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LÉGENDE DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE

A Ia fin du second siècle, la légende de Pierre est encore lom d’être simple etuniforme. Elle a deux rameaux, non seulement distincts, mais contraires : le rameauw ébionite plus ou moins judaïsant, représenté par le curieux roman des Homélies Clémentines, et le rameau catholique orthodoxe que représentent la tradition romaine, les théories d'Irénée et de Tertullien, et les Acta Petri et Pauli. Ce qui distingue essentiellement ces deux légendes, c'est le rôle qu'y joue Fapôtre Paul et la manière dont son œuvre et sa personne y sont présentées. Dans la première, Paul est « lhomme ennemi », l'hérétique révolté, l'adversaire du Christ, de ses apôtres, de Pierre en partieulier (4). I est dépeint et flétri sous les traits de Simon le Magicien, le père de toutes les hérésies du temps; et Pierre ne voyage, semble-t-il, que pour le combattre, le démasquer et finalement le confondre. Tout au contraire, dans la. légende catholique, Pierre et Paul sont en parfait accord; ils ont tous deux souffert le martyre à Rome, sous Néron, et sont l’objet d'une égale vénération. Peu à peu cependant, cette sorte d'égalité cesse ; l'autorité de Pierre l'emporte; son privilège de prince des apôtres s'établit. Paul devient son auxiliaire humble et docile. La chaire de Pierre, établie à Rome, sera le centre de la chrétienté et l'arbitre des controverses.

Dans ces deux légendes, la part de la fiction est à

(1) Hom. Clément., Ep. Petri: à ëxfpès äwowros, Ô dyTtAEtUEvOGL

rique, elles ont grandi bare nt au service de | tis contraires. Si l’une à triomphé de l'autre, c’est parce que les intérêts qu elle servait l'emportaient dans l'Eglise en et devaient l'emporter dans l’histoire. Lo Le plus ancien et le plus authentique document sur. les vraies relations de Paul et de Pierre, c’est ren aux Galates, écrite en l'an 56 de notre ère au plus tard. Deux chrétientés se trouvaient alors en présence : une À chrétienté juive, qui avait à sa tête Pierre, Jacques, Jean, les colonnes de l'Église, et qui restait strictement fidèle aux observances mosaiques ; et une chrétienté d'origine païenne, fruit des missions de Barnabas et de Paul. Si Jérusalem était la capitale de la première, Antioche était la métropole de la seconde. £

Pour refréner le zèle de quelques chrétiens de la secte pharisienne et prévenir un schisme, des confé- rences eurent lieu à Jérusalem. Pierre y représentait « l'évangile de la circoncision », Paul « celui de lincir- concision ». L'accord fut maintenu, mais chacun restait fidèle à sa mission et à la méthode qu'elle comportait) Pierre semble avoir eu l'esprit plus étroit et HER timide que le cœur. Homme de premier mouvement, il tombait souvent dans l’inconséquence. Il donna un nouvel exemple de cette faiblesse de te pr une visite qu'il fit à Antioche.

On connaît le récit que Paul nous en a laissé : € Je Lui résislai en face, dit-il, parce qu’il devait être condamné. = Avant que fussent arrivés quelques hommes de Jacques,

(1) Actes des Ap. IT, 46; II, 1 ; V, 42; X, 9; XXI, 23; XXII, 12.— - Ep. aux Gal. II, 1-9; V,2; Act. XV, Let ss. XIII, 1 et ss.

aïsants Les autres. tiens Per “jusqu'à be Jui-même, furent entrainés dans la même hypocrisie. de Alors, voyant qu'ils ne marchaient pas droit, selon la vérité de l'Évangile, je dis à Pierre devant tous : si toi, qui es juif, tu vis librement avec les païens, pourquoi | les forces-tu à judaïser ? ete. » (1). Nous ne connaissons pas la réponse de Pierre. Mais nous avons celle qu "UNE siècle plus tard, lui prêtaient les Ebionites. «€ Je suis S la pierre ferme, disait-il, le fondement de l'Eglise contre laquelle tu t'es ol en me résistant. Si tu n'étais pas un ennemi, tu n'irais pas me calomniant partout... Quand tu me dénonces comme digne de condamnation, tu accuses Dieu même qui m'a révélé = son Christ; tu accuses Jésus, qui m'a appelé bienheu- reux d’avoir reçu cette révélation. Si donc tu veux réel= : « lement collaborer à l'œuvre de vérité, apprends d'abord de nous ce que nous avons appris de lui, et quand tu seras devenu disciple de la vérité, alors tu pourras être notre collaborateur (2). »

a) Gal. If, 41 et ss.

