CRE
mot prêtre vient du mot grec -presbyter à qui, dans gine, toute notion sacerdotale était étrangère. Il était, “exactement traduit en latin par senior, anciens, délégués au Sénat chargé de gérer les affaires de la communauté.
Il était désigné par l'élection pour les services rendus ‘our à rendre, tout comme les édiles l’étaient par les électeur 1e . du municipe, ou comme les directeurs des synagogue D . l'étaient par leurs coreligionnaires. Pas plus dans un cas que dans l'autre, on ne s’imaginait que ce choix fit ui. ER les élus de leur condition naturelle. Le mot presbyter n'a pas eu d'autre sens jusqu au milieu du second siècle. Mais il était inévitable que lorsque l’eucharistie prenait 5 l'air et le sens d'un sacrifice, le presbyter prit le rôle et la figure d'un sacerdos. Cette idée sacerdotale s’est telle ment incrustée dans le mot prêtre qu’il en a recouvert et. fait oublier la signification première. Prêtrise et sacerdoce sont devenus synonymes. Cest ainsi que l’histoire des mots nous raconte parfois celle des idées CE)
| Le mot clergé à eu une destinée exactement parallèle. ; ‘En grec kléros a le sens le pHisie cénéral, depuis celui de __ dé à jouer et de sort, jusqu’à celui de fonction, de ministère et de rang ou classe sociale (2). Dans une de ses
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ar
(4) Pour le sens initial du mot, voy. Matthieu XVI, 2; Marc VII, -31; Luc IX, 22; Act. XIV, 23; 21, 17.— Comme à l’origine, la charge | #5 d'enseigner, le munus docendi, n’appartenait pas essentiellement aux ER « anciens », mais seulement la charge de diriger.et d’administrer, à si les prédicateurs apostoliques. formaient une sorte de clergé, on 5e peut dire que les «anciens » étaient d’abord essentiellement laïcs.
- (2) Dans Act. T, 26 : Edwxav #\pove adroïic et dans Matth. XXVII,
35 et paral., le mot signifie dés ou moyen de tirer au sort. Et c’est
évidemment là le sens primitif d’où découle celui de ot, obtenu
DA y avait A a ou confréries. I y avait le | kléros des membres ordinaires, celui des veuves et des : +24 matrones, celui des confésseurs de la foi, celui des dia cres, des seniores et des épiscopes (2). | : L'invasion etlaprépondérance del’idéesacerdotalerom- L . pirent l'équilibre de ces classes diverses et changèrent ve du tout au tout le rapport de ceux qui en étaient revêtus, e. avec la communauté. Ils rejetérent dans l'ombre ou se # subordonnèrent tous les autres comme des degrés de es l'échelle hiérarchique dont ils , occupaient le sommet. AS L'ordre des seniores et des épiscopes devint l'ordre ecclé- ; siastique par excellence, la caste sacerdotale souveraine, Je clergé GE ie < Re
< . Dee.
(A un partage ou distribution de charges, par suite, la charge He
__elle-mê me. Act. I, 17 : ôv xAïoov Ta Dranovias raÿrnc. Puis il équi- vaut à rang, classe, ordre. — Ainsi, Act. XXVI, 18, les païens sont | appelés à recevoir le pardon des péchés et à prendre rang, Aabeiv 4 xkfpov, parmi les sanctifiés par la foi en Christ. — Le verbe xknpobaat, être agrégé au x\ñpoc, n’a pas d’abord le sens d'ordonner ou de consacrer un prêtre. Il s’applique à la conversion de tout. #S - chrétien en général. Act. XVII, 4; Ephés. E, 11, et plus: PE en- Re core, Epist. ad Diogn., 5, 4. de.
