LE FONDEMENT DU DOGME DÉPLACGÉ
La construction protestante n’était pas encore bo qu ’elle parut fragile. On crut la consolider en en | dépla- | ue la base; on ne fit qu'en hâter la ruine.
Cette base était, comme on l’a vu, le témoignage intés. :
Ca . Saint-Esprit, certifiant à l'âme chrétienne que
l'Ecriture était « Parole de Dieu ». Or, tout le monde éprouvait un aveugle besoin d'avoir une autorité extérieure, bien définie et ferme, qu'on püût opposer à celle de l'Eglise catholique. D'ordre subjectif et moral, souvent
‘obscur, indécis et mobile, le témoignage interne ne pou-
vait fonder cette autorité, sans se dénaturer et se contre-
dire lui-même. Comment faire du Saint-Esprit le juge des
procès et des questions de texte, de canon, de critique.
historique, sans le transformer en un oracle d’ignorance
et de fanatisme ?
- Ici, d’ailleurs, intervenaient les. Sociniens et les Armi-
À Pour n'est pas une vaine imagination. l'écho er vos. | préjugés ou même la sugg gestion d’un esprit d’ aveugle- 7 ment et d'erreur (4)? Si vous vous retranchez dans votre . | conviction personnelle, sans la justifier par aucune rai- : son, le Juif ne pourrat-il pas dire de sa Bible, et le Musulman dire du Coran, ce que vous dites de votre Ecri- : ture sainte (2). Celle-ci se compose de parties très di- - - verses et de valeur fort inégale ; toutes les pages causentelles la même édification, éveillent-elles dans la con
science chrétienne la certitude immédiate qu’elles procëdent de Dieu ? Enfin ceux qui croient entendre en eux- Ge mêmes, comme une voix surnaturelle, le témoignage du de Saint-Esprit, ne sont-ils pas les victimes d'une illusion fe psychologique très fréquente qu'un peu de réflexion et Fe d'analyse dissipe aussitôt (3)? | ;
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Ceux qui faisaient d’abord toutes ces objections ne
| ous cependant détruire le dogme. Bien au con- nn traire, ils prétendaient le reconstruire sur une base plus s ferme. Pour établir l'autorité divine de lEcriture, disaient-ils, il n’est besoin de recourir ni aux décisions ex-
térieures de l'Eglise catholique, dont la tradition est sans E. th Eiccoetes net EAU, ‘Pars IV, sect. 1, 0.5 (éd. d'Amsterdam, | # 1650, p. 235) : Quæ est regulai ista divina ex qua aut ad quam cognoseit 7 am suam quam appellat scientiam, ‘esse rectam scientiam et divinæ a & voluntati conformem ? Sive quæ est nota illa characteristica per quam
discernit istam suam persuasionem non esse meram Opinionem et
.mordicus arreptam imaginationem, sed ab ipso Spiritu S. inditam et
impressam persuasionem ? — P. BALE, Comm. phil. sur ces paroles : Contrains-les d'entrer.
(2) Episcorius, ibid. :
(G) Remarus, dans le Fragment : Unmæglichkeit .einer Offenbarung, p. 39 et 118,
| LA DISSOLUTION. PROGRESSIVE DU DOGME RTS autorité, ni au témoignage interne du Saint-Esprit qui est illusoire ; ce sont deux modes de démonstration également surnaturels etirrationnels; il suffit de s'adresser à l’histoire. Par des témoignages historiques et des arguments purement rationnels, nous pouvons prouver lauthenticité des livres bibliques : de cette authenticité, déduire la vérité de lhistoire surnaturelle qu’ils renferment, et, dans cette histoire, trouver la garantie divine de leur origine. En termes de l’école cela s'appelle fonder la fides divina de la Bible, c’est-à-dire son autorité divine, sur la fides humana, c'est-à-dire la véracité des témoignages historiques (1).
Cette nouvelle théorie, qui est le contre-pied de l’orthodoxie du xvrr siècle, est devenue l’orthodoxie courante du nôtre (2). |
Voici la chaîne du raisonnement : les livres du Nouveau Testament et, en particulier, les quatre Evangiles et les épitres de Paul sont des auteurs dont ils portent les noms. Une tradition très ferme remontant jusqu'à eux ne permet pas d'en douter. Ces écrivains ont pu connaître la vérité sur le Christ et ils ont voulu la dire. Ils l'ont pu;
(1) Episcopius, ibid.: Ad hoc, ut certo sciamus libros hos divinos esse, sufficit si certum sit eos scriptos esse ab iis auctoribus quorum nomina præ se ferunt. Limsorcx, Theol. christ. 1, 4, 6: Ex librorum sacrorum veritate colligitur eorum divinitas. F. Soan, de Auctorit. sacr. Scripturæ : Verissimum id (quod ad doctrinam pertinet) ‘esse credet quisquis de historia in eodem Novo Test. nihil dubitel.…..…. Si creduntur illa esse vera quæ historice de ipso Jesu evangelistæ scripserunt, qui omnes narrant quædam ab ipso facta naturæ limites omnes excedentia, affirmantque eum ex cruenta morte in vitam rediisse : necesse est omnia istarecte dicta censeri, «etc.