(2) Hom. Clément. XVII, 19. Il faut lire toute cette nouvelle dispute entre Pierre et Simon. C'est la contre-partie de celle de l’épitre aux Galates, avec des allusions évidentes au récit, aux arguments et aux expressions mêmes de Paul. Voyez les mots relevés par Pierre : dvtéoznv, xateyywsuévos. Toute l'argumentation de Paul fondant l'indépendance de son apostolat sur une vision du Christ et de prétendues révélations est raillée et réfutée par Pierre qui invoque, à l'encontre, la manière dont il a vécu et conversé avec Jésus pendant une année. Les deux principes dont la lutte ne cessera È ê plus, l'inspiration subjective et l'autorité officielle et extérieure,

sont en présence.

Ce conflit entre Pierre et Paul, à Antioche, resta pour les Pèrés de

RAA

On voit quels ressouvenirs ces luttes avaient laissés chez les chrétiens judaïsants du second siècle, et combien la vraie physionomie des apôtres diffère des figures de vitrail d'église: sous lesquelles la tradition aime à se les représenter. L'épître aux. Galates n’est pas le seul témoin de ces divergences et de ces conflits. Celle qui porte le nom de Jacques et dont l’origine est si obscure, n’en té” moigne pas moins d'une polémique résolue dirigée eontre Paul et sa formule de la justification par la foi. L'Apoca- Jyse de Jean ne connait que douze apôtres et semble exclure le treizième. La nouvelle Jérusalem, l'Eglise, a douze portes et douze fondements sur lesquels ne sont gravés que les noms des douze apôtres de l’Agneau. Dans la manière, enfin, dont certaines paroles de Jésus ont été recueillies et reproduites par le premier évangile, il est difficile de ne pas sentir une pointe aiguisée contre Paul et sa doctrine, alors que chez Luc, au contraire, se découvre, non moins sensible, l'intention de faire disparaître ces traces et de réconcilier tous les adversaires (1). l'Eglise une cause de scandale. Ils essayèrent toutes les explications pour l’écarter du chemin de l'Eglise. Clément d'Alexandrie imagina que le Céphas si durement repris par Paul était un homonyme, inconnu de l’apôtre Pierre. Euskse, H. E. E, 12, 2. — Jérôme transforma la scène d'Antioche en une petite scène de comédie, où Pierre et Paul qui, au fond, étaient d'accord, avaient pris des rôles contraires pour l'édification des Juifs. Pierre aurait accepté le rôle ingrat par humilité. JÉRÔME, Com. in Gal.

Augustin ne put tolérer cette dissimulation pieuse, qui faisait deux hypocrites au lieu d'un, et, moins préoccupé que Jérôme de ménager l'autorité des évêques de Rome, il blâma son savant ami, qu'il finit par convaincre, et aima mieux confesser simplement que Pierre, ce jour-là, avait eu une grave défaillance. Ep. Augustini ad

Hieronymum, dans Jérôme, (éd. Vallarsi). Ép. 416 (t. I, col, 764 et et suiv., spécialement 774). ;

(1) Jacq I; Apoc. XXE, 42-45 ; Matth. V, 19 : surtout les mots :

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7 Le” DENT se ts LA PA AUTÉ

Si l'harmonie n’a pas été parfaite en ce premier âge, l'unité cependant ne fut. jamais rompue. On se séparait en colère ou en mauvaise humeur; on se retrouvait avec plaisir.

