PREMIER ESSOR DE LA PAPAUTÉ. — GRANDEUR ET. DÉCADENCE
Après avoir trouvé dans l'importance politique de la ville de Rome, la cause effective et première de leur prééminence, les évêques romains trouvaient également dans la légende de Pierre la consécration divine et le gage assuré de leur fortune future. Héritiers de cette double anti-
, des promesses de l'autre pour le avenir, ils our naturellement l'emporter sur tous les autres évêques. La conversion rapide des sujets de l'empire exhaussait encore chaque jour leur siège épiscopal, qui allait bientôt être de niveau avec le trône des Césars, en attendant de le __ remplacer, au moins en Occident. - Cette fortune n'apparaît prodigieuse et Re qu'à ceux qui sont incapables de tenir présentes à leur esprit, les causes historiques qui l’ont élevée. Le caractère et le génie des évêques de Rome, les controverses __ qui déchirent l’église et dans lesquelles ils n’interviennent | avec une prudence consommée, que comme arbitres et pr juges en dernier ressort, la série de catastrophes qui mettra fin à l'empire occidental et amènera la vacance du pouvoir civil, l'avènement des princes barbares, la vénération des peuples nouveaux qui tiendront de Rome les bienfaits de la civilisation et ceux de la foi, tout a contribué à la formation de ce pouvoir nouveau et au triomphe d'une politique religieuse qui s'inspirait d’une foi profonde et qui, durant tant de siècles et à travers tant de vicissitudes, ne s’est jamais démentie. Malgré l'obscurité qui les couvre à demi, on peut dire que les premiers évêques de Rome furent des hommes éminents, soit par leur caractère, soit par leur sens pretique. Ils semblent ne se succéder dans leur charge que pour se succéder dans le martyre. La constance de leur politique n’est pas moins admirable que celle de leurs vertus. Aussi bien leur puissance est-elle la seule qui ne cesse de grandir, tandis qu'autour d'elle tout décline et se décompose. (est le seul centre d'attraction qui attire et qui unifie. La nature religieuse de ce pouvoir fait qu'il ne souffre d'aucune défaillance individuelle, et même
es nbitieus Due à que Ne se des saints. C Y.
a eu des uns et des autres sur le siège romain, dès l'origine. Témoin ce Calliste que le peuple romain à canonisé ‘4 et dont un autre saint, l’auteur des Philosophoumena, a révélé récemment l’aventureuse carrière. (1) Ce que la fraude avait une fois conquis, la crédulité populaire le rendait inviolable et sacré. :
La conversion de Constantin, qui semblait devoir
(4) Calliste, évêque de Rome, de 217 à 222, était, d'après saint Hippolyte, un ancien esclave qui aurait trompé la confiance de son maître, organisé une banque chrétienne et gaspillé les épargnes des
fidèles. Puis, il serait allé provoquer et insulter les Juifs pour mériter le nom de martyr. Déporté en Sardaigne, il en revint et se fit de nouveau chasser par l'évêque Victor. Il réussit ensuite à s’in-: sinuer dans les bonnes grâces de l’évêque Zéphyrin, qui le préposa à l'administration du cimetière et auquel il finit par succéder. Il faut sans doute rabattre quelque chose de ces accusations portées eontre lui par un évêque qui fut son rival. Il en restera toujours la physionomie d’un homme d’affaires plutôt que celle d’unsaint. Pour retrouver la réalité des choses, que la canonisation de tous ées anciens évêques a voilées, il faut lire encore le fameux passage : d'Ammien MarceLzin XX VII, 3, 12.13 : « Damase et Ursinus (Ursicinus), avec une passion franchissant toutes les bornes, se livraient de furieuses batailles pour s'emparer du siège épiscopal. Leurs partisans allaient jusqu’au sang et au meurtre. Le préfet de Rome, Juven- | tius, ne pouvant ni réprimer ni modérer ces luttes sanolantes, fut obligé de se retirer dans la banlieue. Damase l’emporta, ses partisans s'étant montrés plus violents. En un seul jour, dans la basilique de Sicininus, on compta 137 cadavres d'hommes tués. » L'historien s'étonne encore plus des mœurs étalées par les évêques « qui s’en- richissent des offrandes des matrones, s’étalent sur des chars avec une mise soignée et donnent des festins plus que royaux ». C’est ce. spectacle qui faisait dire à un paien le mot que JÉRÔME nous a rapporté (Epist. 38 (al. 61) ad Pammachium). « Faites-moi évêque de ka ville de Rome et je me fais chrétien ».
