‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 46 sur 124 · RET AE © +: L · texte numérisé non relu

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briser ; l'unité de PEgéé qui en était le reflet, ne fr

survivra pas.

Les querelles dogmatiques ne sont pas la cause réelle du déchirement. — Derrière ces querelles s’accomplit

obscurément une évolution sociale qui va décider de

l'avenir du monde chrétien comme du monde politique. Quand il y aura deux empires, on peut prévoir qu'il

aura deux Eglises qui se diront également orthodoxes en

catholiques. Pour le rêve d’un épiscopat universel, caressé à Rome avec tant d'espérance, il y aura là un obstacle, de nos jours encore insurmonté.

Ce qui limita et affaiblit, en Orient, l'autorité des évêques de Rome, eut pour effet, en Occident, de la fortifier et de l’accroître. Rome était, dans cette partie du monde, le seul :

2 siège qui remontât aux apôtres. Cest d’elle que l'Afrique, la Gaule, l'Espagne et, plus tard, la Bretagne et la Ger- . manie, avaient reçu la foi chrétienne. Il n’y avait, pour

les Eglises de ces provinces, de sécurité pour leur orthodoxie que dans leur communion avec l'Eglise romaine. Les évêques de Rome s’appliquèrent et réussirent à res-

serrer chaque jour davantage ces liens, qu’avaient noués

d’abord la reconnaissance et le respect. Dans ces temps de trouble et de confusion, leur arbitrage était souvent invoqué. Le concile de Sardique, en 347, reconnut aux

évêques condamnés dans leurs provinces le droit d'en

appeler à celui de Rome, et, à ce dernier, celui de juger ou de faire juger la cause en dernier ressort (1). Telle

(1) Invocewr !”, Epist. 25, ad Decentium. Conc. de Sardique, Epist. ad Julium episc. Rom. (dans Mansi III, 40) : Hoc enim optimum et valde congruentissimum esse videbitur, si ad caput, id est ad Petri

À loue. Rien n'a plus contribué à ndre É ju dict 1 romaine et à donner à l’évêque de Rome, au moins en

Occident, la physionomie et l'autorité d’un évêque uni-

versel.

Alors parut sur le siège romain un homme d’une vertu.

d’une éloquence et surtout d’un génie politique extraordinaires. Léon le Grand (440 à 462) ouvre la série de ces grandes figures de papes qu’il faut ranger dans la

famille des fondateurs de dynastie et des conducteurs de nations. C’est, en réalité, le premier pape de l’histoire et

Je vrai fondateur de la papauté (1).

Tout d’abord, il en précise la théorie, il faudrait dire le

Apostoli sedem, de singulis quibusque provinciis Domini referant sacerdotes. Voyez encore Can. 3, dans Mans III, 23. — Mais par l'histoire d'Hilaire d’Arles, par les canons du Concile de Carthage (398) et la lettre du Concile d'Afrique à Célestin I:", on peut voir quelle résistance rencontrait cette nouvelle juridiction de l'évêque de Rome. (1) C'est un fait digne d'attention qu'en Occident, même sous ! __ Léon I°, les évêques de Rome n'ont encore aucun nom ou titre exclusif. Les noms de Papa, Apostolicus, Vicarius Christi, Summus Pontifex, Sedes apostolica sont à l'usage d’autres évêques et de leur siège. En Orient, Dioscure se faisait nommer, en sa qualité de patriarche d'Alexandrie, ofxoupevixds 4oytexisxoros. C’est une fable que l'affirmation du Catéchisme romain (pars. II. G. 7, quæst. 24) d’après laquelle Cyrille, au Concile d'Ephèse, aurait nommé l’évêque de Rome Archiepiscopum totius orbis terrarum Patrem et Patriarcham. Clovis donnait encore le nom de « papes » à tous les évêques. (Mansi VIIT, 346). Dans l’église grecque, il est resté le nom de tous les clercs. Incertain et commun jusqu'au vi® siècle, l’usage qui le réserve comme titre unique au seul évêque de Rome, n'a été fixé que par la célèbre dictée de Grégoire VIT : Quod hoc unicum est comen in mundo. Voy. Towassin, Vetus et nova Eccl. disciplina

pars. [, lib. 1, 4. Gissecer, K, G. I,-b. 228. S. BeRGER, . des sciences es art. Pape, etc,

Hits (A): | "1 dépense, pour faire

| passer la théorie ns les faits, une énergie de volonté, une clarté de vue, une éloquence et une diplomatie i Hi comparables.

