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LA PAPAUTÉ 234 liste d’évêques ou de papes hérétiques, Honorius J* (625-638) anathématisé par trois conciles æcuméniques et ensuite par les papes ses successeurs, qui, en entrant dans leur charge, le maudissaient tour à tour (4).
d’après Giesecer I, 2, p. 367 : Me eam fidem quam tenetis, Deo adjuvante, et lenuisse et tenere significo. Oportet ergo ut hæc quæ vobis Scribo nullus agnoscat, sed magis tanquam suspectum me sapientia vestra ante alios existimet habere, ut facilius possim hæc quæ cœpi operari et perficere, — Voy. encore dans GieseLer, ibid. p. 370, sa condescendance aux ordres de l'empereur Justinien, qui lui fit écrire une déclaration qu'il retira ensuite. Dans une lettre à Boniface IV, saint Colomban jouant sur le nom de Vigile et rappelant ses fautes s’écriait : « Veille, je t'en supplie 6 Pape, veille et je le répète encore, veille: car il n’a pas été vigilant ce Vigile qu’on proclame ici comme la tête du scandale et qu'on nous jette à la tête comme un reproche. Il faut pleurer quand sur le siège apostolique la foi catholique n’est pas maintenue. » Colomban ignorait évidemment le dogme de linfaillibilité papale (GazLcannr, Biblioth. Patrum XIT).
(4) L'hérésie d’'Honorius n’estgrave qu'au point de vue catholique. Si un seul pape à été dans l’erreur, aucun n’est infaillible. De là l'incroyable passion avec laquelle fut discuté le cas d'Honorius autour du concile du Vatican (Voy. les quatre lettres du P. Gratry, 1870). Ce cas est pourtant d’une extrême simplicité. La lettre d'Honorius, dans laquelle ce pape participe à l’hérésie de ceux quin’admettaient qu'une seule volonté dans J.-G., se trouve dans Maxwst XI, p. 538 et ss., dans une traduction grecque. Ce qui est grave ici, ce sont les anathèmes qui frappèrent Honorius. Le 6° concile œcuménique (Actio XIII, dans Mansr XI, p. 556), après avoir condamné Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Petrus, Paulus, évêques orientaux, ajoute : Nous excluons de l'Eglise et déclarons anathème aussi Honorius, xx ’Ovwprov Tôv yevopevoy rérav tic rpecbutépas ‘Pons. Get anathème fut répété (Actio XVI et XVIII). Dans sa lettre à l'empereur de Constantinople, l’un des successeurs d'Honorius, le pape Léon IT, confirma et répéta cet anathème : Anathematizamus..... nec non et Honorium, qui hanc apostolicam ecclesiam non apostolicæ traditionis doctrina lustravit, sed profana proditione immaculatam fidem
D onne, parce que DORE n'avait encore
J'infaillibilité personnelle de l’évêque de Rome. Elle ger- #
mait cependant sous l'extension auparavant imprévue que prenait le pouvoir papal, surtout depuis l'apparition des … Fausses Decretales (1). Au xe siècle, les papes furent mé- prisés, non la papauté. À partir de Grégoire VIT, le pape
subvertere conatus est. (Voir Mans: XI, col. 131 ; et ejusdem epist. . ad Episcop. Hispaniæ, col. 1052 et ss.). Enfin dans la profession
de foi que faisaient les papes suivants en montant sur leur siège VS
(Liber diurnus, 84, éd. Sickel, p.100), un anathème constant est pro noncé sur les auteurs d’un dogme nouveau et hérétique : Sergium.… una cum Honorio qui pravis eorum assertionibus fomentum impendit. À quelle condamnation pour hérésie faudra=t-il ajouter foi si celle-ci n’est par certaine ? Les défenseurs d'Honorius ont soutenu que les
actes des conciles et la lettre d'Honorius étaient falsifiés. Pourquoi |
le siège papal ? Il y a eu des faux plus tard, mais en sens contraire, non pour créer, mais pour faire disparaître le scandale. Voy. RICHER, Hist. gener. concil. I, p. 296. Du Pix, de Antiqua eccl. discipl. p. 349. Bossuer, Defensio declar. Gleri Gallic. Il, 128. Comparez
enfin l'édition de l’hist. des conciles de Herece qui a précédé le
concile du Vatican et celle qui l’a suivi.