.(@) Voir Jaracurer, Le témoignage de .Dieu, etc., 1850. Authenticité du N. T., 1851. Inspiration du N.T., 4851. Introd. à la Dogmatique, chap. VI, 1897.
L ‘ses à actes et les auditeurs de. ses ec Ils l'on ] “ puisque supposer le contraire est absurde. Done les mi racles de Jésus et surtout sa résurrection d'entre les | . morts sont des faits certains. Mais de tels faits n'ont pu se produire sans une intervention surnaturelle de Dieu. Dieu a done attesté lui-même que Jésus de Nazareth est : son fils et que sa doctrine vient du ciel. Pour la rece- der voir, la conserver et la transmettre dans sa pureté originelle, les apôtres ont reçu l'esprit de Dieu qui a gardé
leur parole et leur plume de toute erreur. À tousces mi racles ajoutez celui de l’accomplissement des prophéties et vous avez ainsi établi, sur des preuves extérieures et matérielles, l'autorité divine de l'Ancien et du Nouveau + 20 Testament (1): | LORS 7e
On croyait avoir ainsi sauvé le ou de l'autorité. ai . Bientôt on s’aperçut du contraire. Il ne fallait pas avoir dans l’esprit une grande rigueur scientifique pour juger de l'insuffisance de cette déduction et sentir la fragilité des anneaux qui la composaient. Comment pouvait-on s’imaginer qu'on gagnât quelque chose à remplacer ici le témoignage divin du Saint-Esprit par celui des hom-
mes ? Qu'est-ce done que l'homme pour servir de Cau-
tion suffisante à Dieu ? Le fameux dilemme : ni trompeurs ni lrompés, est si lâche et si largement ouvert, que toute la réalité de l’histoire humaine, tissue de pré- ù jugés, d'illusions, d'erreurs inconscientes, d'ignorance et
de parti pris, passe au travers sans difficulté. |
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(1) LmBoron, Theol, christ. I, 4, 2: Ad veritatem historiæ alicujus
. Comprobandam duo requiruntur : primo, ut illius scriptor vera potuerit, secundo, ut vera voluerit scribere. Hæ duæ conditiones si in ullo unquam scriptore, certe in Novi T. scriptoribus reperiuntur. F. Soain, tout son
Libellus de Auctoritate Script. sacræ, et la première partie du Catéchisme de Racovie.
1 Simon, J ean Leclerc, Grotius et bien autres : elle allait aussitôt montrer que rien n’est plus obscur, ire compliqué, plus insoluble souvent que ces questions de date et d'auteur en ce qui regarde les livres
bibliques, presque tous anonymes. La solution de ces
comment se dissimuler que la connaissance historique, . de sa nature, n'arrive jamais à une certitude absolue,
semblance et de probabilité ; que, dès lors, il y à dis. convenance entre elle et la foi religieuse qui a besoin
alu : À FR ON te NA à
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rait-elle se subordonner à celle-là ? Où se trouve l’assu-
cherches critiques ? Que feront les simples fidèles, les ; chrétiens ignorants, si la paix de leur conscience dépend de questions que les savants ne cessent de discuter et. qu'eux-mêmes ne peuvent comprendre, encore moins ré- * soudre ? : ‘, |
pédantesques mises à la foi des chrétiens : « Cessez de suspendre à vos fils d’araignée le poids d'une des-
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lastique a-t-elle jamais fait à la religion de plus graves blessures que cette exégése historique ? Il ne sera pas vrai qu'un mensonge ou une illusion se puisse découvrir chez les écrivains bibliques ! Il ne sera pas vrai que parmi les mille et mille choses‘dont nous n’avons pas lieu de douter, il s'en puisse rencontrer de certaines qui sont imaginaires où erronées ! Et si cette possibilité reste ouverte, que devient toute votre déduction ? N'eûtil pas mieux valu laisser dormir dans vos arsenaux les
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problèmes d'histoire littéraire fût-elle encore plus facile,
mais seulement à un degré plus ou moins élevé de vrai=
d’une certitude parfaite? Comment donc celle-ci pour-. FA
rance du salut, si le salut dépend du résultat de mes re-
Ecoutons Lessing se Pévoliant contre ces conditions
tinée éternelle de félicité ou de tourments. La vieille sco-
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ï nous des vérités. nécessaires, à moins qu’ ‘ils ne l'expression de vérités morales où religieuses existant déjà dans l'entendement humain? L'histoire et la métahysique restent séparées par un fossé infranchissable. Vous m'offrez le miracle de la résurrection de Jésus- "4 Christ. Je puis bien n'être pas en mesure de réfuter les récits que les écrits bibliques en donnent. Mais que dé- duirez-vous de mon impuissance, laquelle peut provenir aussi bien de ma faiblesse et de l'insuffisance des documents que de la vérité de votre thèse et de la force de vos arguments? » (1) RER Er Les choses, en effet, ont si bien changé que les iiradles à ‘#4 et les: prophéties qui constituaient alors la grande preuve a de la révélation biblique sont aujourd'hui la partie de cette 4 Li révélation quialle plus besoin d'être prouvée. La plupart des chrétiens de nos jours croient aux miracles de Jésus à cause de son Evangile, non à l'Evangile, à cause de ses. " miracles.
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