Grâce à la faveur des événements, il parut un instant réaliser son rêve, et il y aurait certainement réussi, si le suceës avait été possible (2). Dans l’ordre politique, enfin, devant l'invasion des barbares et l'effondrement de l'em-

pire et de ses institutions, il sut faire apparaitre, aux yeux des peuples consternés, la papauté naissante, comme ne

le seul pouvoir capable de les défendre, comme l’unique

moyen de salut. C’est une légende sans doute qui nous ;

montre Attila, le fléau de Dieu, reculant devant Léon Ier, venu à lui en habits pontificaux et escorté de l'épée flam-

(1) Léon, Epist. 10, al. 89, ad episc. provinciæ Viennensis : Sed hujus muneris sacramentum ita Dominus ad omnium apostolorum officium pertinere voluit, ut in beatissimo Petro, apostolorum omnium summo, principaliter collocaret, et ab ipso, quasi quodam capite (ceci est vraiment nouveau), dona sua velit in corpus omne manare, ut exsortem se mysterit intelligeret esse divini, qui ausus fuisset a Petri

” soliditate recedere. Et ailleurs, ep. ad Anastasium, episc. Thessalonic.

12 {al. 14), c. A1 : Magna ordinatione provisum est ne omnes (episcopi) sibi omnia vindicarent, sed essent in singulis provinciis singuli, quorum inter fratres haberetur prima sententia, el rursus quidam, in majoribus urbibus constituti, sollicitudinem susciperent ampliorem, per quos ad unam Petri sedem universalis ecclesiæ cura conflueret et

nihil usquam a suo capite dissideret. (Voir encore Léon, serm. 82.)

(2) 11 obtint de Valentinien III une loi impériale, par laquelle l'autorité de l’évêque de Rome était formellement établie sur toutes les églises d'Occident. (A la fin du Code Théodosien, et dans les œuvres de Léon, édition Ballerini, ép. 41). Pour son rôle en Orient, dans les controverses d'Eutychès et de Nestorius, à propos du Concile d'Ephèse et de celui de Chalcédoine, voy. Mawsr VI, et VIT et S. Bercer, Encycl. des sc. relig., Article Léon Ier.

oyante de saint Pièrre. Mais ce légende H'ENPE

3 pas moins avec une vérité saisissañte la foi des peuples de ° et la mission de protection et de salut qui, dans cette j

détresse universelle, revenait à l'Eglise et à son chef. Les populations, vaincues et ravagées, se serraient autour du Saint-Siège, comme les brebis qui n’ont plus d'autre berger, et les barbares s’arrêtaient avec une sorte de terreur religieuse devant des cérémonies qui les fascinaient et devant un pouvoir mystérieux, contre lequel leurs épées victorieuses ne pouvaient presque rien; ils trouvaient plus d'avantage à obtenir de lui la consécration de leurs conquêtes qu’à le persécuter et à le détruire. Ainsi commença le rôle politique des papes et naquit l’idée de la théocratie.

Les conquêtes de Justinien remirent un moment les évêques de Rome en tutelle (4), mais cela ne dura pas. Ils trouvèrent dans la monarchie franque, qui s'élevait en Gaule, un point d'appui et une arme pour s'affranchir à

| la fois de la suzeraineté de Constantinople et de la tyran-

nie des Goths ariens, et plus tard, des Lombards. L'alliance devint plus étroite encore entre la famille

de Charles Martel et la papauté. Pépin et Charlemagne

avaient besoin du pape pour consacrer leur usurpation

(1) Voy. comment Justinien, à propos de choses d'église, s'adresse à l'évêque de Rome aussi bien qu'aux autres. (Cod. Justin. nox. 493, c. 3, éd. Teubner, II, p. 298). KeAcbouev rolvuy x. t. À. Voyez aussi la curieuse façon dont Grégoire-le-Grand obéit humblement et proteste à la fois à propos d’une loi de l'empereur Maurice (Greg. M. lib. UT, ep. 63, ad Mauricium Aug.) : Utrobique ergo quæ debui exsolvi, qui et imperatori obedientiam præbui et pro Deo quod sensi minime tacui. Il reconnaît et proclame le droit suprême de l’empereur, à qui Dieu a dit : Sacerdotes meos (y compris le pape) tuæ manui commisi. C'est en notant ces attitudes qu'on mesure le SAN parcouru par la papauté.

S erain indépendant. Il donna sa hénédietion et ue ce échange ce qui s'est appelé depuis lors « le Dibanvine de Saint Pierre ».