Les apôtres avaient une base de foi commune sur laquelle ils se retrouvaient d'accord après les plus violents orages : la messianité de Jésus, le souvenir de sa mort célébré dans la Cène, la foi en sa résurrection, l'attente de son retour glorieux (1). Déjà, dans les lettres aux Corinthiens et aux Romains, l'attitude de Paul à l'égard de Pierre est plus pacifique. Ils avaient des disciples communs (2), et l’on peut bien dire que la masse des prosélytes chrétiens, incapable de se fixer dans l’un ou l’autre extrême, passait entre les deux et tendait à les réconcilier, bon gré mal gré, dans une formule de foi générale, sans accent particulier, d'autant plus compréhensive. Ce christianisme pagano-chrétien, qui n'était ni paulinien ni judaisant, a formé la première assise du catholicisme. Toute la littérature qui en est sortie et dont les écrits de Luc sont les chefs-d'œuvre, a tendu vers cette œuvre d'édification commune, de conciliation et de paix. Le parallèle, si justement équilibré de Pierre et de Paul dans le livre des Actes des apôtres (vers l'an 85 ou 90), qui se maintient encore dans la courte et double notice de Clément Romain, montre très bien le souci dominant dans l'Eglise, à la fin du premier siècle (3). al GuOdEn oÜrws Tobs avowmovs, Ekdyroroc #Anbroerar èv tn Pasrhetg <üv odoav@v. Luc XV, 12-32; XVIII, 14; V, 1-10.

(1) 4 Cor. XV, 11.

(2) On‘voit Marc et Silvanus rattachés tour à tour par la tradition à Paul et à Pierre. Barnabas servait de trait d'union,

(3) CLémenr Romain, T Cor. 5. Dans ce parallèle, comme dans

celui des Actes, la part de Paul reste encore la plus grande et la plus éclatante.

ï transfiguraient les Fi de l'âge primitif.

Les deux épitres, catholiques inscrites au nom de Pierre Pont au même but. La première, qui n’est pas seulement d’une belle inspiration paulinienne, mais en parenté si intime avec les épîtres aux Romains et aux Ephésiens, semble, par l'intermédiaire de Silvanus, vouloir recom- mander l’ancien apôtre de la circoncision, devenu, lu H'aAUSSI, l'apôtre des païens, aux communautés pauliniennes rs de l'Asie-Mineure. En retour, Pierre, dans sa seconde épiître, donne aux lettres de Paul, suspectes à beaucoup, un certificat formel d’orthodoxie et de canonicité (4): D'autre part, Ignace donne Pierre et Paul comme les deux docteurs également révérés des chrétiens de Rome (2), : et Denys de Corinthe, oublieux de l'histoire et de tout ce qui mit jadis les deux apôtres ou leurs partisans en rivalité, les présente comme ayant été ensemble les premières semences, au même titre, de l’église de Corinthe (3). Corrigeant la légende ébionite, les actes apoeryphes de Pierre et de Paul, détachent ce dernier du personnage de Simon le magicien, en font le lieutenant de Pierre, etnous les montrent, tous les deux, échangeant avec une affectation singulière les attestations mutuelles d’orthodoxie et de fidélité (4). À la fin du second siècle, cette œuvre

(1) 4 Pierre V, 42, surtout le mot étrange &ç Aoyomat; 2 Pierre Il, 45 et 16.

(2) Ad Rom. IV, 3 : oÙY De Uérpos xai IladAoc Ôratasoopar priv.

(3) Eusèse, H. E. IL, 95, 8 : Se xai elç thv uetépav Kéowvfov DUTESTAVTES HS ôpotwe 8010aEay éprottne OÈ Ka) eiç Ty ’Iraklav 6 Ouice . Otôdéavrec Épapripnoav xatà Toy adtdv XALPOY.

