LOI DE FORMATION DE LA HIÉRARCHIE CATHOLIQUE
La structure intérieure de la hiérarchie catholique a la 2
régularité et la symétrie des œuvres de la nature. On dirait
s. un grandiose phénomène de cristallisation où les mêmes
formes se reproduiraient à tous les degrés, depuis la pre-
mière molécule jusqu’à la masse entière. Une sorte de . rythme règne dans tout Le système et la même loi en ex= que la formation.
Prenez la cellule de début, je veux dire la paroisse indépendante, l'église locale du temps d’Ignace ; vous y trouvez le dessin d’une hiérarchie rudimentaire avec les trois éléments constitutifs: en bas, la communauté chrétienne, au-dessus, le presbytérat, et sortant, de ce presbytérat, comme un bouton à l’extrémité de sa tige, « l'évêque, qui va devenir la tête de la communauté ». Au second étage,
au temps de Cyprien, dans le grand corps de la catholicité organisée, le même phénomène va se répéter et la même hiérarchie tendra à s'établir. Cette grande église œcuménique, en effet, qu'est-elle à son tour, sinon une seule et vaste paroisse analogue à la communauté primitive? Ce que le presbytérat ou seniorat était pour celle-ci, le corps des évêques l’est pour celle-là. Cest une grande République chrétienne ayant à sa tête une sorte de sénat dont les évêques, tous au même titre, sont les Pères conscrits. L'histoire recommencera donc et l’on reverra dans la religion ce qui s'était déjà vu dans le domaine de la politique quand la république patricienne de Rome fit place à la monarchie des Césars.
Dans cette pluralité d’évêques, tous égaux entre eux, Punité extérieure était maintenue par l'unité d'esprit, de foi et de sentiment, tout comme dans l’ancien presbytérat des églises catholiques. Mais jamais le catholicisme ne s’est contenté de cette unité morale, spirituelle, invisible. L'unité “religieuse doit se traduire et se réaliser dans l'unité de l'administration ecclésiastique, dans la subordination légale des membres à une tête visible chargée de donner l'impulsion et la direction au corps entier. La même loi qui avait produit l'évêque local dans les paroisses du temps d'Iemace devait produire l'évêque universel dans l’église œæcuménique. Si le premier était sorti durang des presbyteri auxquels il appartenait tout d’abord pour résumer le presbytérat et devenir le senior des semiores, le second sortira du corps des évêques pour devenir l'évêque des évêques, résumer l'épiscopat en une seule personne et contenir en soi l’âme de la catholicité tout entiére.
Cette seconde évolution qui achèvera le système de la hiérarchie eatholique sera infiniment plus longue et plus orageuse parce que les conséquences qu’elle entraine
LA BABAGTÉ | ! 183 sont plus contraires à l'esprit authentique du christianisme et plus menaçantes-pour la vie des sociétés modernes et l'indépendance des pouvoirs civils. Mais la logique de la notion catholique de l'unité de l'Eglise, l’abaissement progressif des lumières et de l'énergie des consciences, le cataclysme amené en Occident par linvasion des barbares, l’organisation nouvelle du monde féodal, la diplomatie des évêques romains persévérant à travers les siècles et toutes les situations dans la poursuite d'un même but, le concours qu’elle trouva tour à tour dans l'ambition des princes et dans les révoltes des peuples, tout a travaillé depuis douze siècles à édifier et à soutenir cette puissance religieuse et politique à la fois de l'évêque de Rome. Cest un empire, a-t-on dit, € non. moins visible et palpable, que la République de Venise ou le royaume de France ». Son histoire ressemble, eneffet, à celle de tous les pouvoirs politiques, ses origines humbles et lointaines sont de même nature, il a des périodes de croissance prodigieuse et des périodes d’humiliation et de déclin. Si le royaume de France à eu Clovis et Charlemagne, la papauté à eu Léon T et Grégoire le Grand. Les rois fainéants de la première et de la seconde race étalent encore moins de honte que les: papes du 1xe siècle que l’on à pu surnommer l’âge de la pornocratie à Rome.
