L'INFAILUBINITÉ DE LA BIBLE
peuple que les hommes de leur génération. Le raisonnement que Paul fait sur un. mot de la Genèse, qui est au singulier au lieu d’être au pluriel, montre assez que l’apôtre avait religieusement gardé ce qu'il avait appris à l’école de Gamaliel (1).
Cependant cette doctrine traditionnelle n’enchainait pas la conscience de Jésus. |
En vertu de l'intuition immédiate de sa conscience, où il trouvait la certitude et la lumière d’une révélation supérieure, il n'hésitait pas à écarter la lettre de la Loi, soit comme relative et transitoire, soit comme contraire à sa propre inspiration religieuse et morale. Il promettait à ses disciples un Esprit nouveau. La ferme assurance qu'ils avaient d’avoir dans l'Evangile du Christ la révélation parfaite, et le don de l’Esprit qu'ils avaient reçu, les élevait naturellement au-dessus des révélations antérieures. Cet Esprit donnait à Paul la liberté de proclamer aboli le régime de la Loi et de retrouver par son exégèse subtile l'Evangile des temps nouveaux, dans le code même de l'alliance ancienne et surtout dans les prophéties.
Cette inspiration nouvelle qui donnait à tous les prédicateurs de l'Evangile, l'assurance d’être et de se présenter comme les porteurs de la « Parole de Dieu », donnera naissance à un nouveau recueil de livres sacrés. Mais, au temps apostolique, on n’en est pas encore là. Personne ne prévoyait alors qu’un second tome seraitajouté à la Bible. On vivait dans l'attente de la fin prochaine du monde. Jésus avait promis à son Eglise son Esprit, non un livre nouveau. L'inspiration nouvelle n’était pas le privilège de quelques hommes choisis, mais l'apanage inaliénable de tous les chrétiens. « Celui qui n’a pas reçu l'Esprit du
(1) Gal. HT, 45-48.
une tele ébalité. C'est pour eh 4 que drone Pa écri aux Corinthiens que l’homme qui a reçu l'Esprit, 6 mveuuartxôs, Juge de tout et n’est jugé par personne, et aux 5e Thessaloniciens : € Jugez de ce que je vous dis; je parle 7 à des hommes intelligents. Examinez toutes Ar et # retenez ce qui est bon. » Le christianisme entre dans le monde alors, non comme la religion d’une nouvelle servitude, mais comme la religion de la liberté intérieure des âmes. ; FETES Cette inspiration apostolique ne mettait pas ceux quien ‘étaient touchés à l'abri et au-dessus de la faillibilité humaine. Paul est obligé, à Antioche, de reprendre Pierre sévèrement pour une erreur morale. Lui-même distingue soigneusement entre l’éternelle vérité religieuse, les commandements propres du Christ, et ses vues indivi= duelles. Il suppose la possibilité, sous sa plume, d’une erreur de mémoire; il déclare qu’il progresse toujours # dans la Connaissance de la vérité; il a modifié ses premières idées sur bien des points et.confesse ingénüment qu’il ne considère sa science présente que comme une connaissance imparfaite destinée à faire place à plus de lumière et de précision. On constate la même conscience modeste et humaine chez les écrivains sacrés qui nous laissent entrevoir leur travail de pensée dans la composition de leurs ouvrages. Luc avait aussi reçu cer-. tainement l’Esprit de Dieu. Relisez le prologue de son évangile; parle-t-il autrement qu'un bon historien de son temps qui à fait des efforts de: ‘recherche et de critique, pour donner un récit plus exact et plus complet que celui de ses devanciers? Est-il un seul de ces écrivains, sauf pent-être l’auteur de l’ Apocalypse, fidèle en cela à à la tra-
re. se niv ee LES
PS
irconstances, ou qui Drm son œuvre comme une : ture divine & à joindre au canon de l'Ancien Testament? raissent pas comme la publication juridique d oracles divins, mais comme la production spontanée d’une sa littérature classique, née d'une foi religieuse
profonde, d'une inspiration commune puissante, mais où l'unité générale n'exclut ni la diversité des génies, ni celle. k
beautés et de vérités éclatantes, ni les imperfections de | forme, ni les erreurs de détail, ni les traces de préjugés. disparus et. dé procédés de raisonnement et d'exégèse | depuis longtemps surannés. à Tout change dès le milieu du second siècle. À mesure que les documents du christianisme primitif entraient en : “usage pour la lecture publique dans le culte, à côté des
catégorie et on leur appliquait la même conception phi- lonienne de l'inspiration. On voit reparaitre pour eux pour les écrits des prophètes les images de la lyre ou de la cithare que l’archet céleste, le Logos divin, fait Chanter à la gloire de Dieu. On ne saurait imaginer une annihilation plus complète de l'individualité humaine, et Îles
mieux. Eh
“Mais on se tromperait si l’on oi tirer de ces É images poétiques une doctrine ferme et arrêtée de l'inspiration à cette époque. À côté de déclarations et de raisonnements qui semblent impliquer une théo- pneustie littérale, on en retrouve d’autres, parfois chez | le méme Père de l'Eglise, qui prouvent combien la
“Are cr Lin,
Voilà pourquoi ces écrits apostoliques ne nous appa-
ns pensées et des styles, et où né manquent, à côté de
livres de is Ancien Testament, on les classait dans la même ne
théopneustes modernes ! n° ont jamais rien imaginé de Ho
liberté était grande encore et la théorie large et flottante. Clément d'Alexandrie plaçaït la philosophie à côté de la Loi, et les sages à côté des prophètes. Justin Martyr et Théophile d’Antioche ne doutaient pas plus de la divinité des Oracles Sibyllins que de celle des prophéties d'Esaïe. Tertullien tenaït pour divinement inspiré tout livre édifiant. Origène allaït plus loin; il distinguait nettement dans les Ecritures des parties d’une autorité et d’une inspiration fort inégales. Augustin lui-même, tout en disant que le style du Saint-Esprit était reconnaissable partout et qu’une grâce divine avait mis les auteurs sacrés au-dessus de toutes les erreurs, n’en constatait pas moins que cette assistance surnaturelle n'avait pu leur faire franchir les bornes naturelles de l'intelligence humaine, et qu'ils avaient parlé en hommes des choses divines:
Avertis par les excès prophétiques du montanisme, les théologiens catholiques insistent moins sur la théorie de la « démence divine ». Si le génie violent de Tertullien se plait encore à dire que Dieu parle par la bouche de l’homme, quand l’homme lui-même ne sait plus ce qu'il dit, les Alexandrins aiment mieux concevoir l'inspiration plus simplement comme une action du Logos qui, loin d’annihiler les facultés naturelles de l'esprit, a pour effet de les rendre plus vives, plus claires et de plus de RE pour atteindre la vérité.