(4) GReGor. Dictat. 22: Quod romana ecclesia nunquam erravit, nec in perpetuum, scriptura testante, errabit. L'infaillibilité du pape lui-même n’est pas là prononcée ; mais on entend bien qu’il est la bouche comme la tête de cette Eglise romaine infaillible et que, È dès lors, il représente cette infaillibilité. Cependant, la distinction était toujours faite entre l'organe de l'Eglise romaine et la personne même du pape, et la possibilité parfaitement admise que le pape pouvait errer dans les choses de la foi. Ainsi dans une décrétale du moine Gratien (xt siècle), on lit : Papa cunctos ipse judicaturus a nemine est Judicandus nisi deprehenditur a fide devius. (GRarianus dist XL, c. 6 ex dictu Bonifacii martyris). La
même pensée est exprimée par Innocent III lui-même (de consecratione Pontif, serm. 3).
:1 l’auraient-ils été en un temps où tout le monde conspirait à exalter |
égislative de l VEglise, au a point que la voix des on devient purement consultative. Bien plus : le pape est le maître de la loi religieuse qu il promulgue, qui lie les autres et ne le lie jamais lui-même (2). Avecl’ infaillibilité ae pour le chef de l’Eglise, sinon pour la personne même de l’évêque de Rome, Grégoire VII revendiquait une . pleine et sérieuse sainteté; et il avait raison si l’on songe que le péché ne va jamais sans quelque’ obscurcissement
de l’esprit (3). Mais cette seconde prétention n’a point
(1) Innocent IIT déclare qu’il n'est pas le vicaire d’un homme c'est-à-dire de Pierre, mais de Dieu même (lib. I, epist. 326, 335), qu'il a un pouvoir non pas humain, mais divin, d'où les gloses des # canonistes : dicitur haberecæ leste arbitrium.— In his quaevult, est pro ratione voluntas.— Nec est qui ei dicat : cur ita facis : ? — Ipseenimpotest supra jus dispensare.— De injustitia potest facere justitiam corrigendo jura et mutando. Et en effet, des canonistes se sont trouvés pour. dire que la simonie à Rome n’était pas un péché, parce que si le pape la condamnait ailleurs, il avait le droit de la tolérer chez lui. (Voy. Giesecer, K. G. Il, 2 partie, 4 édit. p. 224 et ss). __ De là, les honneurs quasi divins rendus au pape : Tous les rois doivent lui baiser les pieds (Grécor. Dictat. 10). L'empereur a le devoir de tenir l’étrier (officium strepæ). Ge sont là des habitudes Pie et des formes orientales de respect et d'honneur qui, à cette époque, de Constantinople, passent à Rome.
(2) GREeGor. Dictat. 7: Quod illi soli Papue licet pro temporis neces- ; sitate novas leges condere. Sexti lib. decretal. I, tit. 2 : Romanus Ponlifeæ jura omnia in scrinio pectoris sui censetur habere, formule devenue axiomatique dans le langage romain. Il s’est pourtant trouvé un pape au xvin° siècle, le spirituel et savant Benoît XIV, pour en
douter et pour en sourire. « S'il est vrai, disait-il que dans l'armoire de ma poitrine soient cachés tout droit et toute vérité, je confesse que je n’en ai jamais pu trouver la clef ». Hase, Handb. der prot. Polemik, 5° éd., p. 207.
G) GREGOR. Dictat. 23 : Quod romanus Pontifex si canonice fherté
prévalu. La vie de certains papes y contredisait trop fortement. L'idée même d’infaillibilité était encore si étrangère à l'Eglise en général que dans ses déméêlés avec Boniface VIII, Philippe le Bel osait citer ce pape devant un concile général pour être jugé et condamné comme démoniaque et hérétique, à cause de ses erreurs, de ses vices et de ses folles prétentions visiblement inspirées du démon (4). La bulle de ce pontife, Unam Sanctam, devenue la charte de la curie romaine, n’en a pasmoins posé la thèse de l’infaillibilité du pape avec les arguments qui l'ont fait triompher (2). Thomas d'Aquin, trompé par de faux documents grecs venus depuis peu s'ajouter à tant d’autres, l’appuyait comme nous l’avons dit de sa grande autorité (3).
ordinatus, meritis B. Petri efficitur sanctus. La logique le veut ainsi, mais l’histoire !
(1) P. Dupuy, Histoire du différend entre le pape Boniface VIIT.et Philippe-le-Bel, roy de France. Paris, 1655, avec les preuves tirées du trésor des chartes du Roy.
(2) L’argument scripturaire unique et toujours répété depuis, est Luc XXII, 32. « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. » On raisonnait et on raisonne encore ainsi : toutes les prières du Christ sont exaucées. Celle-ci l’a été également. Malheureusement, on voit Pierre, quelques heures plus tard, renier son maître, et ensuite, à Antioche (Gal. Il), mériter, pour sa faiblesse allant jusqu’à l'hypocrisie, la sévère réprimande de Paul. Le propre de Pierre semble avoir été de se laisser surprendre, de faillir, pour racheter ensuite ses défaillances par ses regrets. On voit par cet exemple combien notre exégèse historique est éloignée de celle du moyenâge.
