‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 38 sur 124 · TT A · texte numérisé non relu

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Cette théorie qui apparaît à da fin du second siècle, fut l'œuvre du génie juridique de Rome. Comment élever l'autorité épiscopale déjà partout établie au-dessus. des attaques du dehors et des ‘discussions du dedans? Ni l'idée d’une simple tradition historique restant sujette à critique et à revision, ni celle d’une autorité gouvernementale sortant de la communauté elle-même et tirant tous ses droits de ce consentement du peuple chrétien, ne pouvaient suffire à maintenir l’ordre, à prévenir les schismes, à vaincre l’hérésie. Il fallait mettre le pouvoir de gouvérnement et ceux qui l'exerçaient en dehors et audessus du jugement de l'Eglise même, et, pour cela, il n'y avait qu'une solution : montrer qu'il s'agissait d’un pouvoir surnaturel, sorti non de la volonté de l'Eglise, mais venu du ciel par transmission officielle, légale; ininterrompue de Dieu au Christ, du Christ aux apôtres, des apôtres aux évêques et à leurs successeurs.

Un prince destiné à régner, . entre dans la dynastie royale par la naissance. Dans la dynastie épiscopale, on entre par l’ordination. |

Cette transmission légale d’un pouvoir d'origine divine est, dans les deux cas, une fiction historique énorme; mais dans les deux cas aussi, ce n’est pasla fiction qui établit le pouvoir, c’est le pouvoir déjà établi qui engendre. et explique la fiction. Ce n’est pas le dogme de la succession apostolique qui à fait lesévêques ; ee sont les évêques qui ont fait le dogme. Aïnsi tout rentre dans l’ordre naturel des choses et le mystère s'éclaireit.

L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d'évêque constitué par un apôtre et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs. A°cela, il y a deux raisons également décisives : la première, c’est qu'un intervalle

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de plus d’un demi-siècle sépare la disparition des apôtres de l'apparition du premier. évêque à figure catholique. La seconde, c'est que, dans le principe, les apôtres d’une part, et les évêques ou les diacres d'autre part, n'étaient. pas le prolongement les uns des autres, mais appartenaient à deux ordres essentiellement différents. L'apôtre tenait sa mission de Dieu et il se devait à l'œuvre de. l'évangélisation générale; il ne pouvait devenir le directeur fixe d’une paroisse prrticuliére ; aucun apôtre n’a été évêque ou diacre. Au contraire, les épiscopes, les anciens, les diacres appartenaient à une église locale dont ils étaient les fonctionnaires responsables et ils ne pouvaient pas lui être imposés sans son consentement. Peu importe, dès lors, le mode précis de leur nomination. Sans doute, les apôtres, ou fondateurs d'église, ne s’en désintéressaient pas. Tantôt ils prenaient peut-être l'initiative et désignaient les plus dignes par un choix que confirmait l'assemblée ; tantôt, c'était l'assemblée qui élisait d’abord ses anciens ou ses diacres, qu'installait ensuite un apôtre; ou bien enccre comme les Etienne à Corimnthe, c’étaient les chrétiens les plus capables et les plus zélés qui se mettaient à l’œuvre, prenaient d'eux-mêmes soin du culte et des affaires communes et étaient confirmés dans cette fonction par l'approbation reconnaissante de la communauté.(1). Mais en définitive la source du pouvoir et l'autorité dernière restaient toujours dans l'assemblée plénière des fidèles (2).

(1) Nous trouvons des exemples de ces modes divers dans nos plus anciens documents : du premier, dans Act. XIV, 22; du second, dans Act. VI, 1-6; du troisième, dans 1 Cor.. XVI, 15.

(2) CLémenT Rom., 4 Cor. 54, 2: mot rà noootacoüpevx md vou rA0ovc. Comp. 44, 3 : ovvevdoxnodonc tic ExxAnolac maons. Le droit de veto et parfois d'élection appartenait encore à l'assemblée

constant, on ne comprendrait pas que cette charge de J'épiscopat eût été la cause de tant de brigues et de Ntant de disputes dans les. églises, surtout dans les com- mencements (1). Rien au contraire, n’est plus naturel, si la démocratie a été d’abord, comme tout le démontre, Je L. one même de la chrétienté primitive, :

© Une fois les apôtres morts, et une fois oubliée la diffé- 2 rence originelle des fonctions de l’apôtre et de celles der l'épiscope, on conçoit très bien que les hommes d'ordre ins en aientappelé à une sorte de tradition générale où l’épis- à copat était présenté comme la suite et la continuation de l'apostolat, et qu'ils aient voulu fortifier le premier, TRE tout le prestige que gardait le second aux yeux des géné- rations nouvelles (2). On conçoit mieux encore qu'on ait voulu, dès la fin du premier siècle, régulariser le choix x et l'investiture des « anciens », des diacres, des € épis- G copes » pour en faire les gardiens et les dépositaires de :

à la vraie doctrine et de la vraie tradition apostolique 6).

