LA PART DE ROME DANS LES ORIGINES DE LA:PAPAUTÉ
L épithète de « romain » $ 'est si bien attachée au catholicisme dans le langage et dans l'opinion qu ‘elle en est | ÿ: devenue inséparable. Et c’est à bon droit. La part de Rome, qui à été si grande dans la formation de l'Eglise ‘catholique, fut plus décisive encore dans la constitution dela papauté CE | Aux premiers temps, ce n’est pas Pa c'est l'église de Rome elle-même, en tant que collectivité ur représentée par le conseil de ses « anciens », qui inter- > A ñ à :
cipis apost. successor in universam ecclesiam obtinet supremam quo- ; que magisterii potestatem comprehendi, hæc s. Sedes semper tenuit, 4 perpetuus Ecclesiæ usus comprobat ipsaque Concilia æcumenica, Concilia ea in primis in quibus Oriens cum Occidente in fidei charitatisque. unitatem conveniebat, declaraverunt. Patres enim Constantinopolitanti Concilii IV majorum vestigiis inhærentes hanc solemnem ediderunt professionem, « Prima salus est rectæ fidei regulam custodire. Et quia non potest D. N. Jesu Christi prætermitti sententia dicentis : Tu es Petrus, etc. hæc quæ dicta sunt rerum probantur effectibus, quia Sedes apostolica immaculata est, semper catholica reservata religio et sancta celebrata doctrina. Ab hujus ergo fide et doctrina minime separari cupientes, speramus ut in una communione quam sedes apostolica præà" dicat, esse mereamur, in qua est integra et vera religionis christianæ soliditas. »
(1) Vo le chap. antérieur sur l'Eglise.
vient au dehors et qui remplit à l'égard des autres communautés, ses sœurs, un office d'assistance, d'arbitrage et. de direction. Qu'on ne dise pas que son évêque lui vaut ce rôle; c’est elle au contraire qui donnera à son évêque, lorsqu'elle en aura un, la prépondérance et l’autorité qu'il prendra très vite sur tous les autres (1).
Nous disons bien : « lorsqu'elle en aura un», car elle resta longtemps sans en avoir.
Il n’y avait pas d'évêque à Rome quand l’apôtre Paul y adressa sa grande épître vers l'an 58 et 59, bien que l'Eglise füt déjà assez ancienne pour attirer tous les regards et avoir des charges ecclésiastiques plus ou moins organisées (2). Il n’y en avait pas davantage cinquante ans plus tard, quand la communauté romaine par la plume de Clément envoyait à celle de Corinthe ses sages conseils et ses fortes exhortations (3).
La lettre d'Ignace aux Romains et les premières révélations d'Hermas, consignées dans le Pasteur, témoignent que sous le règne de Trajan et les premières années du règne d’Adrien, l'Eglise de Rome vivait encore sous le régime du presbytérat (4). D'où lui venaient donc l'influence et l'autorité qu’elle avait déjà prises ?
Le fait s'explique de lui-même. Ceux-là seuls ont le droit de s’en étonner et d'y chercher du miracle ou du mystère qui ne peuvent se représenter, ou ne se répré-
(4) La lettre de Clément Rom. est anonyme, et c’est l’église de Rome qui l'adresse à celle de Corinthe. De même Ignace s'adresse à la communauté romaine, sans faire, ni dans la suscription, ni dans le corps de sa lettre, aucune mention de l’évêque.
(2) Rom. I, 1,6 et XIT, 4, 9.
{3} CLémeNT Row., I Cor. 1 et 44, etc.
(4) Iewace, epist. ad. Rom. tout entière. Hermas, Pastor, Vis. IT, 2 et 4; JIL, 9; Mand. XI.
‘2 (ES ins le rôle que ho la de sacro- “sainte, Ye
jouait, les liens de subordination politique, économique
et morale qui rattachaient à ce centre tout-puissant, les
parties de l'empire même les plus lointaines. Réduites par l'habitude d’une longue obéissance à l’état de pro- vinces, toutes les nationalités de l'empire romain regar-
daient vers la ville aux sept collines d’où elles recevaient
leur droit, leur loi. Rome était alors à l'apogée de sa grandeur. Comment son prestige, son autorité, sa puis- | à sance d'attraction n’auraient-elles pas passé de l’ordre i politique dans l’ordre religieux
L'Eglise calquait sa forme et son organisation sur celles de l'empire. La logique des phénomènes sociaux est la même dans tous les domaines (1).