(4) Ad Ephes. XI. ù #
(2) I Pierre, V, 3. CLémEnT Row, I Cor. 41, 1 : Éxxoroc… ëy r® Fi Es mdypart ebyapuoreltu. Taux — a te Ka
Eusèee, H. E. V, 1, 10 et 26 : il est question ie fois du x %p0c TOM RE uaotipwy dans la lettre des églises de Vienne et de Lyon. Pour l'ordre des veuves, des « anciennes », ou diaconesses, ITim. V,2-16. Hermas, Pastor, Vis. II, 4, rôle dtrbas à Grapté. TERTULLIEN, de virg. vel. s MOMEECS Noy: DA Ignatius u. seine Zeit, p. 580 et ss. : 3
(3) TerTuLLIEN le premier parle d’un ordo ecclesiasticus, d'un ordo à sacerdotalis. Il nomme l'évêque sacerdos, summus sacerdos, pontifez | maximus, avec ou sans raillerie : de pudic. 2; de bapt. 7; de
ee. à Fe messe ciouc conduisait de preshytérat ; | ue à ee EE x
vic mes et. sacrificateurs, temples et autels. Jésus à manifesté plus d’une fois son dédain pour les rites et les sacrifices lévitiques. HANeS purifié le temple des mar- “ chands qui l'encombraient et il a fini par en prophétiser : Ja destruction prochaine (1). Avec l'ère messianique d’ailleurs, 165” sacrifices devaient cesser (2). Comment done le culte chrétien au DE de deux siècles est-il
Le exhort. cast. 7, etc. À partir de ce moment, on cherche à donner + “du choix de ce mot xAH00G, une raison divine en le liant à l'insti- | __ tution sacerdotale elle-même. De là l'explication ingénieuse, mais fantaisiste de JÉROME : Epist. 52 ad Nepotianum : Clerici vocantur + vel quia de sorte sunt Domini, vel quia ipse Dominus sors id est pars clericorum est. (Deuter. X, 9 : XVIII, 2). L’explication d'AUGUSTIN est moins acceptable encore. Expos. in psal. 167, LOMMELS clerum et. “elericos hinc appellatos puto, quia Matthias sorte electus est quem primum per apostolos legimus ordinatum (Act. I, 26). Le dogme dictait aux plus se a de ne et leur histoire et leur
exégèse.
.. (4) Jean IV, 23 et 24; Matth. VI, 1-18: IX, 13. Marc VI, 10-12 XIT, 33; Jean Il, 13- 19; . Matth. XXIV, 2; XXVI, 61; Act. VI, 140 VII, 42- 50; Rom. XII, 1 : hoytXn harpela.
TAN Apoc. sn 22 : a vadv où% etôoy £v at.
expliquer et justifier un changeme t si i radical, les dicateurs de la religion nouvelle durent se servir des: anciennes formes du langage religieux. Ils disaient que ME véritable sacrifice qui plait à Dieu est celui du péché,
que l'offrande qu'il réclame est le don du cœur, la prière reconnaissante, l'amour du prochain, la pureté de vies Ainsi Paul, le plus spiritualiste des apôtres, écrivait aux 0 chrétiens de Rome: « Offrez vos corps en sacrifices, Re. vivant et saint, le seul agréable à Dieu. C'est votre culte raisonnable », c’est-à-dire le seul culte qui soit dans la 20 $ logique de votre foi (4). Avec les ressources de son exé- “1e gèse allégorique et de sa typologie alexandrine, fauve 7 teur de l’épitre aux Hébreux faisait un pas de plus; 1 M retrouvait dans la nouvelle alliance, la réalité permanente HR
du culte dont l'ancienne n'avait que l'ombre provisoire, | tie grand prêtre et la victime, le temple, l'autel et le sang ne | expiatoire (2). Cette méthode n'était pas sans (langer. Le fond du culte était nouveau sans doute, mais les anciennes formes étaient maintenues. La conception du culte restait fondamentalement la même. Quand l'esprit du Maître | soufflera plus faiblement, quand la masse chrétienne du . second siècle se refroidira, elle sera entrainée par le poids ra À de ses habitudes païennes, dans les ornières du passé. . % . Conspirant ensemble, l'intérêt ecclésiastique d’une part, et ë de l’autre, la piété superstitieuse et formaliste des chrétiens de nom et de naissance, tendront à changer les Ke = métaphores apostoliques en réalités positives, et l'Eglise | travaillera à réaliser, à la fois dans sa constitution et
ne
/(4) Rom. XIE, 1 ; Eph. V,2; Phil4 II, 47; IV, 18; Héb. bi NEA Apoc. V,9; VI, 9; VIII, 3; XIV, 48, etc. F6 (2) Hébr. V- X ; ; cCOMmP. un Ro., I Cor... 40, 41 et passim.
