ORIGINALITÉ DU PRINCIPE DE LA RÉFORME
Ce n’est pas une question théorique que l’on trouve à l'origine de la Réforme, mais une question morale et toute . pratique, un besoin ardent de justice intérieure et de paix 3 avec Dieu. On connaît les angoisses morales de Luther dans son couvent d Erfurt; il ne demandait qu une chose : le pardon deses Hit et le repos de sa conscience. Cette question fut résolue pour lui comme pour Saul de Tarse par le pur et simple Evangile, par la promesse du pardon gratuit, faite par le Christ à la repentance et à la foi, c’est-à-dire à la confiance de l'enfant en l'amour de” : son Pêre céleste. De ce côté, le principe de la Réforme n'est rien moins qu original et nouveau. C’est le Rae ou k primitif et créateur du christianisme lui-même. . Comment donc ce principe devint-il un DARERE nou-
veau et même révolutionnaire ? HN Il s'était singulièrement allié, dans le catholicisme, avec
les éléments survivants, soit du paganisme antique, soit
du judaïsme. Bien plus, il s'était identifié avec le: caps
même de l'Eglise, dans lequel il s'était réalisé tout d’abord. Cette identification de l’idée et du fait extérieur est le caractère propre du catholicisme. Ainsi le principe idéal 4 à de la religion de l'esprit se trouvait enchaîné et comme emprisonné dans les formes, les rites, l'organisation hiérarchique de l'Eglise, dont il était la vie et la richesse | intérieures. La foi chrétienne s'était transformée en une adhésion d’obéissance à l'Eglise visible, et la participation aux grâces divines, en la participation aux sacrements.
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Le prêtre était devenu le médiateur nécessaire; son absolution avait pris la place de l’absolution de Dieu, comme les décisions du pape s’étaient substituées à l'inspiration du Christ. Or, Luther faisait l'expérience que cette institution extérieure de salut, loin de donner la paix à l’âme travaillée et chargée, la laissait plus vide et plus désespérée. Il trouvait le salut en se passant d’elle, en entrant en relation personnelle, directe et immédiate avec le Maître des âmes et l’Auteur de la grâce et de la vie. N°’y avait-il pas là déjà comme la condamnation implicite de
tout ce système d’absolutions humaines, de pratiques dévo-.
tieuses et de prétentions hiérarchiques et sacerdotales ?
D'un autre côté, le profond discrédit, le mépris violent où les hommes d’Eglise et l'institution elle-même étaient tombés, ne contraignaient-ils pas les âmes sérieuses à chercher la paix et la vie hors des cadres officiels et des traditions établies? Ne fallait-il pas, bon gré mal gré, apprendre à distimguer dans la religion l’âme et le corps, l'accessoire et l’essentiel? Dès lors l'esprit chrétien se dégageait des liens dont une jurisprudence prétendue divine l'avait enveloppé; il s’échappait de sa prison et retrouvait son indépendance.
Le principe idéal du christianisme retrouvait son idéalité; il s’affirmait avec une conscience nouvelle de sa transcendance divine; il se purifiait des éléments étrangers qui l’opprimaient encore; il se manifestait dans son absoluité morale, dans sa pureté spirituelle comme un principe de vie tout nouveau, qui pourra bien créer encore des théologies, des formes, des sociétés religieuses, sans s’absorber ni s’épuiser dans aucune d’elles. Après cette victoire sur le passé, le principe strictement religieux et moral du protestantisme apparaît véritablement comme susceptible de développements indéfinis. Encore une
4 is au XVIe hit Ê est He conscience que la chré | tienté prend alors du principe vivant du christianisme, de sa pure essence morale et de son indépendance absolue à l'égard de toutes les déterminations et réalisations historiques par lesquelles il a passé et peut passer encore ; en oh un mot, c’est l’incorporation du principe chrétien re Ba 3 conscience religieuse et morale de J’humanité. & Dans le système catholique, le christianisme s'était à extériorisé jusqu'à devenir une loi, un rite, un corps poli- De. tique. Dans le protestantisme, il s'intériorise dans l’âme 5 | elle-même et redevient une force morale immanente, l’esprit même de sainteté, d’amour et de vie. Dans le pré mier cas, il engendre la servitude ; ie le SEC ES __ enfante la liberté. | AE Luther n’a ni vu ni voulu toutes les conséquences du principe qu’il introduisait dans le monde. Elevé dans la scolastique du moyen-âge, il ne s’en. est jamais affranchi | tout à fait. Aux hardiesses, aux intuitions du prophète, l’homme traditionnel mêle encore bien des timidités et des repentirs. D'ailleurs un principe d'ordre pratique etmoral, dont la vie, non la logique, doit développer les conséquences, ne se révèle pas dans toute sa portée dès le premier jour. Le Christ n’a pas abattu, en commençant 5 ses prédications, les institutions mosaïques, ni changé les habitudes religieuses de ses disciples. Il a déposé le grain à vivant en terre et a laissé au temps le soin de le faire germer et mürir. Cest du dedans au dehors qu'agit toujours le ferment divin. Il n’en est pas moins vrai qu’en ramenant la religion à la foi intérieure, et la théologie à l’expérience chrétienne, Luther a permis de faire la critique permanente des cérémonies et des dogmes et brisé pour jamais, en religion, tout au moins, les systèmes d'autorité.