(2) Tuowas D'AQUIN développe les attributs du pape : Summus Pontifex, caput ecclesiae, cura ecclesiae universalis, plenitudo potestatis, potestas delerminandi novum symbolum. IL déduit l’infaillibilité du pape de celle de l'Eglise. Peu importe ce qu'est le pape moralement. Thomas cite l’exemple de Caïphe, qui, méchant, à son insu, mais
Il semble qu’elle aurait dû périr devant le long scandale que donne la papauté pendant la période qu’on à nommée la captivité de Babylone. On voit alors deux et méme trois papes à la fois se disputer la tiare, sans qu’on puisse savoir quel est le véritable successeur de Pierre. Ce qui se passe au concile de Constance est extraordinaire. Deux papes y sont cités, jugés et déposés; un troisième est élu (2). Rien n’est curieux à observer comme l'attitude de la curie romaine devant ce concile. Est-il ou non un concile œcuménique faisant autorité? Le reconnaitre pour tel, c’est reconnaître la supériorité du concile sur la papauté comme sur toute dignité d'Eglise. Le rejeter, c’est
parce qu'il était pontife,-a parlé par l’esprit de Dieu. Quod libet IX, art. 16; Summa, sec. sec., quaest. IT, art, 2, 10, etc.
Le système papal s’est développé jusqu'au commencement du xive siècle dans une littérature toute juridique jusqu’à ses dernières conséquences. Les deux ouvrages les plus extraordinaires sont ceux du moine augustin Triumpaus, mort en 1328 (Summa de potestate ecclesiastica ad Joh. Papam XXI) et du moine franciscain ALvarus PeLaGius, mort vers 1340. (De planeta ecclesiæ). On ne saurait pousser plus loin la glorification du pape et l'étendue de son pouvoir : Sola potestas papae est immidiate a Deo.— Major est juridictio papae quam cujuslibet angeli. Papae totius mundi juridictio et cura commissa est, quia juridictionem super cœlum et terram accepit. Imperator est minister papae. Papa per se ipsum imperatorem potest CHGEREse et deponere. Auctoritate papae imperium a Romanis est. ad Graecos translatum ..... a Graecis ad Germanos, et potest auctoritate papae a Germanis transferri ad alios. Nulla lex populo christiano danda nisi ipsius papæ auctoritate, etc. Gela va jusqu’à l'idolâtrie et au blasphème. D’après A. Harwack. (Dogm. Gesch. IT, p. 399), ces deux canonistes au fond ne séparent le pape de Dieu que par ceci que l’adoration ne doit venir au pape que « ministerialiter ». [ls le nomment d’ailleurs « Dominus deus noster papa ». Gissecer, K.G. IT, 3e part., 4° édit., page 42 et ss.
(2) Hase, K. Gesch., 8° édit., p. 291. Ch. Prenner. Encycl. des sc.
el. art, : Concile de Constance.
: question la légitimité des ne créés ce pape et. Fa par suite, celle de tous les papes élus depuis lors. Aussi la “ curie romaine n’a-t-elle officiellement rien décidé. C'est D une belle chose que la conception d’une autorité religieuse ? transmissible régulièrement comme un droit extérieur. 5 Mais l’histoire y fait d’étranges brèches que tout l’art des canonistes ensuite ne parvient pas à réparer. | Fa Les conciles du xve siècle s’étant montrés impuissants aussi bien pour réformer l'Eglise que pour la sauver de l'anarchie, une réaction se fit en faveur de la papauté. 2 Dans le désarroi général, il fallait trouver un point ferme, un centre d'autorité. Les canonistes romains persuadèrent aisément aux hommes politiques que ce point : résistant ne pouvait être qu'à Rome. Les chefs d'Etat sacrifirent aisément les franchises des Eglises nationales (4). La papauté renoua sa tradition et reprit toutes les pré- tentions des grands papes du moyen-âge (2). 5 Les papes désormais, sans se dire explicitement infaillibles, ont eu pour politique de se conduire en tout comme s’ils l’étaient, et de ne laisser passer aucune manifestation de l'opinion contraire sans la condamner. S'ils ne purent point éviter la réunion du concile de Trente, ils s’arrangèrent pour que leur autorité n’en reçüt ni restriction ni entrave. Le concile laissa passer sans protestation la bulle par laquelle Pie IV s'arrogeait le droit d’en appliquer les décisions (3). Les pipes évoquaient en cour de Rome
(1) François Ie° sacrifie en 1517 au Pape la Pragmatique Sanetom de Charles VIT.