| Tout cela pp rait clairement dans l'histoire de Ja di à eucharistique qui devient, par un progrès facile à sui-. ivre, le sacrifice de la messe catholique. sein Dans les premiers jours, c'était un repas religieux, un banquet fraternel, analogue aux repas de famille que | célébraient les Juifs, à des jours déterminés, avec de prières. de bénédiction sur le pain rompu et distribué et. sur 4 coupe commune, circulant de main en main (4). Prendre 16° même aliment avait pour effet de faire un ‘seul Corps de tous ceux qui s'en nourrissaient. Jésus avait l'habitude, comme les Juifs pieux de son temps, d célébrer de ces sortes de repas. avec ses disciples et de prononcer en commençant sur le pain et levin une prière : d'actions de grâce. C'est à cause de cette prière que le rite fut nommé ÆEucharistie (2). IL est tout naturel que le dernier souper qu ‘il fit avec les: siens, prit une à S solennité : ques grande, étrque le Sauveur, comme il avait à appliqué à à l'embaumement de son corps le parfum de “ Marie sous l'empire de la vision de sa mort prochaine, ; ait aussi montré dans le pain rompu et le vin versé, | l'image de son COIPS supplicié et de son sang répandu (3). Mais ie ne so pas que dans la primitive. Église de
(0) Traité des Berachot du Fi de Babylone, édit. SCHwAB, F. «p: 410 et ss. et le Rituel israélite. Voy. Pau SABATIER, la Didachè, p. 99 et ss. Lightioot, Hore-hébraicæ went ut:
(2) Marc Ni 41 et" paral.; VIIL-71: XIV, 22; UOr EX 16 Ledhoyhous, ne TOTAELOY rhc edhoyias.
(3) Mare XIV, 22 et paral., ro5<6 èziv sd süué mov. Ilest probable que le verbe Éstty, sur Le sens duquel on a tant discuté, n’était pas exprimé dans la phrase araméenne dont Jésus s’est servi. Il ÿ avait selon toute ASE simple juxtaposition : ce pain, mon corps. il
Jérusalem, et plus tard encore dans d'autres communautés, l'idée de la mort du Christ ait toujours été attachée à la célébration de ce repas: de famille. Aucune liturgie n'était arrêtée. Les prophètes et les apôtres improvisaient les prières et les exhortations qui accompagnaient la distribution du pain et du vin, symbole de l’aliment spirituel dont Dieu nourrissait l'âme de ses élus (4).
Dans les églises de Paul, au contraire, la Cène fut,
faut n’avoir aucune intelligence du langage oriental et de l’usus loquendi des prophètes, en général, et de Jésus, en particulier, pour mettre en doute le sens figuratif de cette facon de parler, si populaire et si lumineuse.
(1) Cela ressort avec une irrésistible évidence de la liturgie de la Cène la plus ancienne que nous connaissions et que la Doctrine des apôtres nous a conservée. « Pour l’eucharistie, procédez ainsi : D'abord avec la coupe (débuter par la coupe est bien original et conforme à la pratique juive. Comp. Luc XXII, 17): Nous te rendons grâce, Ô notre père, pour la vigne sainte de David, ton serviteur, que tu nous as fait connaître par Jésus, ton serviteur. A toi la gloire dans tous les siècles. Puis au sujet du pain rompu: Nous te rendons grâce, 0 notre Père, pour la vie et la sagesse que tu nous as fait connailre par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans tous Les siècles ! Comme ce pain était dispersé sur les montagnes et, rassemblé, est devenu un, que ton Eglise ainsi soit rassemblée des bouts de la terre dans ton royaume (IX, 1-4) ». Cette liturgie est bien plus ancienne que le document qui nous l’a conservée et semble avoir une origine galiléenne. Mais elle n’était pas obligatoire, car on lit immédiatement après (X, 7) : « Quant aux prophètes, laissez-les célébrer l’eucharistie comme ils veulent. » En tous cas, aucune mention n’est faite ni de la chair ni du sang, ni du corps ni de la mort de Jésus. A propos du pain, il est dit seulement : Maitre tout puissant, tu as créé toutes choses à cause de ton nom; lu as donné aux hommes nourriture et breuvage, afin qu'ils en jouissent et qu'ils te rendent grâces : et à nous, dans ta grâce, tu nous as donné une nourriture et un breuvage spirituels el la vie éternelle, par lon serviteur. Nraisemblablement il y avait
dès le commencement, le résumé ou le symbole de l'évangile de la eroix, c'est-à-dire de la-mortdu Christ qui s'était offert en victime expiatoire pour le salut des hommes. Cest le souvenir de ce sacrifice que doit entretenir le € repas du Seigneur ». La Cène se séparera de l’agape primitive pour garder cette signification particulière et devenir la partie centrale du culte. Les éléments du pain et du vin sont mis désormais en un rapport étroit avec la chaïr et le sang du Christ. L'indigne qui mange de ce pain et boit de cette coupe, est responsable du corps et du sang du Seigneur. Sans aucun doute, la Cène n'est encore ici qu'un mémorial et qu’un symbole, mais un symbole déjà plein de mystère (1).
