ils avaient tous reçu l'Esprit (1). Le conflit devait éclater entre ces libres et nomades prédicateurs et les directeurs sédentaires et officiels des églises. L'autorité de ceux-ci devait souffrir souvent des inspirations de ceux-là. Néanmoins cette liberté se conserve longtemps. Nul doute qu’elle ne füt la cause persistante des troubles de Co-

tions apostoliques «et étaïent les vrais successeurs des apôtres. L'avènement du pouvoir épiscopal va achever bientôt de les faire disparaître.

(4) 1 Cor. XII, 28; Phil. f, 1; Ack. XIV, 23; XXI, 17-49; 1 Tim. HI, 8-12.

| nue que la lettre de Clément tendait à réprimer. Hermas, Justin Martyr, Tatien, Origène sont, jusque ‘dans le | troisième siècle, les témoins de cette antique liberté dont ; es laïcs ont fini par être totalement dépouillés au profit du clergé officiel investi du monopole des choses divines. [1 était dans la nécessité des choses que l'autorité ecclésiastique mît la main sur l'office et la prérogative de l’enseignement. Un texte des épitres pastorales marque ce moment de transition: «Le presbytre ou l’épiscope qui 3 peut joindre le don de l’enseignement à la charge de l'administration et de la direction a un double mérite et est digne d’un double honneur » (1). Rien n’a plus contribué pratiquement à l'établissement de l’épiscopat. Les droits de la charge croïissent avec le prestige de celui qui l'exerce. Toute l’activité de la communauté finissait par se concentrer en lui.

Remise à la garde d’une seule personne officielle, la doctrine se trouvait plus facilement garantie contre les innovations et l'unité d'enseignement plus sûrement maintenue. La Doctrine des apôtres nous a conservé un curieux témoignage de la réaction qui se dessinait, dès . la fin du premier siècle, un peu partout, contre les pré- : dicateurs et prophètes itinérants et les inspirations indi- :

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