Notons le second pas que fait, à cette occasion, l'idée théocratique, latente dans l'institution même de la pa- pauté. En l'an 800, le jour de Noël, dans la basilique de Saint-Pierre, le pape Léon III posa la couronne impériale sur la tête du prince des Francs, aux applaudissements du peuple qui criait : « Vive l'empereur Charles Auguste, couronné par Dieu même!» Non-seulement le pape mettait ainsi fin aux prétentions des empereurs grecs sur l'Occident; non-seulement le pontife romain. semblait avoir détenu, comme en dépôt, la couronne des Césars, pour la donner à celui qui avait restitué leur 2 empire, mais encore et surtout, il apparaisait dans le monde catholique comme le représentant de Dieu, comme un autre Samuel destituant Saül, couronnant | David et gardant le droit théocratique de faire et de défaire les rois. Plus la puissance du nouvel empereur … PA était olorieuse, plus elle contribuait à rehausser celle du pape qui semblait la lui avoir donnée. +

Un autre événement, plus obscur, ne servit pas moins la cause de la papauté. C'est l'apparition successive de plusieurs recueils de lettres ou décrets d'anciens évêques de Rome, et dont le plus fameux est celui des fausses Décrétales du Pseudo-Isidore. Un des traits dominants de cette période de l’histoire, c’est la tendance de rame- ner toutes les questions religieuses à des questions de

droit canonique et à les trancher au nom d'anciennes autorités qui, en tout, avaient fixé la règle à suivre et la

solution à adopter. Cest pour fonder et enrichir cette jurisprudence qu’on inventa cette série de documents, la

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pipe Ru Clément Ron jusqu'à Damase, et qui É constituent la fraude la plus colossale et la plus naïve dont l'histoire ait gardé le souvenir. L'intervention sou- veraine de la papauté dans les diocèses catholiques, ses”

centes y étaient confirmées et justifiées comme une doctrine constante depuis les commencements de l'Eglise. Toute la politique des papes au Moyen-Age s’en est ins- pirée, elle y trouvait un point d'appui que personne ne mettait en doute, un arsenal inépuisable et une autorité : vénérable qui faisait tomber toutes les résistances (1). Il À y aurait une curieuse histoire à écrire des falsifications faites dans l'intérêt de la papauté, à travers toute son. histoire. On interpolait les documents authentiques quand on n’en fabriquait pas de faux. Les écrits des Pères les plus célèbres n'y ont pas été plus respectés. que les actes des Conciles. € On n'a jamais plus effron- tément falsifié et menti que dans ce domaine », disait avec une sainte colère le vieux chanoine Dællinger (2). Contenons cette-indignation. Les faussaires pieux agis- Saient sans doute avec une bonne conscience. Le respect de la vérité est une vertu moderne, fruit de la critique historique. La violence, la ruse et le mensonge ont tou- jours eu quelque part dans la fondation et le triomphe

(1) Ges fausses Décrétales du Pseudo-Isidore sont devenues la base du nouveau droit canonique qui s’est substitué à l’ancien. Sans l'apparition de ce document, le développement du système papal jusqu’à la théocratie universelle de Grégoire VII et d'Innocent

- II resterait inintelligible. Voy. David BLONDEL, Pseudo-lsidorus et Turrianus vapulantes, 1628. Giesecer, K. G. II, 4" partie, p. 173 ets LS: Cunirz, Encycl. des sc. relig., art. Décrétales.

(2) DŒLLINGER, Papi Fabeln 2e édit., 14863.

prétentions les plus hautes, ses attributions les plus ré-

| Sur un autre ou, ile n'a pas fait davantage. excep- ; tion à la règle commune des pouvoirs humains. Toutes. les dynasties qui durent, ont des rois fainéants ou des princes infâmes. Les derniers Mérovingiens et les der- niers Valois sont là pour en témoigner dans l’histoire dela #Æ monarchie française. La papauté à eu ses hontes comme __elle a eu ses gloires, ses membres indignes comme ses . grands hommes. Le grand pontificat de Grégoire VII a été précédé d’une période de plus d’un siécle, flétrie sous lenom de Pornocratie, durant laquelle on vit des courti- __ sanes disposer de la tiare et un enfant de douze ans chargé de vices, élevé sur le siège de Grégoire I" et de dE Léon-le-Grand. Après les Benoît IX et les Jean XV, ip est heureux qu’apparaissent les Hildebrand, comme Henri IV, Richelieu et Louis XIV après les Charles IX et De sien Fi ; autrement aucune institution ne pourrait a durer. | Si la papauté iionipha de ces an ét de cesr épreuves, c’est qu'elle avait, dans la foi religieuse des | peuples, des racines qui lui apportaient, après toutes lés de. crises, une vigueur nouvelle. Dans ces temps, où les triomphes de la force brutale fondaient un nouveau droit en édifiant la société féodale, l'Eglise seule représentait la force intellectuelle et morale, le principe de la justice et de la charité. Grâce à la conception ascétique et sacerdotale du christianisme qui régnait partout, les esprits vivaient ‘dans le sentiment d'une opposition radicale de la vie naturelle et de la vie surnaturelle, de la chair et de l'âme, du clergé et du peuple, du couvent et et du siècle, de l'Eglise et de l'Etat. Le dogme de la cor- ruption naturelle de la race humaine rendait partout |

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