Ces deux conceptions de la Cène vont se rapprocher, se fondre et se développer l’une et l’autre jusqu’à l'idée d’un sacrifice véritable. La première aboutit promptement à l'idée d’un sacrifice d’oblation, à une oflrande faite à Dieu des prémisses. des aliments de vie par lesquels subsiste le corps de la communauté; la seconde arrivera ensuite’ à l’idée d’un sacrifice expiatoire pour le péché.
Dans les deux cas, l’idée première de l'Eucharistie est renversée. Ce n’est plus Dieu qui donne, c’est la communauté qui offre pour obtenir ensuite. Déjà, dans l'épître de Clémént Romain, les éléments de la Cène sont présentés comme une oblation semblable aux oblations de l'Ancien Testament, qu'on apporte et qu'on dépose sur l'autel de Dieu (2). Cest la pure offrande que déjà l'Éter-
pas autre chose dans la x äotç vod äovov, que d’après Act. Il, 42 (reproduisant sans doute une source plus ancienne) célébrait la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem. (1) 4-Cor. X, 18-21 et XI, 47-29. ; (2) CLémenr Row, I Cor. 36, 1; 40, 1et2; 41, 2. IGnace ad Eph.
d ande de reconnaissance et de joie pour les la terre, pour le pain spirituel, et pour tous les nr “de Dieu, y compris ceux qui sont enfermés pour les
pécheurs dans la mort de J ésus-Christ GES 2
XX : vu Gproy xAGvrec Üc ÉTiy paopaxov aOavastas, dytidor0c TO Li AT in
os — Jusrin Manryn, Dial. av. Tryph., 117: ôt pèv obv xai edyai A al ebyaororlar nd roy déluv ywduevar, rékerut uévar xal eddpesrot etou Là r@ ep Ovolar.... rare yäp môva na potaruavol mapélabov roreiv, xai 7
‘èT dvapyroet D tic Toôpic adrwv Enpüc ve xai dyo%c, è) à xat Tod.
rs mabouc 0 0 rénove Ôv’ adrobc 6 vids Toù in LÉUVNYTAL. (4) Irénée, adv. hær IV, 17,5 : Sed et suis discipulis dans consilium primitias Deo offerre ex suis creaturis — ut ipsi nec infructuosi nec v in grati. sint, eum qui ex creatura est panis accepit — et calicem simi- . ee liter — et Nov. Test. novam docuit oblationem quam ecclesia in universo. mundo offert Deo, ei qui alimenta nobis præstat, primitias suorum à munerum in N. T. de quo Malachias sic præsig gnificavit. A La doctrine du logos incarné domine et inspire au second siècle toute la doctrine de l’Eucharistie. Le pain et le vin ne sont plus du pain et du vin ordinaires. Mais dans la Cène, après les paroles der consécration, ils sont pénétrés de la présence vivifiante du logos, en sorte qu'ils rendent immortel le corps qui s'en nourrit, comme l'âme est sauvée et vivifiée par le logos lui-même. Les éléments de É la Cène sont mis souvent en parallèle avec la chair et le sang que le ; ‘logos prit dans le sein de sa mère. L’eucharistie devient ainsila
ÿ re
seconde forme de l’incarnation du logos. F Jusrin Marr. 1re Apol. 66: où yäp &s xotvdy Zovov od0È xotyov roux - F4 Tadre, hau6avousy, xTh. d Le pain et le vin deviennent ainsi le corps da Christ et les corps. +2 qui s’en nourrissent deviennent immortels comme lui. Toutefois, ke
ce n’est pas encore le dogme de la transsubstantiation,c'est la coexistence mystique et mystérieuse des deux substances et des deux élé-ments, de même que dans l'homme Jésus la chair terrestre et le logos céleste ont et gardent une égale réalité, C’est ce qu'explique très bien Ixénée IV, 18, 5: nüç Tim'oioxx Myovoty ele pÜooùv ywopeiv, al La peréyety Tic Cuñc, Tv and rod swüuatoc Tod xvotoù xai Toù d'lua- TOG AÜTOÙ TREPOMÉVTHV,... Ipospiponey d dr Tà ldva, ÊUESÀWS 0UvVwy Lay
