LE PAPE INFAILLIBLE
Il serait intéressant de rechercher à quel moment précis | l'idée de l’infaillibilité personnelle de l’évêque romain a fait sa première apparition dans l’histoire.
On serait amené tout de suite à cette première réflexion : Pinfaillibilité du pape fait aujourd’hui son autorité ; dans le passé c’est son autorité qui a fait son infaillibilité. Le cercle est patent. [1 en est du dogme de l'infaillibilité comme de la théorie du droit divin des rois. Le droit divin n’a jamais fondé aucun royaume ni fait triompher aucune dynastie, mais une fois le royaume fondé et le trône établi, le droit divin est survenu pour consacrer et protéger l’un et l’autre.
Le degré d’infaillibilité accordé au pape a toujours été proportionné au degré de l’autorité qu’il avait acquise et qu'il exerçait. Quand cette autorité à été absolue, son infaillibilité est devenue entière. Celui qui s’arroge le droit souverain de commander aux consciences ne doit pouvoir errer. Voilà pourquoi l’idée de l’infaillibilité date du moyen-âge et du pontificat théocratique de Grégoire VIT. Parmi les docteurs, Thomas d'Aquin est le premier qui l'ait produite au jour comme un article de la théologie catholique. |
Il est facile d’en expliquer la genèse. Depuis le re siècle, en vertu de cette parole du Christ, que son Eglise ne peut défaillir, c'était un dogme de la foi catholique que la vérité résidait toujours et nécessairement dans la tradition authentique de l'Eglise et dans la succession légitime des évêques. L'enseignement apostolique se trans-
. erreur. Or, en Gba tou Ale pouvait se gl fier d’avoir un siège épiscopal d’origine apostolique. Elle était universellement célébrée comme la plus fidèle gardienne du dépôt sacré de la tradition. Ce devint uns axiome qu'il fallait être d'accord avec elle pour être dans l'orthodoxie. Dès lors, on voit le mouvement qui s'opère. L'infaillibilité qui était l’attribut de la seule Eglise universelle se concentre avec le temps dans l’église de Rome et, de celle-ci passera enfin à son évêque. Quand le pape fut | tenu pour la tête et la bouche de l'Eglise, l'infaillibilité ” de cette dernière pouvait-elle s'exprimer par une autre tête et par une autre bouche? Celui qui résume en sa personne l'Eglise tout entière ne doit-il pas en posséder tous
er les attributs, pour pouvoir exercer en son nom toute l’autorité ? à
Ce système d’une si parfaite logique est l'œuvre des siècles, L’antiquité ne l’a point soupçonné. L'Ecriture n’en offre aucune trace. Les premiers évêques de Rome ne | s’en sont point doutés (1). À l’origine, Jérusalem, An-
(1) Une vieille tradition conservée par le Liber Pontificalis raconte qu'Evareste, qui vient le quatrième sur la liste des premiers évêques romains, « avait institué sept diacres avec la mission de veiller sur la prédication de l’évêque, pour qu’il ne s’écartât pas du typésde la vérité ». (Lib. Pont. 6) : Septem diaconos ordinavit qui custodirent | episcopum prædicantem propter stilum veritatis. Evidemment Evareste ne tenait ni lui ni ses successeurs pour infaillibles. Ce textea une autre importance: il pourrait faire entrevoir comment, et sous | quelles conditions, l’épiscopat fut établi à Rome. Gette église s'était
longtemps contentée d’un presbytérat. Quand elle se donna un
évêque, précisément vers l’époque d' Evareste, sous Trajan, cet | évêque aurait été entouré d’un conseil de surveillance. Tel est peut-être le sens historique de cette curieuse tradition qui doit être
fort ancienne, car, à partir du me siècle, on ne l'aurait pas inventée,
ë Sn que ie re ne trouvait dns la sienne. Aussi se. La sont-elles toujours obstinées à affirmer leur indépendance. 1:48 Leurs évêques ont toujours prétendu traiter de pair k. avec leurs collègues de Rome. Ceux-ci sont-loués avec chaleur ou blâmés avec la plus grande liberté, suivant # qu'ils .Paraissent mériter l'éloge où le bläme. Paul répri- D à
mande vigoureusement Pierre, à Antioche. Ignace loue la : fidélité des Romains; Anicet mérite la reconnaissance des Eglises pour son attitude à l'égard de Polycarpe. Victor, au contraire, par son insolence, s’attire les répréhensions d’Irénée et les protestations de tous les évêques d'Orient. . Saint Hippolyte dénonce et flétrit les intrigues de Calliste ; ® Tertullien le raille sur les titres ambitieux et paiens de | il se pare. Quand Etienne de Rome excommunie Cyprien, Firmilien, les autres évêques et les synodes de Carthage lui répondent qu'il ne fait que s'excommunier lui-même. Ces faits ne sont pas rares ; ils forment le tissu de la vie intérieure de l'Eglise ‘pendant de longs siècles. Ce qui manque au contraire absolument, c’est l’idée de l’infail- ‘ libilité personnelle d’un évêque quelconque. Si cette croyance avait existé, l’histoire de l'Eglise, du- rant les premiers mille ans de son existence, aurait été. tout autre. Si l'on part de l'hypothèse d’un pape existant dès le commencement à Rome, avec l'autorité universelle et souveraine de Pie IX ou de Léon XIII, tout devient dans ce premier âge absolument inintelligible : les efforts et les tâtonnements de la catholicité du second siècle pour se constituer en corps d'Eglise organisé, l'attitude gé- nérale des évêques, le système épiscopal de Cyprien, la longueur interminable des controverses dogmatiques, la
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