‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 63 sur 124 · L'INFAILEIBINTÉ DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

L'INFAILEIBINTÉ DE LA BIBLE

français de 1559 les vingt-sept livres du Nouveau Testament et, sans doute aussi, les trente-neuf de l'Ancien et que le catalogue qu'ils en ont dressé dans la confession de foi dite de la Rochelle, n’ait ni un livre de moins, ni un livre de plus que le catalogue le plus généralement reçu dans l'Eglise catholique, ou que la question des apocryphes ait pu être si facilement tranchée par cet-argument. Ces faits ne sont pas de même ordre. L'un relève de l'expérience religieuse et morale ; l'autre, de la critique littéraire et de l'histoire. Ils se disjoindront plus tard nécessairement, par l'effet du progrès des sciences bibliques. Les théologiens protestants se convaincront à leurs dépens qu'il est impossible d'appuyer une autorité extérieure, infaillible « priori, sur un fait d'expérience morale subjective.. Mais à l'heure où nous sommes, personne ne sen doute encore, sauf peut-être Luther, à ses heures de liberté d'esprit et de clarvoyance.

Nul parmi les Réformateurs n’a manié avec plus de décision et de vigueur l’antique argument scripturaire : « Il est écrit » pour mettre fin aux controverses. Nul n’a cru plus fermement à l’origine divine et à l'inspiration des Ecritures. Mais nul aussi n’a eu plus de liberté à l'égard de la lettre et dé la forme du recueil traditionnel. . Ilen a positivement inauguré la critique; et si son œuvre, à cet égard, n’a pas été continuée, c'est qu'il n'a pas eu de successeur. L’inspiration de l’Ecriture n’était pas pour lui un dogme; une théorie intellectuelle établie avant la lecture des livres, c'était un fait religieux, une conviction morale qui se formait et se renouvelait incessamment pendant la lecture, par le contact immédiat de la conscience avec la vérité de Dieu. De là venait le caractère inspiré, l'invincible assurance et la sereine liberté de sa foi.

Il y a cette différence entre les symboles luthériens et

: catalogue comme les ie ne bien ne le pouva ils. Leurs auteurs ne voulaient pas renier le classement fait par Luther lui-même dans sa traduction de la Bible si et ils n’osaient pas le sanctionner. On laissa le flot de la coutume et de la tradition ancienne passer tacitement sur. 4 entreprise du Réformateur et l'effacer. RES Les Pères de la Réforme considéraient la Bible du. dedans; ils se tenaient à la doctrine salutaire, à la moëlle + io du livre, sans se soucier autrement de Vhis- V toire de son texte et de sa formation. Leurs successeurs : considèrent la Bible du dehors, dans les caractères SE “extrinsèques qui en démontrent l’origine divine et permettent de réclamer pour elle une foi implicite etantici di pée à tout ce qu ‘elle peut renfermer, avant tout examen et toute expérience. Ils retombent ainsi dans la vieille . : ornière du catholicisme et vont réédifier après lui une. Fr religion d'autorité. | a | Cette proposition : € La Bible a la Parole de os >" était chez les premiers le eri d’une âme sauvée- du péché ni et de la mort, affranchie de toute servitude extérieure, liée seulement par l'Esprit de Dieu qu'elle sent en a Cette même proposition devient chez les seconds un théoà rème abstrait, une vérité d'ordre logique dont iln’y a plus qu'à tirer les conséquences. L'autorité extérieure de la lettre de la Bible prend la place de l'autorité de l'Eglises ‘et, par la même méthode syllogistique et déduciive, — comme font les juristes avec un code indiscutable - -—les théologiens en tireront toutes leurs doctrines en une merveilleuse facilité et édifieront un système qui ne sera qu'un nouveau catholicisme inconséquent et décapité. Essayons de montrer cette méthode à l'œuvre.

Ÿ LA CONSTRUCTION DU DOGME Si l'on demande pourquoi la distinction entre les Ecritures canoniques et la Parole de Dieu, faite d'abord par les Réformateurs, est restée inféconde et même a si tôt À ait place à son contraire, à la pure et simple identifica- “tion. des deux termes, on en trouvera une autre raison a que celle qu’on tire des circonstances du moment et des facilités et avantag es qu une telle simplification fournis= sait à la polémique protestante. Il se passa ici quelque s chose d’analogue à ce qu'on a vu au ne siècle, quand le d christianisme, principe transcendant d'inspiration et de 208 vie, s'incarna et s'emprisonna dans une Eglise visible, organisée, jusqu’à s'identifier avec elle. Toutes les religions d'autorité finissent ainsi par matérialiser leur objet dans une forme sensible, parce que leur autorité ne 4 ca devenir autrement extérieure et palpable. Pour la même raison, la Parole de Dieu ou révélation intérieure de Dieu à la conscience, se matérialisa et s’emprisonna au xvur siècle dans la lettre et le Codex traditionnel de | & Ecriture, en sorte que l’on prit l’un pour l’autre sans ü faire aucune différence ni aucune réserve.

Et c'était une conséquence presque forcée de la . ception, par trop intellectualiste ,que les Réformateurs à avaient eue de la « Parole de Dieu » et qu'ils avaient transmise à leurs successeurs (1). Ils entendaient sous ce terme, avant tout, une doctrine /doctrina divina] surna-

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