(4) A. Harnacxk, Dogmengeschichte I, p. 403. Renan, l'Eglise chrét. p.319 et ss. et Marc-Aurèle, p. #12. DucHeswe, Les origines du culte chrét., p. 44 et ss. Un auteur allemand dit très bien : « La commu- … nauté chrétienne de la capitale du monde devint naturellement le centre de la grande Eglise... Ce principat de l'Eglise romaine fut - le transfert dans l’ordre chrétien de la position que Rome possédait déjà au temps des Césars, dans l’ordre religieux païen : urbs sacra, .urbs æterna ! » Plus tard, quand le siège de l'empire fut transporté à Constantinople, l’évêque de cette ville prendra rang d'honneur et d’ autorité immédiatement après celui de Rome, « Parce qu ‘il a son siège dans la nouvelle Rome », dira le second concile œcuménique, celui de Constantinople. Et le concile de Chalcédoine en développera mieux encore la raison : « Au siège de l’ancienne Rome, les . Pères ont à bon droit reconnu la prééminence parce que là était la résidence des maîtres de l'empire. Pour les mêmes raisons, le concile accorde les mêmes privilèges au siège de la nouvelle Rome, estimant que la ville honorée par la cour et le Sénat et jouissant aujourd’hui des mêmes privilèges que la Rome des premiers Césars, - doit aussi avoir le second rang dans les choses ecclésiastiques, I. Conc. Const. Can. 3. Chalcéd. can. 28.
était. un abrégé de l'em en empire. De l'Orient Het de Vo des chr étiens de toute race s'y rencon- traient dans la communion du même culte, et ce mélange, cette agglomération faisaient de cette église comme le résumé et le noyau de la chrétienté tout entière. * PE. Seule, elle avait ce caractère œæcuménique, ettandis que ï | toutes les autres, se trouvaient nécessairement enfermées dans une région plus ou moins étroite, elle avait, elle, ! des attaches et des relations suivies. avec toutes les par- ties de l'univers. | de ps Ajoutons qu'elle était de beaucoup la plus considérable par le nombre de ses membres, par sa richesse, par son ; crédit. Elle mettait généreusement toutes ses ressources au service des autres églises. Depuis que Jérusalem avait disparu, quelle autre ville aurait pu lui disputer la prééminence? Si Rome était la capitale politique de l'empire, l’église de Rome était la capitale religieuse du christianisme. Un merveilleux esprit de ocre en ÈS l'animait et y semblait héréditaire. Elle se considérait comme la sœur aînée des autres communautés. Les sœurs aînées ont tout naturellement des préoccupations et des allures maternelles. Elles se tiennent pour res-. ponsables des membres de la famille plus jeunes et plus faibles; elles s'arrogent aisément un droit de tutelle et pb" dé direction. Rome, dés l’origine, comprit cette mission, ”: . laccepta et la remplit d’une façon aussi admirable que | touchante. Elle n'avait pour cela qu’à obéir à l'inspiration de l'amour chrétien et au sentiment de la solidarité fraternelle. Denys de Corinthe écrivant aux Romains, sous le règne de Marc-Aurèle, leur rend ce beau témoignage que toute l’histoire du second siècle confirme : € C'est votre coutume depuis l’origine, de venir au secours de.