(4) Acta Petri et Pauli (éd. Tischendorf), 60 ; Pierre dit à Néron : mävra Üoa 6 IIadhos EÂdAnsey dAn0% eioiv. — 62, Paul, à son tour :

a SN US ne } st = À mapd Ilétpou fxovouc, tadra xal map’ Èuod Tioreve eloGobar.

ses qe tireront le principal titre de lé autorité (). À partir de ce moment, la légende de Pierre prend un développement nouveau; elle s'élève plus haute et plus De florissante que celle de Paul et finit par la tenir sous son ombre et la dominer tout à fait. Apôtre de l'inspiration subjective et de la liberté chrétienne, Paul se prêtait mal à servir les desseins de la hiérarchie ecclésiastique. La # < légende de Pierre, au contraire, devenait naturellement (2) L- le fondement et Ja justification de l'ordre qui s’établissait. à

On fit donc venir Pierre à Rome de très bonne heure, Prdéend sous le règne de Claude. Il aurait élu la capitale de. l'empire comme capitale de l'Eglise, même avant l’ou= verture des premières missions païennes. Il y établit son siège épiscopal et y exerça un pontificat de 25 ans, 1 mois et 9 jours. Puis il y mourut martyr, sous Néron, laissant À

4 @ IRÉNÉE, ll, 3, 1: Sed quoniam valde longum est, in hoc tali “

4 volumine, omnium ecclesiarum enumerare Successiones, maximæ et É antiquissimæ et omnibus cognit*, a gloriosissimis duobus apostolis Paulo et Petro Romæ fundatæ et constilutæ ecclesiæ, eani quam habet à Pitt apostolis traditionem et annuntiatam hominibus fidem per sucds * cessiones episcoporum pervenientem, usque ad nos indicantes con- # fundimus omnes. ., etc. Ad hanc enim esclesiam propter potiorem principalitatem necesse est omnem convenire ecclesiam.…… TERTULLIEN, De

præscript. haær. 36.

(2) Paul a bien été parfois aussi fait ‘évèque par les Pères et même évêque de Rome. Voy. les textes dans Papskrocx, Exhibitio errorum, P. I, art. 7. Rappelons seulement un curieux passage de Grégoire le Grand qui fonde sur Paul la primauté de l'Eglise. Le passage est sans doute unique; In 1 Reg. 5 (Opera III, pars. 4 p. 250): Saulus ad Christum conversus caput effectus est nalionum, : quia obtinuit tolius E Ecclesiæ principatum. Généralement sur la barque - de l'Eglise, au moyen-âge, Pierre sera représenté assis au gouver- . 5 mail et Paul. debout à la proue, préchant.

aux évêques, ses successeurs légitimes, avec son siège suzerain, son autorité et ses privilèges. Dès le commencement du troisième siècle, il avait son trophée, son monument commémoratif au Vatican, au-dessus de la Ville éternelle (1) ; Paul avait le sien sur la route d'Ostie et restait hors les murs; symbole parlant de linégale destinée que le catholicisme a faite à ces deux apôtres.

Si maintenant on recherche avec un peu d'esprit critique, quels furent, au vrai, les rapports de Pierre avec la première communauté chrétienne de Rome, on constate avec surprise qu'ils furent à peu près nuls et que jamais il n’y eut de gloire plus vaine.

Le christianisme, à Rome, n’a dû son origine ni à Pierre ni à Paul, à aucun apôtre connu, à aucune mission officielle. Cest un exemple frappant de propagation obscure et spontanée. Quand Paul, vers l’ân 58, écrivait sa grande lettre aux Romains, la communauté chrétienne existait déjà depuis longtemps et sa foi était célébrée dans le monde entier (2).

Pierre n'y était certainement pas encore venu. Vers lan 4%, nous trouvons ce dernier emprisonné à Jérusa-

(1) Eusèse, H. E., II, 25, 7 : Monuments, reliques, places sacrées, suivent toujours les légendes. Sur la Voie Appienne, un peu au-delà de la porte, est une pauvre et vieille chapelle nommée Quo vadis ? pour marquer là place où l’apôtre, fuyant le martyre, rencontra son maître et [ui demanda : « Où vas-tu ? » et le Christ lui répondit « Je vais à Rome me faire crucifier une seconde fois ». Touchante et belle légende, pleine de sens chrétien, qu'on voudrait méditer librement et que viennent gâter les grotesques reliques que l'on conserve dans la chapelle, en particulier une pierre où les deux pieds du ressuscité auraient laissé leur empreinte. La pierre maintenant doit authentiquer la légende! On trouve ce cercle vicieux d'un bout à l’autre de l’histoire de la papauté.

(2) Rom. I, 8.