|“ mouÈG. né éotiv, , SN cbxapuoria, ëx 050 LRAUE (TUVET EN XL IA te D re xal oboaviov, otws xa Ta cwuuara hudv peTahau6avoyta Tic dx aee UnxETt eva sUepre TV EATida pus eic aitovas AVATTATEUNS os | Ce Ron de vue ue permettait encore les interprétations æ Te de la Cène. Ainsi TERTULLIEN pouvait expliquer ces : mots hoc est corpus meum par figura corporis mei, adv. Marc. IV, 40 et CLémenT d'Alexandrie et ORiGÈNE étaient libres de protester éner-
giquement contre une conception matérialiste de la Cène. Pædag. 1,6, 47: vo. aix oÙvos AAnyopEtraL. Comp. IT, 2. Voy. ORIGÈNE, in Matth. pen 44, appliquant hardiment à la Cène ce que Jésus dit des aliments (Matth. XV, 11) : Ce qui entre dans la bouche de l’homme ne saurait ni le souiller ni le sanctifier, et tirant de ce principe toutes les conséquences. . Mais ce spiritualisme de quelques hauts esprits devait être vaincu. Dans l'esprit de la hiérarchie et dans l’imagination populaire, la conception matérialiste s’implantait plus profon- Ê dément chaque jour. Défendue par Jean Damascène, de fid. orth. IV, 43, elle fut proclamée foi de l'Eglise au second concile de Nicée. Mans, XII, p. 266. Bien avant d’avoir été défini par Paschase Radbert, le dogme de la transsubstantiation existait en fait dans la tradition catholique.
- Ce dogme permettait de retrancher la coupe aux fidèles. Le corps a Christ étant tout entier dans lhostie chair et sang, le vin devint une superfétation. On ne voit pas pourquoi on l'a conservé aux prêtres eux-mêmes, si ce n'est pour leur faire honneur. Il est curieux de noter que ce retranchement de la coupe devenu de règle dans PEglise romaine a été jadis condamné comme une coupable héré-. = sie par les papes Gélase I et Léon- le- Grand. — Gratiant Decretum de Gonsecr, D. 2. C. Le
tion du sacrifice accompli par le Christ sur la eroix. La nature et les effets du sacrifice sont dans les deux cas identiques. Cela veut dire que l’action célébrée à l’autel a la même vertu que la mort de Jésus. En d’autres termes, * chaque jour, dans l’hostie consacrée et offerte suivant le rite officiel, c’est le Christ lui-même qui est immolé. Le signe est devenu la chose signifiée et la commémoration du sacrifice du Calvaire en est Ta répétition indéfinie: Dès lors aussi, la vertu. de ce sacrifice à été conçue de plus en plus magique en ses effets et large dans son étendue. Elle ne se limite pas à ceux qui y participent, mais à tous ceux, présents ou absents, que le prêtre comprend dans sa prière, aux vivants et aux morts (1).
Avec le sacrifice de la messe, le sacerdoce catholique est constitué sur le modèle des sacerdoces antérieurs. Il a le même monopole et le même pouvoir mystérieux et terrible, soit de rendre la Divinité propice, soit de déchaïiner sa colère. Les paroles de consécration ont le même effet de magie que des formules des rituels anciens et le même pouvoir de faire violence (si la chose était nécessaire) à la volonté divine. Le prêtre est plus qu’un homme, plus qu'un ange (2). Médiateur nécessaire entre la terre et le ciel, il dispose de l'autorité de Dieu même. Il ferme
(1) Du temps de Cyprien l’évolution est un fait accompli et toutes les conséquences s’en déroulent.
Cyprien, epist. 63 : Christus ipse est summus sacerdos et sacrificium Patri se ipsum obtulit et hoc fieri in sui commemorationem prœcepit, utique ille sacerdos vice Christi vere fungitur qui id quod Christus fecit, imilatur et sacrificium verum et plenum offert in Ecclesia Deo Patri.
(2) Cat. Rom P. IT, 7, 2 : Quumssacerdotes tanquam Dei interpretes et internuntii sint, qui ipsius Dei personam in terris gerunt, merito non solum angeli sed dii etiam appellantur.
L'ÉPISCOPAT Men NE EU
et personne n'ouvre ; il ouvre et personne ne ferme. Il sauve et damne sans appel. C'est ce qu’on appelle le pouvoir des clefs.