êtes, Ô Ro de continuer | ainsi iv Ro des Romains, vos pères » (A}:5 PAR Cest Rome qui mêne dans 1e même temps, au nom de 1% Ja chrétienté tout entière, la bataille contre le gnosti- cismeetmäintient la bonne doctrine. Ellenes'embarrasse guère de théories spéculatives. Ce qui la soucie, ce n'est pas de trouver des arguments, mais de dresser des bar- : ; rières et d’édicter des règles. Elle donne aux autres églises l'arme décisive avec le secret de s’en servir. Cest à Rome qu'a été rédigée la première forme du symbole apostolique, devenu bien vite la charte et le lien de l'orthodoxie catholique. Cest Rome encore qui met fin aux incertitudes et aux controverses des églises orientales touchant les livres eanoniques et arrête la forme à peu près définitive du recueil du Nouveau Testament devenu le livre sacré des chrétiens. À Rome enfin s’élaborent les premières listes des successions épiscopales et les premières constitutions ou règles du droit ecclésias-
| (4) Euskor, Hist.Eccl. IV, 23, 9-12 : ’EX äpy%c 729 Ouiv &foç êoc) soda, |) Tara HÈv adeAvods rotxlhws eepyereiv, etc. Comp. la suscription de la lettre d’ Ienace ad Rom.: Atte xa) r20440r, Tat èv Térw Ywotoo Poualwy,
détô0eoc..…. atrémauvos, détoeniteuuroc, dEiéæyvoc, xa Tp00k40r, nHÉvA TC MOYOTN XATA odpxx 44 nvedux hvouévor Téon ÉvtoÂQ aûrod (Kerro5), RETÀ I OU ÉVOLE xhpre0s 0eoÿ ddraxotrws xa! arodthtoutvors 280 dard mavrès akotoios yowuaros, etc. Origène désirait visiter l'église des Romains qu’il appelle ràv äpxatotérny : Eusèse VI, 44, 10. Poly-
carpe et Hégésippe firent le voyage. Dans l'épitaphe d'Abercius (200), l'épithète de « reine » est donnée à l’église de Rome, et
Abercius lui-même se rendit à. Rome, de l'Extrème- Orient, comme en un lieu de pèlerinage. £
(2) Texace ad: Rom, III, A: #Akoue étôdtare, Une intéressante his- |
On ne saurait trop admirer la suite et l'énergie que l’église romaine apportait à cette œuvre commune de défense, d'organisation ét de propagande.
Mais ici apparaît également la faiblesse humaine. La sainteté du but que lon poursuit fait qu'on ne regarde guère aux moyens que l’on emploie. Le génie romain ne s’est jamais embarrassé de scrupules. La politique avec ses équivoques et son habileté, s’installe de très bonne heure dans les conseils de l’église de Rome. Le dernier quart du second siècle et la première moitié du troisième fut pour la légende, la fraude et. la littérature apocryphe en général, une période d’une fécondité incroyable. Listes d'évêques, actes apocryphes, romans apostoliques, trophées des martyrs, lieux de pélerinage, c'est dans le monde chrétien, une floraison de contes merveilleux, un appétit de fables, un excès de crédulité correspondant à la recrudescence de superstitions qui sévissait dans le monde païen au temps des Sévère. Après avoir réconcilié dans sa commode orthodoxie les tendances de Pierre et de Paul, l'église de Rome sut ajouter le prestige de ces deux grands noms d’apôtre à celui de la ville capitale du monde. Ce chef-d'œuvre de sa politique fondait pour l'avenir sa suprématie ecclésiasti-
toire racontée par Eusbse, VI, 2, 13, sur une dame d’Alexandrie donnant également l'hospitalité à Origène et à un hérétique célèbre et leur faisant faire des conférences, peut montrer quelle différence existait entre la tolérance doctrinale qui régnait en Egypte et la pratique romaine. Le catalogue des livres du N.-T., dans le fragment de Muratori, lequel peut remonter jusqu’au règne de Marc-Aurèle, est d'origine romaine. Les listes de succession épiscopale à Rome sont du temps d'Eleuthère ou de Victor (180-195). Enfin, les plus anciennes constitutions apostoliques portent les noms de Clément et d'Hippolyte, qui sont romains.
| : rat une dualité Ar ni glorieuse encore qi
celle de Rémus et de Romulus (1). |
Tel est le piédestal que le cours des choses devait par avance à l’évêque de Rome. Celui-ci devait hériter naturellement de la prééminence qui revenait d’abord à l'église. Mais cela ne se fit pas en un jour. Cest une , assez longue évolution dont on peut marquer les étapes. 1
À la fin du premier siècle, au temps de Clément, il n’y a point encore d'évêques à Rome, mais seulement des presbyteri ou des hegoumenoi entre lesquels étaient distribuées les diverses fonctions ecclésiastiques. Vers le va milieu du second siècle, le régime a changé. Anicet gouvernait l’église avec une autorité vraiment épisco- ; pale. À ce moment, le vieux Polycarpe, de Smyrne, fit le voyage de Rome pour aller conférer avec Anicet sur la question de la Pâque. Les églises d'Asie et celle de. Rome suivaient des coutumes différentes dans la célébration de la fête et en appelaient à deux traditions également vénérables, mais contraires. La démarche de Polycarpe prouve sans contredit le prix qu'attachaient les églises d'Asie à rester en communion avec celle de Rome. Mais l'attitude fraternelle et tolérante d’Anicet ne démontre pas moins qu’il ne croyait pas avoir le droit ou l'autorité de rien imposer à ses collègues, et encore moins à l'illustre évêque de Smyrne. On était encore, entre évêques, dans la plus parfaite égalité. L'accord ne put se faire. Chacun maintint son droit ; mais on communia ensemble, et l'autonomie réciproque des églises fut reconnue et acceptée (2).