(2) Bulles de Pie IT, Execrabilis 1359), et de Léon X, Pastor. aeternus (1516).
(3) Pie IV en même temps faisait rédiger une profession de foi
| habituaient ai ainsi les peuples et les rois oir en eux le tribunal sans appel, le juge des contro-
verses, l’oracle suprême de la vérité. D | La dernière opposition dans l'Eglise fut celle du Galli- : canisme, qui se manifesta, en 1682, dans les quatre décla- rations du clergé de France, inspiré par Bossuet-et soutenu à par Louis XIV. La papauté se hâta de les condamner, et
sa diplomatie, profitant des scrupules et des faiblesses du
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roi vieilli et timoré, sut les réduire à l’état de vœu plato- 4 nique et de lettre morte. Rome avait rencontré dans la célèbre Compagnie de Jésus une milice incomparable qui, . dès le xvr siècle, fit sa cause de la cause de Pautorité. La victoire définitive de l’infaillibilité est la victoire propre du jésuitisme dans l'Eglise (D). x On a dit quelquefois et à tort que le vrai chef de
PER CL RE Dr
Êr présentée faussement comme la Professio fidei Tridentinae que la papauté dut imposer aux évêques et où se trouvait la déclaration
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suivante : Sanctam et apostolicam Romanam ecclesiam, omnium eccle- Siarum matrem et magistram agnosco Romanoque Pontifci, b. Petri apostol. Principis successori ac J.-C. vicario, veram obedientiam spondeo ac juro. Tout le droit conciliaire de Constance était ainsi renversé et le Gallicanisme des Pithou et des Bossuet, coupé par 7 avance dans sa racine. ne A. HARNACE, Dogm. Gesch. Le p. 617 et ss.
« Au concile de Trente, le général des Jésuites, LAINEz, renversant toute l’ancienne doctrine, avait déclaré que « l'Eglise est infaillible, parce que sa tête, le pape, ne peut errer ». (Sarpr, Hist. concil. Trident. libr. VII, pag. 1052-57). BecLarmin, il est vrai, n'allait pas si loin : il ne sacrifiait pas absolument le droit du concile ; il admettait qu’on pouvait résister au pape, s'il paraissait mener l'Eglise à sa perte, et l’on sait que les Jésuites de l’Inde et de la Chine ne s’en faisaient pas faute. (De Rom. Pontifice Il, 29). Mais Bellarmin lui-même finissait par annuler ces réserves (IV, 7) et, dans leur Jutte contre le Jansénisme et le Gallicanisme, les Jésuites
: .. tout entière. ji ue une compagnie dk Jésus, dont le pape est le général. de:
| Tout d’ailleurs, depuis deux cents ans, a concouru au. dernier triomphe de la papauté : la conduite contradic- É toire de ses adversaires autant que le zèle et l’habileté de :
ses partisans. La Révolution française, en déracinant le . clergé de France du sol national; Napoléon, en Hvrant par son Concordat les desservants à l’arbitraire épiscopal,
et en mettant les évêques entre les mains du pape (1). Les catholiques libéraux, enfin, en prenant parti, dans un aveuglement étrange, contre les libertés gallicanes et ses contre le pouvoir civil, en faveur de la papauté, n’ont pas moins efficacement travaillé au triomphe du dogme du Vatican que les écrivains de la pure école théocratique, | 4 depuis Joseph de Maistre jusqu’à Louis Veuillot (2).
Vers 1850, l'issue de la lutte n'était plus douteuse. Pour faire en quelque sorte l'essai deson pouvoir, Pie IX, après avoir, par lettres individuelles, consulté les évêques, ds
PTT
Le
achevèrent de prendre ne du he de leur théologie et du but de leur politique.
Quant aux célèbres propositions de 1682 déclarées nulles et vaines par Innocent XI et par Alexandre VIII (1690), elles furent condamnées par Pie VI, après le Synode de Pistoie qui les avait adoptées, à dans les termes suivants. (Constitut. Auctorem fidei) : Exigit a nobis pastoralis sollicitudo recentem harum factam in Synodo tot vilüs affectam adoptionem velut temerariam, scandalosam huic apost. Sedi summopere injuriosam reprobare ac damnare et... pro reprobata et damnata haberi volumus. |
(4) Taie, Les origines de la France contemporaine, Na
(2) Jossex pe Maisrre, Du pape. Lamennais, Essai sur l’indiff. en matière de religion. — Le journal L'Avenir. — Veuirxor et son journal L'Univers, etc. |
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