L’INFAIELIBILITÉ DE LA BIBLE
de pousser le dogme de l’Ecriture à ses extrêmes conséquences. À côté de l’Ecriture, ils avaient l'autorité de l'Eglise qui servait de fondement à celle de l’Ecriture elle-même. Aussi se trouvèrent-ils tout d’abord mieux portés que les Protestants à faire des concessions à la critique naissante. Non seulement les Jésuites reconnaissaient explicitement, comme Bellarmin, la collaboration humaine dans les livres historiques de la Bible, mais d’autres accordaient encore que certaines erreurs avaient pu s’y glisser. Il faut lire avec quelle ironie vraiment normande Richard Simon parle de l'anxiété où sont les docteurs protestants qui font tout reposer sur l'intégrité «et Pinfaillibilité du texte de l’Ecriture, tandis que les savants catholiques, sachant leur foi assise sur ‘un autre fondement, se livrent à leurs recherches sans inquiétude mi scrupule.
La théologie protestante ne devait revenir de sa théorie de l'inspiration qu'après lavoir développée dans toute la rigueur de ses conséquences. L’Ecriture, à proprement parler, n’a qu’un seul auteur, Dieu lui-même, ou si l’on préfère, le Saint-Esprit. Sans doute pour mettre par écrit sa Parole, Dieu à eu besoin de se servir de mains humaines. Mais ces scribes humains n'étaient que des instruments, des secrétaires, mieux encore des calames, des plumes au moyen desquelles l'auteur divin a écrit. I] ne s’agit pas ici d’une illummation intérieure qui aurait éclairé ces organes humains du Saint-Esprit. Cela est inutile, puisqu'ils n’ont aucune part ni aucune responsa-
bilité dans ce qu’ils ont écrit; leur inspiration a consisté dans la bonne volonté qu’ils ont eue de prêter leur maim au maître qui la réclamait. Ils n’ont pas été inconscients; mais, sauf dans la partie mécanique de l'écriture, entièrement passifs. [ls ont pu comprendre ce qu’ils transcri-
wa pas uote eu lieu, comme plusieurs d Pavouent, et comme le prouve l'exemple de Vän Balaam. |
La scolastique protestante 1e as trois moments : : Pordre de prendre la plume et d'écrire [impulsus ad scribendum), la révélation de ce qu’il faut écrire, la matière même du livre /suggestio rerum), enfin la suggestion des Sy mots dans lesquels la pensée divine doit être formulée Fe … {suggestio verborum). Rien n’est ainsi laissé au hasard 7e ai à la fallibilité humaine. Dieu Hu Li reste rent sable de tout. raie Arrivée à ce point, la théorie venait se heurter à des : faits évidents et devait s'expliquer avec eux. Il y a entre les diverses parties de l’Ecriture des différences et même ra des oppositions; en tout cas, il y a des variétés de style. 3 : . Comment concilier cette variété ou ces contrastes avec ee Punité de l’auteur principal, c’est-à-dire Dieu? Le premier __etle moins dangereux expédient fut de rapporter tout ds Parbitraire du Saint-Esprit. Cet Esprit, libéral dispensateur de toute sorte de langues, donne à chacun celle qu site veut et qu'il juge la plus convenable à son dessein. Mais alors on en vient à s'étonner que chaque écrivain biblique parle exactement dans un style et dans des formes der raisonnement déterminés et connus d’ailleurs par la culture et les habitudes d'esprit de son temps. Pour ne D quer cette étonnante et perpétuelle concordance, on disait alors que le Saint-Esprit, dans le choix de ses expressions et de ses formes de phrase, avait eu égard à l'individualité et au degré de culture de chacun de ses organes,
à finis re AE
Le sont écrits en eu ou en grec avec ‘une ei | ne. grammaticale parfaite. Les Pères de l'Eglise, Bossuet et. | presque tous les prédicateurs ont éloquemment insisté “surfe: contraste de la sublimité de leur doctrine et de. la rudesse ou pauvreté de leur élocution. Erasme et les : “humanistes n’en jugeaient pas autrement. Mais dans: Ja théorie de l'inspiration verbale édifiée par les théologiens ds. les barbarismes, les solécismes, les fautes de déclinaison et de syntaxe qu'on peut relever dans tel ou tel écrit de la Bible, devenaient une cause de scandale. On essaya de l’écarter, soit par les plus subtiles distinc= | sue soit par les expédients les plus inattendus. | F ï "LE polémique fut Jongue entre Ceux qu'on nommait n. les purisles, parce qu'ils soutenaient que le style biblique ‘était, d’un bout à l'autre, d’une correction irrépro- È Ë chable, et ceux qui faisaient à la philologie et à la gram= maire les concessions qu on ne leur pouvait refuser. Du ê côté de la dogmatique orthodoxe, le débat fut clos par cette affirmation paradoxale : « Le style de l'Ecriture : | sainte n’est souillé d’aucun vice grammatical ni d'aucun - barbarisme ou solécisme. » Ce qui est grave ici, ce n’est # pas la question, c’est la . que l’on était de d'y | faire. 480 On ne s'arrêta pas à proclamer l'inspiration des mots ; “ fallut descendre jusqu'à celle des syllabes, des voyelles et des consonnes. Voici à quelle occasion.
- Un savant hébraïsant, professeur à l’Académie protes- tante de Saumur, découvrit et publia que les points = voyelles de l'écriture masorétique sont relativement de
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date plus récente que le texte hébreu qui n’était constitué d’abord que par les consonnes. Les points voyelles sont l'œuvre des rabbins juifs qui les ont créés, pour fixer la lecture du texte au début même du moyen-âge. Le trouble fut grand parmi les partisans de l'inspiration stricte et plénière. Si les points voyelles ne sont pas inspirés, le texte lui-même devient incertain et une grave atteinte est portée à la perfection et à l'autorité de la Bible. Les deux Buxtorf mirent une colossale érudition au service de la thèse orthodoxe, pour réfuter la découverte de la critique. Ils y réussirent très mal. Mais la dogmatique vint encore ici trancher violemment un problème d'histoire littéraire. Le plus jeune des symboles réformés proclama l'antiquité des points voyelles et l'inspiration totale du texte sacré, tant en ce qui regarde les voyelles qu'en ce qui regarde les consonnes.
Il fallait maintenir l’Ecriture exempte de toute erreur, non seulement en fait de doctrine et de morale, mais en fait d'histoire, de géographie, de cosmologie, d’onomastique, et, comme à Rome l’on condamnait Galilée, à Wittemberg et à Genève on s'inscrivait en faux, au nom du dogme, contre toutes les découvertes qui semblaient mettre en péril l’infaillibilité verbale du texte sacré. L'intoléranee romaine était odieuse, les prétentions de la scolastique protestante devaient finir dans le ridicule.
La contradiction interne dont souffrait cette orthodoxie nouvelle était telle, que les études bibliques que cette théologie avait provoquées, allaienttourner à sa confusion. Si le texte de la Bible est divin, on ne saurait mettre trop de zèle ni de patience à le restituer dans sa forme authentique et première. On n’en possédait, en effet, que des éditions imprimées sur un'petit nombre de manuscrits presque tous fort récents. Qui peut garantir que