(1) Renan, Marc-Aurèle, p. 70.
(2) Irénée, lettre à Victor dans‘ Eusèse, H. E. V, 24, 14 ss. SEVS 26, 3, et Jérome, de Viris ill. 17, etc.
de Rome ont grandi. Victor n’imite pas Anicet. IL essaie de terminer la controverse par un acte d'autorité : il lance, en 194, un édit impérieux qui € retranche . la a catholique et déclare hérétiques toutes les ; églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine ». Il faut noter cette date : c’est le vrai jour de oo dé a papauté (1). A DE 00 “Pour la première fois, un évêque de Rome parle en maître aux autres évêques et se donne comme l'interprête et l'arbitre de l’église universelle. Victor agit en cette circonstance en évêque universel, et il proclame hérétiques les églises qui résisteraient à son autorité. Dès lors, tout se simplifie. Le signe de la vérité n’est plus dans la doctrine, mais dans l'attitude extérieure que Jon prend à l'égard de Rome. Lui être soumis, ce sera Ja marque de l'orthodoxie ; celle de l'hérésie sera d'en être séparé. :
de Ciel coup d'Etat ne passa point sans protestation. Polycrate, d'Ephèse, et les autres évêques d'Asie ne furent Fes les seuls à repousser une > prétention jusque-là
nm Eusèss, Hist. Eccl., V, 24, 9 : Er? Toÿrots Ô pèv The ‘Poualowy | TpossTÈ. Bixcwp a0p6uwc The ’Actac rhone pa Toic omépotc ExxANILAL
TAC Fr ATOTÉ LIVE, oky ërepoSotoboue, nee XOtyYAG Évüseuws met
:. pârat wa TnArever ye d1ù yprxppdtwv dxoivwyäroue mavrac Aoûnv Tobs - LÉneise dax pUTTOY adehpouc. Deux points sont à relever : 4° que Victor a excommunié les églises d'Asie; 2 qu’il les à accusées d'hérésie et retranchées non pas de la communion de la seule ï église romaine, mais de Punité catholique. | Lu 4 (2) Voy. dans Eusèse V, 24, 2, la lettre de Polycrate : C’est nous qui sommes fidèles à la tradition... C’est en Asie que reposenf
Bien qu'il tint pour la coutume romaine, Irénée condamna l'intolérance de Victor. À ses yeux, une simple question de rite ne pouvait justifier cet abus de pouvoir ni rompre l'unité de la foi (4).
Mais la route était ouverte. L'exemple donné par Victor allait être suivi par ses successeurs. Il faut noter les protestations qui s'élèvent parce qu'elles démontrent la nouveauté des prétentions de l’'évèque de Rome; mais il faut bien comprendre aussi pourquoi elles devaient être à la longue impuissantes. Ceux qui les font entendre ne sem-
les corps de ces grands hommes : Philippe, Jean, Polycarpe, Sagaris, Papirius, Méliton, qui ressusciteront au dernier jour. « Tous célébrèrent la Pâque le quatorzième jour selon l'Evangile... Moi donc, mes frères, qui compte soixante-cinq ans dans le Seigneur, qui ai eonversé avec les frères du monde entier, qui ai lu d’un bout à autre la Sainte Ecriture, je ne perdrai pas la tête quoi que l’on fasse pour m'’effrayer. De plus grands que moi ont dit : Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes... Je pourrais citer les évêques ici présents qui sont venus me voir, moi, pauvre et chétif, et qui ont donné leur adhésion à ma lettre, sachant bien que ce n’est pas pour rien que je porte des cheveux blancs, et qui sont assurés que tont ce que je fais, je le fais dans le Seigneur Jésus ». C’est à cette belle et touchante lettre que Victor répondit par son décret d'excommunication qui souleva la protestation de presque tous les autres évêques.