LA PAPAUTÉ em (4). Cinq ou six ans plus tard, il est encore dans cette ville et assiste aux gonférences qui s'y tiennent. Un peu plus tard, l'épitre aux Galates nous apprend qu'il

était à Antioche. Il n'était pas à Rome quand Paul y

arriva, au printemps de l'an GA: II n'y était pas davantage vers l'an 63, date de l’épître aux Philippiens. S'il y est venu, un ou deux ans plus tard, s'il y a souffert le martyre — ce qu'on peut conclure en toute rigueur de la notice de Clément Romain et du lieu d'origine de la première épitre de Pierre, — c'est un fait de détail et tout extérieur, qui peut intéresser l'historien, mais n’à aucune importance dogmatique.

Il n'existe pas de lien entre la fondation de l'Eglise de Rome et la personne historique de Pierre; il y en a moins encore entre Pierre et l'épiscopat romain de l’âge postérieur. On en a vu, plus haut, une raison qui dispenserait d’en chercher aucune autre. Îl n’y a pas eu d'évéque proprement dit à Rome avant le règne d'Adrien. Née spontanément, la communauté de cette ville s’organisa en toute liberté. Elle avait ses anciens et ses diacres, c’est-à-dire son conseil directeur ‘ou son sénat, avant l'arrivée de Paul ou de Pierre, et c’est une imagination gratuite et vaine de supposer que ceux-ci apportèrent quelque changement à l’ordre établi (2).

La partie la plus mythique de la légende, c’est le prétendu épiscopat de Pierre à Rome. Aucun écrivain des premiers siècles ne parle de cet épiscopat. On savait trop bien encore qu'un apôtre ayant la mission de porter partout la parole évangélique, ne pouvait accepter d'être

(1) On ne peut prendre au sérieux les commentateurs qui voient dans les mots : èropeiôn ei Érepoy vômoy d’Actes XII, 18, le départ de Pierre pour Rome.

(2) Rom. XII, 6-12.

que essentiellement sédentaire. Aussi bien les :

< léglise de Rome, les apôtres Pierre et Paul en auraient choisi et installé le premier évêque » (1). Ce n’est que beaucoup plus tard, et pour mieux assimiler lépiscopat

‘évêques, comme le premier anneau de la chaîne mystique dont tous les autres anneaux dépendent.

On n’a pas même réussi durant de longs siècles à se

mettre d'accord sur l’ordre et les noms des premiers 1 successeurs de Pierre. Rien ne prouve mieux le carac- F

__tère légendaire de toutes les listes qu’on en a dressées, que la variété de leur teneur et des explications qu'on en donne. Celle qui est officielle aujourd’hui, dans l'Eglise catholique, l’est devenue, non parce qu’elle est plus cer- : laine, mais parce que bite ecclésiastique l'a imposée (2). À

(1)-IRÉNÉE, IL, 3, 3 : Oepehtwouvres odv xx) oixodououvrec oi maxdovor ämésrohot Tv éxxAnciav, Aivw Thy Tic èntoxon ce heutovoylav à èveyeloroav. — Eusise, H.E. III, 2, dit également : rüc & ‘Pouaiwy èxxinstac pera ray HaÿAov xai Iéroov HAOTUpIAV TOWTOS A podTa: tv ÈrtoxoT y Aivoc.

Ainsi parlent encore les Constitutions. apostoliques, Rufin, etc. Pour qui est un peu au courant de l’histoire des premiers temps chrétiens, l'idée d’un apôtre-évèque est une impossibilité nor parce que les deux termes s’excluent. :

(2) Liste d'Irénée : Linus, Anenclet, Clément. Dent les Homes lies Clémentines, le premier successeur de Pierre, à Rome, fut Clément. Tantôt Clet et Anenclet sont identifiés et alors Clément devient le second. Il y en a qui prétendent que Rome eut simultanément deux évèques : Linus institué par Paul, selon les Constitutions Apostoliques, et Clément institué par Pierre, selon les Ne lies Clémentines. Pour arranger ces données contradictoires, Rufin, dans s sa préface à sa traduction des Recognitiones, dit: Linus et Cletus

auteurs ne disent jamais qu’ une chose : «€ Ayant fondé Fe

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à l’apostolat, qu'on a fait entrer Pierre dans la série ‘des +

