‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 59 sur 124 · NET L F · texte numérisé non relu

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violentes ou immorales des sectes contemporaines. Quoi d'étonnant qu’ils en aient exagéré l'autorité et que, laissant tomber leur première distinction entre le recueil biblique traditionnel et la Parole de Dieu, ils aient souvent paru les identifier? Puis, fondant une nouvelle Eglise, ils devaient être amenés à lui donner, dans la lettre de l’'Ecriture, une autorité extérieure infaillible qui ne fût en rien inférieure à celle dont se targuait l'Eglise rivale.

Leurs successeurs purent ainsi dire, dans leur langage scolastique, qu’ils avaient fondé le protestantisme évangélique sur deux principes : un principe matériel, la justification par la foi, et un principe formel, l'autorité de l’Ecriture. En réalité, les premiers Réformateurs n’ont pas connu ce dualisme. Ils ne séparaient pas, on la vu, Pautorité du livre de celle de son contenu. C’est par son contenu essentiel, non par ses titres extrinsèques, que le livre s’imposait à leur conscience. La preuve interne, l'expérience intime du salut avait précédé pour eux toute démonstration extérieure, et c’est par cette expérience interne que les deux prétendus principes du protestantisme étaient ramenés à l'unité. Mais la piété s’affaiblissant, cette unité vivante se brisa chez les docteurs de Vâge suivant. Ceux-ci s’efforcèrent d'éliminer de leur démonstration tout élément subjectif, ils voulurent cons tituer lEcriture, non plus en témoin authentique du christianisme originel, mais en code surnaturel et infaillible des vérités chrétiennes, de façon qu'on püt déduire ces dernières, more juridico vel geometrico, de la lettre même d’un texte divin. La constitution de ce dogme sur l’infaillibilité de l’Ecriture marque l'avènement de la période justement nommée de « lascolastique protestante » qui commence au lendemain même de la disparition des Réformateurs.

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