Et si la France a manqué sombrer dans la guerre de cent ans, la papauté n’a-t-elle pas failli périr durant la captivité de Babylone? C'est la même succession de triomphes et de défaites, le même jeu mobile de forces concurrentes et dès lors pourquor la même histoire ne s’expliquerait-elle pas, après les mêmes études, de la même manière?
Que du corps oligarchique des évêques du temps de Cyprien, un évêque essaie de sortir et de s'élever au-
ton qui se a de Fhgiise Ra un ee.
Rome devint la capitale de la chrétienté? Enfin que cet évêque universel, monté sur un piédestal qu'exhaussait
bares ait aspiré à la monarchie universelle; que les Gré- goire VII et les Innocent III aient fait leur rêve théocratique, cela est très concevable encore, comme il J'est aussi que ce rêve ait échoué et que la puissance politique des papes, après avoir touché au faîte ait, dès lors, commencé de descendre et de s’affaiblir.
La papauté, c'est-à-dire l'empire exercé par l’évêque
n’en demeure pas moins un des phénomènes les plus
l'antiquité, et l'empire des Césars le sont-ils beaucoup moins, et ces trois formes de souveraineté, sénat répu-
pas l’une à l’autre, et ne s’expliquent-elles pas par cette liaison même? Est-ce autre chose que les trois actes d’un même drame, les trois moments successifs de l’histoire
les peuples nommaient la ville sacrée et éternelle ?
Le monde ne saurait durer qu’en se transformant, et cest pour cette raison que l'éternité n’est promise à aucune des institutions ou des formes sociales que le temps élève et détruit sans se lasser jamais.
Que cet évêque immédiatement prépondérant ait été celui de Rome, n'est-ce pas l'effet plus naturel encore du rôle historique de la ville qui avait conquis le monde et restait la métropole de l'Empire. Si le christianisme devenait la religion de l'empire, ne fallait-il pas que
encore la chute de tout le reste sous l'invasion des bar- “
de Rome sur le monde occidental durant quinze siècles, É
étonnants de l’histoire. Mais la fortune de Rome dans
blicain, monarchie impériale et papauté, ne se lient-elles
prodigieuse de la ville que bien avant le christianisme,
invoque une institution divine CAN on or qui seraient de nature à soustraire le siège de Saint Pierre et de ses successeurs au sort commun de tous les, trônes de la terre. Cette prétention n’a rien d'étonnant: | jusqu’à l'apparition des gouvernements issus du suffrage Ma et ne tirant que de lui leur force et leur droit, | elle a été commune à toutes les monarchies de l'antiquité Vi et des temps modernes. | ; ne Ces prophéties et ces fables qui viennent presque tou jours après l'avènement sont la parure poétique de vieux édifices, non leur fondement. La légende suit le pouvoir à établi, elle ne le crée pas. Pour soutenir sa théorie, l'Eglise a été amenée inconsciemment non seulement à oublier l'évolution réelle des faits, mais encore à en renverser l’ordre et à mettre en premier lieu ce qui | n’est venu qu’en dernier. S’il est une chose certaine dans cette histoire, c’est que lé évêque n'apparaît qu’à la fin de } l’évolution du presbytérat, et que le pape est venu à la fin de celle de l’épiscopat.
. Le Vatican met linstitution de la papauté par le. Christ avant tout le reste. Cette institution aurait précédé gr: l'Eglise elle-même par le choix de la personne de Pierre à comme chef des apôtres et vicaire du Christ en sorte que loin d’être le terme de l’évolution de la chrétienté primitive, la papauté en serait le vrai commencement, la source d'où tout a découlé à l’origine aussi bien pour les apôtres et les évêques eux-mêmes, que pour l'Eglise
entière (1). Cest un anachronisme analogue à ceux que