(1) Lettre d'Irénée à Victor dans Eusège, V, 24, 14 et 15 : « Qui, les presbyteri qui dirigèrent avant Soter l’église que tu conduis maintenant, Anicet, Pius, Hygin, Telesphore, Xyste, n’observèrent pas la Pâque juive... ; mais, tout en ne l'observant pas, ils n’en gardaient pas moins la paix avec les églises qui l’observaient.… Jamais personne ne fut repoussé pour ce motif. Au contraire, les anciens qui t'ont précédé et qui n'observaient pas eux-mêmes, envoyaient lEucharistie à ceux qui observaient », Il continue en rappelant l'exemple de concorde et de respect réciproque dontré par Anicet et par Polycarpe. La résistance des évêques d'Asie, appuyée de toutes parts, ne fut pas vaincue. La question ne fut réglée définitivement que par le Concile de Nicée.
blent pas s’apercevoir qu’ils ont eux-mêmes, dans leur théorie de Pépiscopat, pesé les prénrisses de la thèse contre laquelle ils regimbent trop tard.
S1 les évêques sont les successeurs et les héritiers des droits et privilèges des apôtres, celui de Rome, qui est le successeur de Pierre, n'est-il pas l'héritier de sa primauté? Particularité bien curieuse à noter. Cest à ce moment, sous Victor ou sous Calliste, que l’exégèse romaine applique pour la première fois aux successeurs de Pierre le fameux passage de l'Ecriture : Tu es Petrus, et en tire au profit de leur autorité souveraine des conséquences imprévues. En vain, Tertullien s’'indigne et proteste contre une telle interprétation; en vain, il raille, avec son ironie mordante, les titres prétentieux et même paiens dont se parent déjà les évêques de Rome; en vain, il essaie de marquer maintenant des différences essentielles entre les pouvoirs surnaturels des apôtres et les droits ordinaires des évêques ; il vient trop tard ; il est la victime à son tour de la théorie trop commode qu'il avait inventée pour fermer la bouche aux hérétiques ; il y à prescription contre lui (4).
(4) Terruzurex, de pudic., 1 : Audio etiam edictum esse propositum et quidem peremptorium. Pontifex scilicet Maximus, episcopus episcoporum, edicit : Ego et maechiæ et fornicationis delicta pœnitentia functis dimilto. O edictum eut adscribi non poterit : bonum factum ! Et ubi proponetur liberalitas ista ? Ibidem, opinor, in ipsis libidinum januis, sub ipsis libidinum titulis. Sans doute l’évêque de Rome prenait déjà ce titre de Pontifex Maximus, et Tertullien, dans sa colère, l’en soufflette comme d’un titre que l’évêque de Rome a ravi à son collègue païen, et qu’il mérite par le relâchement tout païen de ses idées morales.
Quant au second titre, episcopus episcoporum, que les successeurs de Victor aimaient à revendiquer, voici ce qu'en disait Cyprien dans un concile tenu à Carthage vers 252 : Neque quisquam nostrum
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fin du second siècle, il faut lire, dans les Philosophou- mena d'Hippolyte, le tableau de la crise ecclésiastique quisy déroule tant au sujet du dogme christologique que de la discipline. Il est difficile d'imaginer une lutte plus longue et plus violente que celle d'Hippolyte et de. Calliste CL). Rien ne montre mieux la vivacité et la vanité tout ensemble des résistances que rencontra Ja papauté dés sa naissance.
a. Le troisième siècle fut rempli des conflits amenés tantôt sur un point, tantôt sur un autre, par les mêmes prétentions autoritaires des évêques romains. L'égalité … épiscopale formulée par Cyprien était alors la doctrine commune et consacrée. Chaque coup d'autorité de Rome était ressenti et jugé comme une usurpation et une
tyrannie. | De ces conflits, le plus retentissant et le plus signifi-
catif est celui qui éclata vers l'an 250 entre Etienne, de Rome, et Cyprien, de Carthage, à propos du baptême des hérétiques. Cyprien aurait désiré une solution amia- ble et pacifique. Etienne voulut imposer la sienne en. vertu de sa prérogative de successeur de Pierre, et il . lança l'excommunication contre ceux qui ne s'y soumet- + traient pas. Cyprien taxa ce procédé d'abus intolérable. Deux conciles tenus à Carthage se rangèrent derrière | lui. La plupart des évêques orientaux, et à leur tête … Denys d'Alexandrie, prirent position contre Etienne. Ce fut comme une ligue de l’épiscopat presque tout entier
episcopum se esse episcoporum constituit aut tyrannico terrore ad obsequendi necessitatem collegas adigit, quando habeat omnis episcopus pro licentit libertatis et potestatis | suæ sarbitrium proprium, tamque Judicari ab alio non possit, quam nec ipse potest alterum judicare. (4). HipPOLTe, Philosophoumena, IX.
