‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 47 sur 124 · PM CU IT · texte numérisé non relu

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| nécessaire Pcistarice rue du sacerdoce. Dans cet anta- ; gonisme du monde perdu et de l'Eglise rédemptrice, l'Eglise assumait et revendiquait naturellement la mission de diriger et de gouverner. Dieu lui a remis la tutelle des peuples, et comme le pontife romain est le vicaire de Jésus-Christ, les princes de la terre comme les peuples lui doivent la même soumission qu’à la Divinité (1). Ce n’est pas en vain qu'on vit alors apparaitre un ascète, sinon un moine, pour être le réformateur du clergé et l'instaurateur de la théocratie. Le rêve de Hilde-

brand est un rêve mystique. Dans la vie religieuse, on

avait appris ce secret étrange et nouveau, issu du christianisme, de conquérir le monde par le renoncement, ses richesses, par le vœu de pauvreté, et le pouvoir absolu, en faisant profession de la plus extrême humilité (2). Mais voici la contradiction fatale : quand le couvent, par

LU) Grécoime VII (Reg. lib. VIII, epist. 21, ad Herimannum Mettensem episcopum) explique ainsi l’origine de l'Etat : Quis nesciat reges et duces ab is habuisse principium qui, Deum ignorantes, superbia, rapinis, perfidia, homicidiis, postremo universis pæne sceleribus, mundi principe diabolo videlicet agitante, super pares, scilicet homines, dominari cæca cupiditate et intolerabili præsumptione affecta-

verunt?... Quis dubitet sacerdotes Christi regum et principum omniumque fidelium patres et magistros censeri ?Ailleurs il imagine, le premier, la comparaison, qui ne cessera, après lui, d’être reprise et développée, du soleil et de la lune, l’un pour présider au jour, l’autre à la nuit. Il explique ainsi le vrai rapport établi par Dieu entre le pouvoir spirituel et le pouvoir civil (lib. VIL, epist. 25, ad Guilelm., r. Angl.). Innocent III, pour exprimer la même antithèse, se sert de celle de l'âme et du corps. Boniface VIII y ajoute encore celle de l’homme psychique et de l'homme spirituel qui juge de tout et n’est jugé par personne (Bulle Unam Sanctam).

(1) La vie et les lettres de Hildebrand prouvent que s’il était animé d’une conviction absolument sincère, cette foi n’excluait pas chez lui l’habileté changeante et tenace à la fois de l’homme politi-

RÉ ieux où meurt toute théocratie. En par ds anges, "74 ce régime serait peut-être le meilleur; il devient le pire entre des mains humaines (1). | Au commencement du xme siècle, le rêve de Gré- goire VII semble toucher à son accomplissement. Avec Innocent III, la papauté domine l'Europe; elle dispose.

2 de la couronne des rois et de la conscience des peuples.

me CE triomphe fut de courte durée. Avec le siècle suivant, “4 s PS < . :

: tout change, tout se transforme. La scolastique achève

son évolution glorieuse et tombe en ruines sous la eri-

tique du nominalisme. Le sentiment national se réveille, l'horizon intellectuel et moral s’élargit; le monde entre k dans les voies nouvelles. Boniface VIIT aura les mêmes prétentions que ses prédécesseurs (2), mais la force lui __ manquera pour les soutenir. Il mourra de lhumiliation Le d'Anagni. À partir de ce moment, nous descendons par une pente rapide l’autre versant de la montagne. La théo- Mi cratie a vécu. : | |

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que. A lui, plus qu’à tout autre, l'Eglise doit d’avoir été constituée en société essentiellement politique. | 3 ; (4) Voy. les critiques amères, les plaintes désolées, les satires impies que provoquent au moyen-âge les abus de la vie cléricale et qui font réclamer une réforme de l'Eglise dans son chef et ses membres. (2) Subesse Romano Pontifici omnes humanas creaturas, declaramus, de- finümus et pronuntiamus omnino esse de necessitate salutis (Bulle Unam sanctam, etc.). Boniface VIH, dans cette bulle, ajoute l’image des deux glaives à celle des deux luminaires d'Innocent IT et de Grégoire VII. Mais la hauteur de ses prétentions ne sert qu’à mieux en faire ressortir l'impuissance. Quand ceux-là parlaient, la foudre partait avec la menace. Mais la foudre de l’excommunication est __ éteinte. Ce n’est plus qu ‘une arme inoffensive, telum imbelle, sine 7 ictu. Les peuples, ni les rois ne s’en émeuvent plus. Aussitôt la

papauté a paru faible et désarmée.

Quatre grandes crises, qui se terminent chacune par une nouvelle défaite des prétentions papales, jalonnent ce déclin. C’est d’abord la lutte de Boniface VIIT contre Philippe-le-Bel et les Etats généraux de France rangés derrière le roi qui amène l'émancipation du pouvoir royal et l’humiliation de la papauté déchirée par ses divisions intestines et captive à Avignon. Deux siècles plus tard, c'est la Réforme, qui, réclamée depuis trois cents ans par les plus grandes voix de l’Église, éclate enfin en tempête à la voix de Luther, proclame l'autonomie de la conscience chrétienne et détache de l'Eglise la moitié de l’Europe. Plus tard encore, c’est la Révolution française qui balaye le droit divin du moyen-âge au nom du droit moderne, de la souveraineté du peuple, et achève la triple sécularisation du pouvoir politique, de la vie civile et de la pensée.

De nos jours enfin, c’est la fondation du nouveau royaume d'Italie, couronnée par l’entrée des Italiens à Rome en 1870 et la retraite du pape dans le Vatican. Les Etats de l'Eglise que la politique avait créés, la politique les emporte après mille ans d'existence. Date mémorable dans l’histoire, démonstration éclatante, faite par la force même des choses, que rien ici n’est immuable, e’est-àdire immortel !

Dans ces crises, la papauté, certes, ne meurt pas, mais elle se transforme. Ayant cessé d’être une puissance de l'ordre politique, elle devient un dogme dans l’ordre religieux. C’est sous ce dernier aspect qu'il reste à la considérer.

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