La :

nière des fidèles du temps de Cyprien (Epist. 3, 55, 67 et 60) ct é a persisté jusqu’au Moyen Age. 9 ‘ (1) Euses, HE, IV, 22,5; V, 46, 7; V, 28, 12; VL 43,5. ha: F0

Past., Mand., XL. Terruzuen de bapt., 7: Episcopatus æmulatio schis- %

matum mater est. Gyprten epist., 59. Oprarus adv. Parm., IV. SE Æpiprane, hær., XLII, 1, etc. re. NC

(2) Créer Rom., I Cor, 42,4, 2et4:Oi aréorohot À et do re nd TOÙ #bplov’Incoÿ pe ’Insoës à Xprorôs amd rod Ocoù ter on. : * ‘ÈyévoyTo, ody dupôvepa EÔTAXTUG ÈX Es Beod..…... [oi äréoroko]

xatà XWpas oùv a) môdels xnpÉcoovres aloravoy rdc ATAPYÈS adTEY, 1 Soxupésaurec T@ RVEUpaTL, el Èmuoxémove al draxbyods ro ue XÀOVTwY miotedeiv. Comp. 44 où l’auteur FoxRDRe avec > plus de réserve et. de prudence.

: (3) Tite I, 5- 10 : 2 Tim. Il, 1 et 2;1 Tim. % 22 et IV, 14, ete.

de. Ro. à se dis, qui gouvernent ensemble vo même communauté (1). Donc l'évêque catholique n’est pas encore là. En second lieu, il est très remarquable que Clément : Romain, . a les fonctions de ces épiscopes et de

1 nc assez aires qu He par exemple a prédit et préordonné l'installation des épiscopes et des diacres dans les diversés paroisses chrétiennes (2). Ce sont ces - phénomènes pris sur le vif et étudiés de près qui montrent — combien était fictive la représentation qu’on se faisait un / : siècle plus tard des origines de lé épiscopat. Le men * encore ici cachait l’histoire à tous les yeux. 3 Le second moment de cette évolution est représenté F par. la théorie d'Ignace sur l'épiscopat. Cette théorie É diffère essentiellement de celle qui triomphera plus tard ; elle est plus religieuse et plus haute, mais par cela même, moins apte à servir en argument Jeu dans les conflits du temps.

L'évêque d'Ignace est encore un simple évèque local, si) ‘ose ainsi dire, un évêque dont la mission est de réaliser et. T représenter l'unité de la paroisse à RAS il

(1) Cela ressort du pluriel dans le texte même de Clement 42, A et 4 : xaloravov..…. els èmtoxémouc ai draxdvouc. Comp. même épiît. 1 et passim. s (2) 42, 5. Ibid, 43, désignation miraculeuse de la tribu de Lévi et __ de la famille d’Aaron, d’après Nomb. XVII.

préside. Sa personne est le foyer où se concentre la vie intérieure de la communauté.

Dans l'Apocalypse de saint Jean, un ange apparaît à la tête des sept églises d'Asie auxquelles le voyant éerit au nom du Seigneur. Cet ange gardien, c’est le génie même de chaque église. Eh bien ! l’évêque d’'Ignace, c’est cet ange en chair et en os, incarné désormais en la personne du chef en qui se résume la communauté tout entière devant le monde et devant Dieu (4).

Ignace contemplait en son esprit un type divin, un type idéal d'église, un type céleste qui, un jour, avait été réalisé sur terre pendant la vie historique du Christ. A ce moment de perfection, il y avait dans la communauté messianique un centre vivant: la personne du Christ; puis autour d'elle, le collège des Apôtres, et enfin, au troisième rang, le cercle des fidèles. Voilà le type primitit que chaque chrétienté distinete doit s'efforeer de reproduire. Au centre, l’évêque qui tient la place du Christ ou de Dieu ; puis le presbytérat qui représente les Apôtres, puis l'assemblée des fidèles. Ce n’est pas l’évêque, c’est le preshbytérat qui est ici la suite et l'héritier de l’apostolat (2).

(1) Apoc. Il, Let ss.