qui se sentait menacé dans ses droits et dans son indépendance. | |
Il faut lire surtout la lettre de Firmilianus, évêque de Césarée. On n’a jamais rien écrit de plus vif contre l’autocratie romaine : € Etienne ne rougit pas d'appeler Cyprien un faux chrétien, un faux apôtre, un artisan de ruse et de mensonge. Ayant la conscience d’être tout cela, il prend les devants et jette à la face d'autrui, par mensonge, ce qu'il mérite lui-même de s'entendre dire... Une juste indignation me saisit en présence d’une si ouverte et si manifeste stupidité chez celui qui se glorifie ainsi du lieu de son épiscopat, qui soutient qu'il possède. l'héritage de Pierre sur lequel reposent les fondements de l'Eglise, alors qu'il renverse lui-même ces fondements. » Prenant Etienne plus directement à partie, il ajoute : « De quel grave péché n’as-tu pas chargé ta tête en te séparant comme tu l'as fait de tant d'Eglises! Ne ty trompe pas : tu t'es exclu en voulant exelure les autres. Le véritable apostat, c'est celui qui se retranche ainsi de la communion et de l’unité de l'Eglise universelle. En croyant excommunier les autres, tu t'es excommunié toimême. » Voilà comment un évêque orthodoxe écrivait à son collègue de Rome, dans les temps où les prétentions de ce dernier à l’épiscopat universel commençaient à se manifester (1).
(1) Parmi les épitres de Cyprien, n° 75, c. 25 : Non pudet Slepha- NUITS. Cyprianum pseudochristum et pseudoapostolum et dolosum operarium dicere. Qui omnia in se esse conscius prævenit, ut alteri ea per mendacium objiceret quæ ipse ac merito audire deberet. — C.17. Aique ego in hac parte juste indignor ad hanc tam apertam et manifestam Stephani stultitiam, quod qui sié de episcopatus sui loco gloriatur et se successionem Petri tenere contendit, super quem fundamenta ecclesiæ collocata sunt, multas alias petras inducat et ecclesiarum
. Ces remontrances n’en révèlent pas moins avec quelle ténacité les évêques de Rome en appelaient à leur prérogative de successeurs de Pierre. Comme personne ne mettait en doute le fait de cette succession et ne leur contestait cet héritage, rien n’est plus naturel que des hommes comme Victor, Calliste, Etienne, en aient tiré les conséquences pratiques qui en découlaient au profit, non de leur personne, mais de leur siège. Cette délégation divine liait leur conscience plus encore qu’elle ne flattait leur ambition. Leur exégèse et leur histoire n'avaient mi plus, ni moins de valeur que celle dont Cyprien se servait pour fonder sa théorie de l’épiscopat. Ils en usaient avec plus de logique, mais non moins de sincérité.
Pour justifier cette juridiction d’un épiscopat universel, ils ne pouvaient se contenter d'invoquer à l'égard des autres évêques l'importance historique de la ville de Rome. Ils avaient besoin de trouver, dans la tradition catholique, un titre plus spécifiquement chrétien. La légende de la Cathedra Petri, généralement accréditée dès cette époque, allait au-devant de leurs désirs. Cest le titre fictif venant se superposer à la cause réelle de leur prééminence. Comment cette légende, fruit etnon cause de l’évolution même de l'Eglise, s'était progressivement formée et comment elle avait fini par s'imposer à la catholicité tout entière, la simple revue chronologique des textes qui s’y rapportent va le montrer.
multarum nova ædificia constituat, dum esse illic baptisma sua auctoritate defendit. — C. 24: Peccatum quam magnum tibi exaggerasti, quando te a tot gregibus scidisti ! Excidisti enim te ipsum, noli te fallere, si quidem ille est vere schismaticus qui se a communione ecclesiasticæ unitalis apostatam fecerit. Dum enim putas omnes a te abstineri posse, solum te ab omnibus @bstinuisti. Voir encore les chap. 2