Entre le peuple et le sacerdoce la séparation est accomplie. La belle image évangélique du berger et du troupeau, prise et interprétée littéralement, a servi encore à appuyer ce monopole sacerdotal. On sait comment la commentait Lainez, le général des Jésuites, dans un discours célèbre prononcé devant le Concile de Trente : « Les brebis sont des animaux privés de raison et, par suite, ne sauraient avoir aucune part au gouvernement de l'Eglise (1) .» Il y a donc deux Eglises : l’une qui comprend lensemble du peuple chrétien, l’autre qui est l'Eglise au sens strict, c’est la hiérarchie. À celle-ci appartient l'office de gouverner et d'enseigner; à celle-là, d'obéir et de se laisser instruire (2). L'architecture catholique à traduit cette division du corps de Christ en séparant dans ses édifices, par une. grille et par des degrés, le chœur du parvis. Le chœur, c’est l’église des prêtres; le parvis, c'est l'église des fidèles. Ainsi dans les temples anciens, un voile où des barrières séparaient de la foule profane le sanctuaire du Dieu où le prêtre seul avait le droit d'entrer et d’officier.
Une belle légende inspirée par l'esprit chrétien primitif veut qu'à l'heure même où Jésus expirait sur la croix, le- voile du temple de Jérusalem ait été déchiré par une main invisible, et que le lieu Très Saint, réservé jusque-là au seul souverain sacrificateur, ait apparu ouvert'et accessible désormais à tous (3), image de la sainte
(1) Sarer, Hist. Conc. Trident., t. VII, p. 1.053.
(2) Cat. Rom. I, 10, 23 : Atiorum est præesse et docere, aliorum parere et subjectos esse.
(3) Matth. XX VII, 51.
Jean : « Le Christ nous a fait rois et sacrificateurs à Dieu.
Saint- Esprit. Et c’est ce don de l'Esprit, qui, dans da pri-
se ? ue ee fait seul” Le vrais chrétiens. pic recon= ÿ”
qui sont Lou Mers. Il . Fe à re ne fe .
l'Esprit, réservé SL à ue ue ou pro- phêtes, est maintenant répandu sur toute chair, univer-.
sellement (1). Cest pour cela que tout disciple peut an :
. noncer la parole de Dieu dans les assemblées (2). Pre tre Pierre écrit aux chrétiens d'Asie, sans exception :
« Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal ». Cest encore le cantique qui retentit à travers l'Apocalypse pe
son père » (3). L'idée de ce sacerdôce universel des chrétiens se maintient longtemps dans l'Eglise, en concur-
rence avec celui des prêtres, qui finira peu à peu par : labolir. Cependant, Justin Martyr, Irénée, Tertullien, témoignent encore de ses droits originels et de sa pers #
sistance (4).
LE
(4) Matth. XXII, 6-10. Matth. IL. 41; Mare, XII, 413; Luc. XI, : 18; Act. 11, 33; VI, 3; VIE, 45 ; XV, 8; Rom. VIII, 9, 23; 1 Cor. I,
10-16 ; 2 Cor. XIII, 13, etc. à (2) 1 Cor. XIV. tr 4 (3) 1 Pier. I, 4-8 Apoc. V, 10.
a KT
(4) Jüsrix Marr., Dial, av. Tryph., 116. Inénée IV, 8, 3: Om jt
sacerdotalem habent ordinem. Terruziex, de exhort. cast. : Nonne et
laïci sacerdotes sumus ?.… Differentiam inter ordinem et plebem consti- is
tuit ecclesiæ auctoritas ; adeo ubi ecêlesiastici ordinis non est concessus. Ç
et offers et tinguis et sacerdos es tibi solus. Ubi tres, ecclesia est, liver :
ACIER Non est personarum acceptio apud Deum.
1e Le He nouvelles, pour se faire ui “Or Gus sous un COnÉ ancien. ri see ;
Los chrétien 4 1e dtoit d’ do à Dieu par J és Cher us il en est ainsi, on voit aussitôt s'évanouir toutes les rai- | sons que pourrait donner le prêtre de s'élever au-dessus | ï de la communauté dont il est seulement le serviteur.
LA ne POS OcIQUE
| Rappelé par le souci de l'unité et de ot dans be constitué par la notion du sacerdoce, l’'épiscopat s'achève par là théorie de la succession apostolique. Mais ue la théorie a suivi, non précédé, l'établissement de lépis- à copat. Il en est toujours ainsi avec les institutions poli
tiques. Il faut qu'elles existent en fait avant qu’on songe D à les. justifier en droit. Les Capétiens détenaient la cou- ronne de. France lorsque leurs légistes et leurs théologiens, pour la fixer sur leur front et sur celui de leurs ne ‘descendants, imaginèrent la théorie du droit divin. La | succession: apostolique, c’est la théorie de la légitimité surnaturelle et ne du pouvoir des évêques.