D apr ha la. diriger. Ce furent és empereurs. ee tiens, non les papes, qui décidèrent alors de la foi catho- L. lique. En s'adressant aux évèques, Constantin prenait des allures épiscopales. Il disait qu'il était l’évêque du dehors, institué par Dieu, comme les autres. À l'instar de ses prédécesseurs païens, il réunissait ainsi en sa à personne les droits de l’empereur et ceux du souverain
Pontife. Tout autre évêque devait s’effacer devant celui- ‘PACE C'est Constantin qui convoque le Concile de Nicée ; c’est lui qui l’ouvre solennellement, qui en approuve et. en sanctionne les décisions. Ses successeurs feront de même. Jamais le rôle de l'évêque de Rome ne fut moindre, ni sa personne plus dans l’ombre. (1).
(1) Euskse, Vita Constant., IV, 24...... 16yov dpñxev, wc dox en vai adrde ëriosxomoc. Et il rapporte les paroles mêmes de l’empereur qui disait aux évêques : 4\'bpeic pèv Toy elow tic xxAnolas, ëyd DE rdv Exrdc Ônd Üeod xaestamévos Etisxonoc äv env. Eusèbe ailleurs Gbid.H, 44), estime excellent pour l'Eglise de Dieu, alors qu'il y a tant de divergences en elle, qu'ii y ait aussi un « évêque commun » établi de Dieu qui rassemble les Synodes des serviteurs de Dieu. L'évêque . universel établi de Dieu, ce n’est pas l’évêque de Rome, c’est l'empereur. |
Un peu plus tard le caractère sacbrdbti fat reconnu à l’empereur. Acclamation du Concile de Constantinople en l'an 448 (Mans, VI, pag. 733), roG à Ëtn... T@ apytepet Paotet, C'est à l'empereur que les prêtres ou les évêques, condamnés par les Synodes de leur province, en appellent comme au juge suprême des causes ecclésiastiques aussi bien que des causes civiles. Les défenses des Synodes
n’y font rien. L’évêque de Rome considère comme un privilège de n’avoir et de ne reconnaître d'autre juge que l’empereur. (Epist. Rom. Concil. ad Gratianum et Valentinianum, dans Grrseer, I, 2e partie, p. 181). Théodose définit la foi catholique et même le mot de catholique. (Cod. Théod. XVI, 1, 2). De toutes parts s'élèvent
Wet de mesurer l'autorité es sièges épiscopaux à l'impo
tance politique des villes où de étaient établis. Au con traire, en Occident, on regardait avant tout à leur origme
apostolique et à l'autorité des apôtres qui les avaient institués. Cela fit qu'on ne pouvait jamais s'entendre. Après la fondation de Constantinople, les conciles de Chalcédoine et de Constantinople décidèrent que l'évêque de la nouvelle Rome aurait la même autorité que celui de l'ancienne, ne laissant à ce dernier qu'une primauté pure-
ment honorifique. Rome protesta contre ces décisions ;
mais l'Orient les a toujours maintenues. Le schisme se préparait (1).
I devint inévitable avec la division de l'empire. L'unité
de l'Eglise s'était calquée sur celle de la monarchie des Césars, qui faisait un seul corps des peuples pliés à sa
loi. Mais, dès le 1v° siècle, deux mondes se dessinent; ils
des plaintes sur cette dépendance où la hiérarchie est tombée : Fausninus, in libello precum (Bibl. PP. Lugdun. V, p. 656). Imperatoris arbilrio episcopi nunc ex catholicis fiunt hæretici, et idem episcopi ex hæreticis ad fidem catholicam revertuntur. Socrate, Hist. eccl. IV, proæmium. Et tout n’est pas une usurpation sur les attributions de l’évêque de Rome. A cette époque la papauté est en for. mation, elle n'existait pas encore. C’est elle qui héritera sur ce point de la souveraineté impériale, quand celle-ci disparaitra. L (1) Concile de Nicée, Can. 6. Concile de Chalcédoine, can. 17 et
e \ x \ surtout can. 28 5 ka ydp To Doéve rie npesbvrépas Puüune, 1x rd Pacr-
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GroAAoUGay roccbelwv ti Tpesôvréoz GaoiAidt ‘Pwun. Le concile de Constantinople, en 381, can. 3, avait exactement décidé la même
égalité entre les sièges de l’ancienne et de la nouvelle Rome. (Voy. Mansi, tom. VII, p. 369). |
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