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rique qu Al convient enfin de relire et d'étudier le fameux

texte HiCEne Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. » (Matth. XVI, 18.) Notons tout d'abord ce fait intéressant : il n’a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnés, qu'au.

troisième siècle, lorsque les évêques de Rome en eurent

précisément besoin pour soutenir leurs prétentions nais-

santes. Tertullien, qui le premier nous fait connaître cette

exégèse dictée par la politique, s'élève fortement contre Ÿ 2

- mokeld, x. T. À.

elle, et déclare que le mot de Jésus et le privilège qu'il ‘ implique ne visent que la personne de Pierre et son ‘rôle d'initiateur dans la première prédication apostolique.

C'est sans aucun droit que les évèques romains se l’appliquent, à eux-mêmes et à leur siège (1). Plus libre encore, plus dégagé de toute polémique, Origène déclare de son côté que la promesse de Jésus va non à la per-

sonne de Pierre, qui, un peu plus loin est appelé Satan, mais à la foi même dont Pierre, à cet instant, a été l'or ganeet sur laquelle l'Eglise est fondée (2). Cyprien enfin ne voit dans la primauté apostolique de Pierre qu'un

fuerunt quidem ante Clementem episcopi in Urbe Roma, sed superstite Petro, videlicet ut illi episcopatus curam gererent, ipse vero apostolatus tmpleret officium. D'où le P. Perrone, à son tour, a tiré cette’

hypothèse, que Pierre, évêque de Rome, avait choisi Linus et Anencletus pour vicaires généraux ! Prael. theol. II, S570. Voy. Lrrsius,

Die Quellen der roemischen Petrus-Sage, 1872. A. HarNack, Gesch..

der Altchristl. Litteratur, 1897.

(1) TERTULLIEN, de Pudic, 21.

(2) OriGène, Comm. in Matthaeum XVI, 18, (tome XIT, 10, éd. Lom-

matzsch) : rétoa ya Tüc ô Xouotoù HaUNENC ee xai ET) Tüoay ThY.

… nb 2 s\ »

nouabrny mévoay olxoGopeïrat 6 ExmAnaraotwmde mûç Adyoc, ua à xar'aITOv

Due < et une manifest l'évêque de Rome reste un primus inter pares «. û On voit qu'au temps même où s'élabora cette exégèse romaine, elle fit à tous les contemporains Hp

d'une nouveauté.

Quel que soit le sens de ce texte fameux et quelque honorable qu'il soit pour l'apôtre Pierre, il est clair que __ les évêques de Rome ne sauraient historiquement s’en

. prévaloir, après qu'il a été démontré qu'il n'y a aucun lien entre eux et Pierre, aucun entre Pierre et Rome, et enfin, comme on va le voir, aucun entre Rome et la pensée religieuse de Jésus.

: Rome, au point de vue religieux, est restée en dehors |

(1) Cyprien est le premier écrivain qui ait désigné le siège romain comme locum Petri (Ep. 52) et comme cathedram Petri “4 (Ep. 55). Mais pour lui, l’épiscopat tout entier est le successeur de | cu Pierre, et l'évêque de Rome n’a aucun pouvoir sur ses collègues. (Ep. 33. 1) : Dominus noster… episcopi honorem et ecclesiæ suæ rationem GP disponens in evangelio loquitur et dicit Petro : Ego tibi dico, quia tu es Petrus, etc. Inde per temporum et successionum vices episcoporum ordinatio et ecclesiæ ratio decurrit, ut ecclesia super episcopos consti-

tuatur. — Il faut se défier, dans le De unitate, 4 et 5, de certaines interpolations romaines sur la primauté de Pierre, qui manquent dans les plus anciens manuscrits et dans les premières éditions

imprimées. La vraie pensée de Cyprien se découvre dans l'Ep. 71, 3: #4 à Nam nec Petrus, quem primum Dominus elegit et super quem ædificauit ecclesiam suam, cum secum Paulus de circumcisione postmodum disceplaret, vindicavit sibi aliquid insolenter aut arroganter assumsit, ut. diceret se primatum et tenere et obtemperari a novellis et posteris sibi potius oportere. Et encore mieux dans son allocution au Synode de Carthage, de l’an 256: Neque enim quisquam nostrum episcopum se esse episcoporum constiluit, aut tyrannico terrore ad obsequendi necessitatem collegas suos adigit, quando habeat omnis episcopus pro licen-

tia libertatis et potestatis suæ arbitrium proprium, tanquam judicari

ab alio non possit, quum nec ipse possit alterum judicare.