(2) L'éloge et le rôle qu'Ignace accorde à l’évêque ont paru renchérir de beaucoup sur ceux qu'Irénée et Tertullien, un demi-siècle plus tard, lui décernent. On les a tenus pour hyperboliques. Ils ne sont que mystiques ef se comprennent très bien du point de vue mystique que nous venons de dégager. Gela ressort avec évidence des passages suivants : Ad Magn., II, 1 ; VII : “Qoxep odv 6 Xp10ç veu Toù THatoÙùc OÙOÈY TOILE... oùtuws un0è Ümeis &vev rod Érioxérov xx) Tv RpeT6vTÉ puy urôèv rpkoete.— Ad Trall,. I, 2: ’Avayraioy oùv otiv...dveu TOÙ ÉrtoxÜTo0 pndèv Todocerv buäc, &AN Érordoceotiar xai Ti mpesbvtepie we rois dmooréhouc ”Incoë Xprorod.— Ibid. IN, 1 : rov érloxomoy évrx rÜroy Toù matpôe, tods DÈ moesbutépouc de cuvédorov Üeod xx oÜvÜsuoy àro-

Quelque haut qu'Ignace place la personnalité mystique . de l'évêque, ilne fautpas méconnaître que la communauté elle-même reste toujours comme dans les tempsantérieurs le point de départ et la base de sa conception eeclésiastique. Tant qu’il en est ainsi, l’évêque sort de la communauté et n’est pas encore essentiellement différent des « anciens » au-dessus desquels il s'élève tout en leur appartenant encore, comme les anciens ont encore leurs racines dans l'église qui les a choisis et qu'ils dirigent. L'évèque est l’image du Christ et en tient la place momentanément ; mais 1l n’est pas le Christ ; les anciens sont l'image des -Apôtres ; ils ne sont pas les Apôtres. Cest le rapport allégorique et religieux du type et de l'antitype. Il n'empêche pas qu'évêques et anciens n’appartiennent encore à la communauté d’où ils sortent et n’en soient comme l'émanation et la délégation élue. Mais évidemment, nous touchons au moment critique. Un pas de plus -et tout va changer. |

Le changement consistera en ceci que l’évêque, au lieu de représenter la communauté particulière, deviendra auprès d'elle le représentant et l'organe de l’unité et de la tradition de l'Eglise universelle. Cette image d’une église catholique héritière et gardienne de la vérité contre l'erreur, surgit alors comme un phare au milieu de la

ot6Awy. Ad Philad. IV, VII et VIII, ad Smyrn. VIII, etc. De là, l’idée que l’évêque tient la place de Dieu ou du Christ et que le presbytérat est comme le sanhédrin de Dieu ou le collège des apôtres. De là aussi l’idée que la vraie eucharistie est celle de l’évêque; que là où : est l’évêque doit être le peuple chrétien, car la véritable église est Jä où est Jésus-Christ. Tout cela forme un système original, très intelligible, mais très différent de celui qui viendra plus tard. La théorie de la succession apostolique des évêques n’a rien à faire ici et en est positivement absente.

“hérésies déchainées. Or, cette église universe églises locales ce que le général est au particulier, ce que le tout est aux diverses parties qui le composent. Celles-ci se subordonnent nécessairement à celles-là.. : Si l’évêque représente l'unité et la vérité catholiques, les à communautés particulières ne seront dans cette vérité et. dans cette unité, elles ne resteront en communion avec l'Eglise universelle qu'autant qu'elles seront en commu- nion avec leur évêque. C'est par lui seul qu’elles peuvent être ce qu’elles sont, des parties vivantes du tout, des membres fidèles du corps de Christ. Dès lors, tout est * changé de fond en comble dans les rapports antérieurs. L'évêque n’a plus sa racine ni sa raison d’être dans sa communauté particulière, mais dans l'église catholique ’ dont il-devient le représentant et l'organe auprès de ceux auxquels il est préposé. Il ne dépend plus à aucun degré de sa communauté; c’est sa communauté qui dépend dé 7 lui. Alors, pour la première fois, nous avons devant nous à l'évêque catholique et l’évolution, dont nous avons suivi les phases, arrive à son terme. | On voit dans quel sens va se odin la théorie d'Ignace. À sa conception mystique se substituera une conception réaliste, capable de fonder juridiquement le droit de l'épiscopat à gouverner l'Eglise et à décréter la foi. Le Christ, d’après lui, continue à diriger l'Eglise universelle par le collège des apôtres. C'est la tradition des apôtres qui fonde l'unité catholique. Pour recueillir et faire prévaloir cette tradition, il faut que les évêques soient leurs héritiers légitimes et leurs successeurs. C’est done la succession apostolique, garantie par l'ordination officielle, | qui deviendra le fondement réel de l'autorité des évéques. Les € anciens » qu'Ignace introduisait ici n’ont rien

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