Surtout les frontières de l'inspiration divine restaient incertaines. Ni les Pères de l'Eglise, ni les conciles, n’arrivent à s'entendre sur le nombre des livres qui sont ainsi l’œuvre surnaturelle du Saint-Esprit, ni sur les marques auxquelles on les peut reconnaitre. Tel livre comme le Pasteur d'Hermas, regardé iei comme une révélation divine, est flétri là comme le bréviaire de l’adultère. L’Apocalypse de saint Jean, généralement vénérée dans la
EUX jusqu’ au de Carine Em.
tin de Clément d'Alexandrie, et d’autres encore,
Ke dinaires.
# les écrits dits homologouwmènes ou généralement reçus
tique plus aiguisée et plus radicale. Théodore de Mop- sueste, si nous en croyons ceux qui le dénoncèrent, con-
: ps à la facon des J se
Les démonstrations. de la divinité de l'inspiration bibli-
73 n'étaient ni moins diverses ni moins indécises. La raison de l'incertitude où l’on restait sur une doctrine si.
sont pas difficiles à comprendre. L'Eglise en se déclarant infaillible avait attiré et concentré sur elle la foi des fi- dèles. En fait, elle était devenue la suprême instance
tent comme Parole de Dieu des évangiles depuis diss. Les listes: des livres canoniques qui nous restent du rie siècle | jusqu'au ve, offrent des différences extraor- ;
On s'en tre avec "A dns on devenue courante entre et ceux qu’on appelle antilégomènes ou livres d’ une au- thenticité suspecte et d’une autorité contestée. Plus his-
torique et grammaticale que l’exégèse d'Alexandrie, la méthode de l’école d’Antioche devait aboutir à une cri- …
testait le. caractère sacré de sn litres de l'Ancien si
: | capitale et le peu de besoin qu'on avait d'en sortir ne
# dans les questions de doctrine et de discipline. On ne nn
crovait pas à l'Eglise à cause de l'Ecriture, on croyait à
J'Ecriture à cause de l'autorité de l'Eglise, selon le mot
célèbre de Saint Augustin.
fut nec dé durant le moyen-âge, où se | produisen GT les opinions les plus larges à côté des opinions les pl strictes. La scolastique était ji ue de critique comme d'exégèse.
Ces deux sciences surgissent, modestes encore, avec la | Renaissance et mettent en circulation des idées plus lis bres et surtout une méthode plus sérieuse. Erasme pen- sait que les apôtres, tout en étant animés du Saint-Es- prit, n’en étaient pas moins restés des hommes faillibles, et que sans aucun dommage pour l'Evangile, ils s'étaient trompés sur certaines choses, Iet montrés ignorants en d’autres. Les jugements de Luther enfin sur les Prophètes et sur un certain nombre de prétendus écrits apostoliques, jugements rapportés au chapitre précédent, ont ; laissé voir combien, au début de la Réforme, la con- … science chrétienne était libre à * l'égard du: Canon tradi- . tionnel. 7 Il faut donc conclure que, préparé de toutes manières me dans la Synagogue et dans l'Eglise, le dogme de l'autorité
de la Bible, à la fin du moyen-âge, n'était encore défini et constitué ni en ce qui regarde la théorie de l’inspira- Re tion ni en ce qui concerne les limites du recueil sacré. Jusqu'à ce moment, l'autorité de l'Eglise avait suffi en
tout. Il en était autrement dans les communautés. issues 4 de la Réforme. L'autorité de lEcriture étant opposée à celle de l'Eglise ancienne et de sa tradition, il fallait né cessairement définir les caractères de cette autorité SU ci prème. La tâche du protestantisme d'alors fut de re- : prendre la doctrine élaborée contradictoirement dans le passé, de l’unifier et de la porter à ses dernières conséquences. La Bible ne pouvait à moindre prix être transformée en autorité extérieure infaillible. Le développe-