Nue ee dé ne Fin n'était ons contraire à sa conception du royaume de Dieu, que l’idée d'une église monarchique calquée sur le cadre de l'empire des | Césars, avec la même hiérarchie et la même capitale. I wa jamais songé à instituer, après lui, un lieutenant où un vicaire, et, si dans les communautés messianiques de la Palestine, quelqu'un à paru jouer ce rôle un moment

du Christ selon la chair, mais non Pierre, qui apparaît subordonné à Jacques, aussi bien dans l'Épitre aux Galates 3 et les Actes des Apôtres, que dans la première tradition des Ebionites (1). ;

| - Le texte: Tues Petrus, dans sa ie actuelle, remonte- 3 o til à Jésus”? Cela est plus que douteux. Il ne se trouvait L pas dans le se recueil des logia du ces que

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0) Act. XV; Gal. IT ; Hom. Clément., Ep. Petri ad Jacob. L'exégèse romaine de Matth. XVI, 18, a mis beaucoup plus de

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. temps à triompher et triompha plus difficilement qu’on ne croit. La majorité des Pères, aux 1ve et v° siècles, tient encore pour l’interprétation spiritualiste ou symbolique. Le mot rétpz est généralement entendu de la confession de Pierre (Hizaire, GRÉGOIRE pu NyssE, AmBROISE, CHRYsosToME) ou encore de la personne du Christ (JÉRÔME, Aueusrin), plus rarement de la personne de Pierre. Jérôme oscille (Ep. 15, al. 57, ad Damasum). Même dans ce dernier cas, Pierre n’est considéré que comme le représentant, le résumé, le symbole de l’épiscopat tout entier. Primatum confessionis, non honoris, primatum fidei, non ordinis, dit AmBroise, de incarnat. Domini, c. 4. Oprarus Micev., De schismate Donatistarum libri VIT. AuGus-

Tin, de diversis serm. 108 et In Evang. Johannis tractatus 124, 5, etc. — Voy. Casaugon, Exercit. ad Baronium XV, n. 13 ss. et, en somme, GIESsELER ,Kirchengesch. 1 vol., 2° partie, p. 210. Il ÿy aurait

une histoire intéressante à faire de l’exégèse du texte de Matthieu. On y verrait que l’exégèse n’a pas déterminé Li de la hié- - rarchie, mais celle-ci, celle-là.

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et en attendant la venue du Roi, c’est Jacques, le frère

: Marc ne l'a pas encore de arui ie. souv 5 qu'il avait recueillis de la prédication de Pierre lui-même. Le quatrième évangile l’omet également, et l'on peut même dire que le voyant poindre dans la tradition, il à essayé de le combattre, en opposant à Pierre le disciple aimé. Le livre des Actes ne l’a pas. Paul ne s’en est point douté. Les épîtres de Pierre, l'Apocalypse, tous les livres du Nouveau Testament l'ignorent absolument. Il ne fait 3 son apparition que soixante ans après la mort de Jésus, dans la dernière rédaction de notre évangile de Matthieu, compilation d'éléments les plus divers. Il est très vraisemblable qu'il doit son origine à une inspiration des

cercles judaïsants ou ébionites, qui, après la disparition

de Jacques, voulaient opposer l'autorité de Pierre à celle de Paul. C'est le développement et la transformation, dans | la tradition orale, d’un mot sans doute prononcé par Jésus à l’occasion du changement du nom de Simon en celui de Céphas. On surprend ici l'humble source de la légende de Pierre, et, de ce point, en redescendant l'his-

toire, on peut en suivre et en embrasser sans trop de … peine le développement tout entier.

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