: He de T dope: ie les eo ne vont Jamais er sans lutte et sans déchirement. L’ Eglise se trouva divisée f en elle-même. Au lieu d’une Eglise, il y en a deux, qui, . vivant dans un perpétuel conflit, développèrent à de christianisme, deux chrétientés historiques qui, sans se cesser d'être parentes, n’en sont pas moins devenues : __ irréductibles l’une à l’autre. ra Pour être en perpétuel conflit, les du. Sociétés n° en : ont pas moins agi l’une sur l’autre. Cette action a été double. D'abord le catholicisme s’est ouvert à l'esprit pro- x js testant, et l'esprit catholique à reparu dans le protestan- tisme. Puis, les deux principes, par leur choc de plus CE à plus violent, sont arrivés l’un et l’autre à leur expression logique dernière; le principe d'autorité, à l'infaillibilité concentrée dans la personne du pape; le principe pro- : testant, à l’autonomie de la conscience chrétienne.
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forme ce qu'elle était avant. La crise a été pour elle salutaire et a réveillé ses énergies latentes. Les abus et les désordres qu’on n'avait pu jusque-là corriger, ont en e 7 partie cessé.Le concile de Trente a relevé la discipline ét remis quelque ordre dans le chaos intérieur des doctrines, des traditions et des coutumes. De là, le réveil catholique “du xvre siècle. Les deux formes de catholicisme les plus nobles qu'on ait jamais connues, le jansénisme de Port- Royal et le gallicanismede Bossuet sont en réalité des semi- protestantismes. Et c’est pour cela, malgré d’ardentes controverses,qu ’unrapprochementetmémelaréunion des deux confessions parut un moment possible aux plus grands es- prits du temps. Mais le vieux principe ne pouvait abdiquer.
L'Eglise du moyen-âge ne pouvait rester après la Ré-
}Tésies. me D'un autre côté, l'esprit catholique survivait dans les | Eglises protestantes. Non seulement la tradition dogma- “ Fe | tique du moyen-âge et des conciles avait été maintenue, mais on ne mettait pas en doute qu’une autorité extérieure infaillible ne fût nécessaire. On essaya de la constituer | . avec le dogme de l’infaillibilité de l’Ecriture et d'élever î sur ce fondement une théologie d'autorité. Ainsi survint, ce immédiatement après la mort des Réformateurs, cette pé- nr riode curieuse qu’on à justement nommée la scolastique protestante. C'est du catholicisme transposé. Il fallut l'éveil de la critique, les ardeurs du piétisme et letriomphe des méthodes rationnelles pour ÿ mettre fin et ramener le a
protestantisme dans le courant de son évolution Da= turelle. jt RAS À . La Réforme désorganisait pour jamais tout le vieux ; is de l'autorité. Ce système reposait sur deux co- de
lonnes : l'Ecriture sainte et la tradition; en lesentrecho- quant l’une avec l’autre, la polémique des catholiques et des protestants les a détruites toutes les deux. Aunomde l'Ecriture, les uns ont anéanti l'autorité de la tradition ; au nom de la tradition, les autres ont à peu près annulé à . lPEcriture. Sans la tradition, l’Ecriture reste sans appui À extérieur et ne peut devenir un dogme; elle reste simple- . ment un document historique, soumis à l'appréciation età . du sens individuel.
Le dogme protestant de l'autorité n’a jamais eu, ni ne pouvait avoir la simplicité, la plénitude, l'efficacité du dogme catholique. La tentative de constituer un tel dogme est une inconséquence dans le protestantisme. Les
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tradition dé autre > Eglise, convaincue be ei É fois 9 De la Bible, on ne peut lirer un moyen de gouver- | nement doctrinal, qu'en en tirant une confession de foi.
Cette confession de foi réglera-t-elle infailliblement l inter- Lun de la Bible v. no sommes alops. en Mu ca=
2 D RSS de la AE de foi à l'Ecriture d. PE reste soumise alors au sens individuel; elle est la source première de la connaissance chrétienne, un moyen in- L comparable d’édification; elle n’est plus une autorité in- = faillible et tyrannique; cé devient au contraire le rempart de la liberté du chrétien. MERE . Aussi bien le dogme de Pinfaillibilité del’Ecriture n 'est- ï ‘il point primitif dans le protestantisme. La Réforme dans | | ; ses commencements ne l’a pas connu. Nous en explique- : rons la genèse et nous en ferons l’ histoire. Mais auparavan, il convient de préciser quelle fut l'attitude des Ré- formateurs à l’égard de la Bible traditionnelle.
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